‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 195 sur 268 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE lY. i g i · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE lY. i g i

ses troupes. Ces frais reçoivent alors le nom de sub^ sides.

3" Enfin, comme preuve d* attachement de quelques fidèles alliés et en retour de l'alliance offensive et défensive qu'elle a conclue avec eux^ de la protection qu'elle s'engage à leur fournir envers et contre tous j elle leur demande d'enti*etenir une certaine quantité de troupes qu'elle puisse elle-même leur emprunter en ses propres besoins. C'est ce qu'on est convenu d'appeler des cantingens.

Afin de pouvoir compter sur la discipline de ces contingensy elle fournit des officiers européens pour les commander ; et pour assurer la régularité de leur solde 9 elle exige que cette solde soit versée à sou trésor et répartie par son propre caissier. C'est une troisième espèce de tribut qui se déguise sous le nom de solde du contingent

Les tributs réguliers et annuels se divisent donc en trois classes: i"" tributs proprement dits; a** subsides; 3"* solde des contingens. Comme c'est exactement la même chose sous trois noms différens, nous nous contenterons de donner leur somme approximative qui s"'élève à 703,919 liv. sterling. En voici à-peuprès le tableau :

«• / Maïssore .... 280,000 £ S I Travancore . . . 90,000 Cochin 28,000

» jJoudbpour . • . 40,000

Nizam 300,000 j£'

Scindiah 402,449

Âoude 30,000

Bérar 80,000

1 Total 408,000 |\Baroda 45,000

h I 8 Jeypour 75,000

I Subsides . . . . 743,949 Divers petite états. 444,500

S \ Total géoéral. 4,424,949 £ l Total 74 3,94 9 i'

Quant aux tributs irréguliers levés sous le moin-

ig» L'INDE ANGLÂIftE IN tM3.

dre prétexte comme emprants extraordinaires; con* tribu tions de guerre; souscriptions censées volontaires pour des églises chrétiennes, pour des établissemens de charité ou d utilité publique qui n'existent que sur le papier ou qui ne profitent qu'aux Euro péens; pour des routes militaires et commercia\tt qui h'sichèyent fuelfuefaiê; pour réparations d'étangs qu'on ne répare jamais } pour creuser des canaux qui restent toujours en projet, le chiffre en est énorme, mais le comité secret et le bureau de contrôle en ont seuls le secret; nous n'avons donc pas la prétention de le donner. Nous observons cependant que c est une des plaies les plus saignantes de Tlnde , d'autant plus dangereuse qu'elle est cachée^ qu'elle échappe à l'attention et par conséquent à l'indignation du monde. C'est par là que s'écoulent les dernières richesses des princes vassaux , les dernières ressources du pays.

— Troisième branche de revenus. Monopoles. — ^L adoption de cette branche de revenus, odieuse sous bien des rapports , toujours injuste et souvent immorale, est, s'il faut en croire les Anglais, la conséquence forcée du malheureux arrangement par lequel la majeure partie des terres a été affermée à perpétuité au-dessous de sa valeur et par suite duquel l'état voit tarir la source la plus légitime des recettes nationales. Il est impossible , disent-ils , de suppléer à ce déficit par aucun impôt indirect ; car c'est un fait singulier, les fermiers se laisseront emprisonner, ruiner ; les paysans se laisseront dépouiller de leur dernier sac de grains, i^éduire à la famine sans mur-

DEUXIÈME PA&TIE. -*CHAPlTa£ IV. iS3

murer tant qu'on ne réclamera d'eux que la rente de la terre , parce que cette rente se trouve dans leurs idées reçues de temps immémorial. Mais si le gouver*nement essayait d'établir un impôt indirect nouveau , il éprouverait immédiatement une résistance armée. Le premier pas dans cette voie conduirait à la destruction. Cet argument ne manque pas de vérité; il ne restait donc , selon eux , qu'à se tourner du coté des monopoles. Or il en existait deux autorisés par les anciennes coutumes et par l'exemple des gouver«> iiemens précédens, ceux du sel et de l'opium. C'était une mine à exploiter, une source abondante qu'on pouvait déverser dans les réservoirs épuisés du trésor public ; le gouvernement anglais ne manqua pas dt s'en saisir et de les utiliser avec son habileté accoutumée.

Examinons-les successivement dans leur influence sur le bien-être populaire et dans leurs résultats financiers :

1^ Le monopole du sel est surtout odieux comme une taxe personnelle qui s'appesantit au même degré sur le riche et le pauvre , qui ne regarde nullement les moyens et par conséquent les obligations de l'individu envers l'état , qui condamne enfin le natif indigent à des maladies cruelles, parce que cet article de consommation , devenu pour tous de première nécessité , est mis dans certains cas au-delà de sa portée. Toutefois cet abus n'est point, comme nous l'avons dit, d'introduction européenne. Souslegou» vemement des princes indigènes et mogoles^ le mo< nopole du sel existait déjà et était vendu à des spécu*

i84 L'INDE ANGLAISE EN 1843.

lateurs par T administration publique. U fut trouvé tout établi parla Compagnie qui s*en empara , et au lieu de le vendre l'afferma d'abord par baux de cinq années y jusqu'en 1780, quand Warren Hastings retint définitivement les salines entre les mains du gouvernement. Des employés de la Compagnie furent alors chargés de confectionner le sel ; le prix en était fixé pour l'année par le gouverneur-général en conseil ; ensuite il était livré à la consommation. Depuis l'administration de lord Cornwallis, au lieu d'établir d'abord un prix uniforme pour la quantité qui doit être livrée dans l'année, on le vend sur les différens marchés des provinces par petites quantités et aux enchères. Il fournit (déduction faite des dépenses de facture, des douanes, etc.) un revenu dont la moyenne est un million sterling.

a"* Le monopole de l'opium est aussi d'origine asiatique ; il existait sous les gouvernemens indigènes et mogoles. Les cultivateurs étaient forcés de fournir cet article de consommation à un taux très bas ; le gouvernement en disposait ensuite aux enchères publiques. Le système est encore à-peu-près le même : si le cultivateur n'est plus forcé, à la lettre , de couvrir son champ de pavots au lieu de céréales , il ne peut résister à l'influence secrète du collecteur qui a mille moyens de lui nuire et même de le ruiner , auquel il est enjoint d'employer rigoureusement tous ces moyens en cas de résistance et dont les agens le pressent et l'intimident. On laissera de l'argent dans sa hutte, durant son absence et on le représentera au collecteur comme ayant accepté un engagement

Page 1