‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 196 sur 268 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IV. i · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IV. i

volontaire. Du moment enfin que le rayot s'adonne à ce genre de produit Fétat, se trouvant seul acqué* reur peut lui dicter le prix qui lui convient selon ses besoins ou son avarice. Si le prix de facture est moins élevé, le gouvernement gagnera plus à la vente, et plus le laboureur sera pauvre, moins la maind'œuvre sera chère. Ainsi de toutes manières, l'intérêt de la Compagnie est de ne laisser au manœuvre que de quoi subsister. La culture de l'opium ne peut donc manquer d'exercer l'influence la plus désastreuse sur le bonheur de ses sujets.

Les trois grands districts de l'Inde où le pavot se cultive, sont : le Malwa , Patna ou Bahar , et Benarès. Dans ces deux derniers qui se trouvent circonscrits dans le territoire de la Compagnie, elle possède le monopole de l'opium. Malwa étant hors de son domaine, ses opiums lui échappent. Leur culture étant libre , ils sont aussi les meilleurs et beaucoup plus estimés ; ils s'écoulent par la voie de Bombay. Pour maintenir la concurrence en faveur de ceux de Benarès et de Patna, qui s'écoulent par Calcutta , il a fallu frapper ceux du Malwa d'un droit d'importation de 125 roupies par caisse , ce qui en élève le prix sur la place de Bombay , entre 4oo et 5oo roupies.

L'opium de Patna et de Benarès est préparé pour le commerce en petits gâteaux, celui de Malwa en boules de la grosseur d'un boulet de 32. Le poids des caisses de Malwa est d'environ 60 kilogrammes; celui des caisses de Patna et de Benarès généralement 5^ ou 53 ; mais dans ces dernières il y de grandes variations, et l'opium de Patna est préféré à celui de Benarès.

x86 L*IND£ ANGLAISE EN lUS.

Transportée sur la côte de Chine, la caisse de Malwa se vend ordinairement de 700 à 800 dollars, et durant la dernière guerre , une cargaison a atteint le prix extraordinaire de i ,'aoo dollars. Calculant la roupie d'argent à sa valeur intrinsèque (a fr. 5o cent.)? et de même le dollar à (5 fr. l^n cent.), on voit que la caisse d'opium de Malwa, achetée de 1,000 à i,!i5o fr. à Bombay (après avoir acquitté un droit de 3i2 fr. 5o cent à la Compagnie), se vend sur la côte de Chine de 3,700 à 497^0 francs, c'est-à-dire i à environ 3oo pour 100 de bénéfice. — L'opium de { la Compagnie donne à-peu-près le même résultat ' comparativement au prix d'achat à Calcutta.

Si Ton compare maintenant le prix de facture de To pium avec celui qu'il réalise aux enchères, on ne sera plus étonné de l'opiniâtreté avec laquelle legouvemement anglais défend ce monopole, et de sa déterminationde braver l'opinion du mondeet toutes les considérations morales en portant la guerre en Chine, plutôt : que de renoncer à une exploitation aussi lucrative. |

Je trouve dans les documens officiels pour le com- mencement de l'année 1 843 le détail suivant : première | vente publique de la récolte de 1 84^, le u janv. 1 84)^ 3,465caiss.dePatnaàenv. i,456roup. i,o45,3oo ; i,5oo • . de Benarès à i,i83. • . 5,914^77^

total 4>96S caisses, à un total de 6,970,075

c'est-à-direenvir. 7olacsderoup.ou 700,000 livresster. Prix de facture 200,000

Bénéfice net pour le gouvernement 3oo,ooo roup. ou un demi-million sterling.

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La seconde vente de i,8oo caisses, le 6 janvier 1843 y donne des résultats exactement analogues, c'est-à-dire que le bénéfice net est au produit des enchères comme 5 est à 7 ; quelquefois il est plus élevé encore : ainsi, au moment où j'écris, je vois par les nouvelles de Calcutta du mois de juin i843, que les dernières caisses se sont vendues jusqu'à i ,475 roupies pour le Patna et 1 ,34o pour leBenarès.

On conçoit que, de pareils bénéfices ne pouvaient manquer d'éveiller la cupidité du gouvernement en même temps que celle des spéculateurs. Effectivement, à mesure que l'équilibre s'est sensiblement dérangé filtre les recettes et les dépenses, que les sources du commerce légitime se sont taries, qu'on s'est aperçu que l'accroissement du revenu ne répondait plus à l'accroissement du territoire, le gouvernement local s'est efforcé de donner un développement toujours croissant à un monopole aussi productif, jusqu'à ce qu'enfin il a atteint aujourd'hui un chiffre effrayant sur le maintien duquel repose la solvabilité future du gouvernement anglais de l'Inde, et auquel aucune autre brapche de revenu dans le pays ne peut plus suppléer.

On trouvera peut-être intéressant d'examiner les développemens successifs de l'exportation de cette drogue pernicieuse dans le tableau suivant signé de Thomson Easi India houêê.

a Valeurs des cargaisons d'opium introduites à Can« « ton et à Macao, et venant des différons ports de c l'Inde (valeurs indiennes).

En 1817 — 1818 livres sterling 737,775

xS8 L'IlNOE anglaise EN 1843.

En i8 1 8 — 1 819 livres sterling . i ^ogS^aSo

Durant la guerre de Chine , l'exportation devenant plus hasardeuse, avait diminué; mais dès i8!ia, nous la retrouvons la même qu'en 1839.

i84a 4iOOO,ooo

Et elle s'accroîtra encore nécessairement. Le bénéfice net pour la Compagnie sur ce monopole s'élevait en i84o, et s'élèvera encore en 1843, à plus de 2,000,000 de livres sterling, ou 5o,ooo,ooo de francs, c'est-à-dire au moins 1,900,000 livres sur le produit des enchères, et environ 100,000 sur les droits d'importation de l'opium du Malwa.

Quatrième branche de revenus. — SysUme douanier.— Cette classe de revenus provient comme chez nous des droits levés sur l'importation et l'exportation des marchandises 9 sur le cabotage et la navigation. Aucune branche de revenus dans l'Inde, entre les mains d'un gouvernement sage ou libéral ou même communément éclairé sur ses propres intérêts, ne devrait être plus féconde: le développement qu'elle pourrait atteindre même aujourd'hui est incalculable, et pourtant elle s'étiole et s'appauvrit de jour en jour. Il en faut chercher la cause dans la persévérante iniquité , le monstrueux égoîsme de l'Angleterre doot le parlement, pour satisfaire à la cupidité de ses manufacturiers, rend des lois qui obligent ses sujets indiens à recevoir dans leurs ports, depuis un demi-

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