FREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XXVII
Du reste , il en est de même en Europe malgré la vigom^use encolure du cheval anglais. Dans les life juaris (gardes-du-corps) , par exemple , on semble choisir à dessein des hommes d'une stature colossale pour cette arme d'élite ou plutôt de parade que le citadin de Londres montre avec un sourire de satisfaction et de complaisance indéfinissable aux étrangers, en leur disant : Look , here^s John Bull for yoUf littéralement, voilà pour vous un échantillon de Jean-le-Bœuf (le sobriquet national qui plaît le plus à nos voisins et qu'ils ne manquent pas de se donner à tout propos). — Si une guerre continentale devait se renouveler avec les Anglais, un ennemi habile éviterait durant les premiers mois tout engagement qui pourrait compromettre sérieusement sa cavalerie; pendant la première campagne il se contenterait de tirailler \ avant un an les chevaux anglais seraient réduits à l'état de fantômes.
Dans la cavalerie irrégulière , la remonte est basée sur un système différent : chaque suwar est censé fournir son propre cheval et est payé en conséquence. Mais comme il est rare qu'il ait en commençant le ca< pital suffisant, le cas où il est réellement propriétaire de sa monture est nécessairement exceptionnel et c'est généralement un des rissaldars (chef d'escadron indigène) qui devient avec l'assentiment du gouverne ment, le fournisseur ou plutôt l'entrepreneur de la remonte du régiment. Il prend alors l'engagement avecl'autorité militaire de se tenir toujours prêt à fournir un certain nombre de chevaux à un prix donné. Ces chevaux sont soumis } avant l'admission , à un conseil de re-
lia LWDR anglaise T,S 1843.
monte et distribués aux suwai*s qui paient an fournisseur un intérêt de i5 pour loo sur le capital avancé, jusqu'à liquidation. Si nn cheval meurt de maladie la perte est pour le fournisseur, le gouvernement ne garantit que celles qui ont lieu sur le champ de bataille.
Encore un mot sur la cavalerie indigène. Si Ton me demandait des faits à l'appui des opinions que j'ai énoncées, quant à la supériorité des irréguliers de Skinner, et quant à la mollesse de la cavalerie régulière de la Compagnie, il ne me faudrait pas chercher bien loin pour les trouver : je pourrais citer par exemple le combat de Piirwan-Durrah, en i84i, où tout un régiment de cavalerie régulière, le a* du Bengale, commandé par des officiers distingués qui se firent tuer pour lui donner l'exemple et soutenu par une admirable infanterie qui suivait à quelques pas, prit la fuite devant une charge irrégulière de quatrevingts cavaliers aiïghans commandés par Dost-Mahommed qui l'aborda le sabre à la main et poursuivit les fuyards jusque sous les baïonnettes anglaises. Au contraire, on ne pourrait citer im seul cas où les irréguliers, organisés sur le système de Skinner et commandés par un ou deux officiers européens, tant au Bengale que dans les contingens d'Hyderabad, de Scinde, de Poonah^etc, aient manqué de courage et souvent ils ont fait preuve d'héroïsme. On cite dans la guerre de Mahrattes, un combat où il s'agissait de déloger un détachement de cavalerie ennemie d'un bois où il était embusqué. Une charge régulière sur un pareil terrain était impossible , et l'infanterie n'é-