‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 197 sur 268 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE lY

siècle, les produits anglais à un droit presque no* minai de a ou 3 pour loo, tandis que les objets manufacturés par ces inémes sujets indiens sont accueillis dans les ports de la Grande-Bretagne par des droits depuis trente jusqu'à mille pour cent!

Même les produits bruts qu'un sol fertile et une nature généreuse accorde avec profusion au labeur de l'agriculteur hindou , qui suffiraient à eux seuls pour fournir à tous les besoins de l'Europe , pour enrichir à-la-fois la colonie et la métropole, sont repousses, presque prohibés, pour faire place sur les marchés de l'Angleterre aux productions de colonies plus favorisées. Pour protéger le fermier qui émigré au Canada, le blé de l'Inde se voit frappé d'un droit de trente pour cent. Pour satisfaire aux exigences et gorger l'avarice des colons anglais des Antilles , le café, le coton , la laine, le teck , la graine de lin , la soie , la cochenille de Calcutta, de Madras et de Bombay, doivent payer cent, deux cents, trois cents pour cent; enfin le tabac , une des plus riches récoltes de l'Inde, est imposé au-delà de trois mille pour cent; c'est-àdire que, pendant qu'on oblige l'Indien à nourrir l'industrie anglaise en acceptant ses produits , on refuse tout débouché à la sienne. C'est un habile ouvrier, un patient agriculteur, un tisserand consommé , auquel on interdit le travail , et qui n'ayant pas d'autres ressources^ se voit condamné à mourir de faim. En vain Montgomery-Martin s'épuise chaque année à crier à ce gouvernement stupide dans sa cruauté : « Gomment voulez-vous qu'un pays auquel vous ne voulez rien acheter, pour lequel vous ne

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voulez rien Tendre , et à qui vous interdisez tout commerce étranger par des droits d'exportation dans ses propres ports , puisse absorber les produits de yos propres manufactures. Vous lui avez pris l'argent qu il avait 9 vous ne lui permettez pas d'en gagner d'autre et vous espérez qu'il vous achètera vos produits! Mais c'est plus qu'un crime que vous commettez ; c'est une faute , c'est une absurdité. Est-il étonnant qu'avec un pareil système l'Angleterre ait ruiné l'Inde sans s'enrichir elleméme ? qu'elle voie chaque année des milliers de lieues carrées ajoutées à son territoire? des millions d'habitans augmenter le nombre de ses escla\^ et cependant le commerce ^ la navigation, le revenu de l'Inde rester stationnaires ou dépérir ?

i'' Si nous fouillons les annales du commerce de l'Inde depuis trente ans , nous trouvons qu'à l'exception de l'opium, il n'y a pas une branche qui n^ soit en souffrance j qui n'éprouve une diminution ^ alarmante et progressive. Prenons, je suppose, deui 1 époques à dix années d'intervalle; par exemple d'une part 1825-1826, et de l'autre, i835-i836, et comparons le chiffre de leurs exportations.

Cotons manufacturés pour 967,686 r. 8a, i3i r.

Châles . 218,846 76,698

Indigo ^4,270,499 19,443,909

Soie 15,670,609 ii,o34,o47

Enfin, bien que l'exportation de l'opium ait doublé dans cet intervalle et se soit accrue de ao millions de roupies, il y a encore, sur la sûmmê Maie des es-

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portations pour ces deux époques j une diminution de trois millions de roupies.

a*" Si nous comparons maintenant les importations de toutes espèces et de tous pays , dans l'Inde, durant deux périodes de dix années chacune , nous trouvons : (i)

De 18 16 à iSiiS, import. 916,1209850 r.

De 1826a i835 798,072,89a

C'est-à-dire, sur les importations de

dix années, une diminution de . . 1 18,14799^8

3° Si nous passons à T article de la navigation , nous trouvons, en comparant deux périodes de dix^sept années, pour le tonnage de toutes les nations entrant au port de Calcutta :

De i8oaà 1818 2,632,653 tonneaux.

De 1819 a i835. . • , . 2,440,471

Diminution. . . . 192,182 C'est-à-dire que sur la dernière période de dix-sept années la navigation a diminué d'environ deux cent mille tonneaux. A Madras, de i83oà i835, la diminu* tion a été de vingt-six mille huit cent trente tonneaux* Ce n'est qu'à Bombay qu'il y a eu une légère augmentation de sept mille trois cent quarante-et-un tonneaux dans la même période de cinq ans.

Enfin , nous ne pouvons résister à la tentation de faire un rapprochement plus intéressant encore (2)^ à trente ans d'intervalle entre les années 1 8o5 et 1 835. En 1 8o5 , la Compagnie ne possédait que trente-sept

(i) Montgomery-Martin , Colonial lïïagaxine. (a) Montgomerj-Mtnin, Colonial Magazine.

millions de sujets qui exportaient du surplus de leur travail :

£n produits bruts pour. . . • 13,0479988 roup.

En objets manufacturés , pour 11, 849^670

Total. . . . 24,897,653 En 1 835 , elle avait cent millions de sujets qui exportaient du surplus de leur travail, en produits

bruts, pour 18,061,647 roupies.

En objets manufacturés . . 495oa,36a

Total. . . . !22, 564,009 Cest -à-dire, que les cent millions de sujets d'aujourd'hui , sur un territoire proportionné à celle augmentation, exportent pour a, 333,649 roupies en moins que les trente-sept millions de i8o5 (i).

Si nous observons maintenant les résultats de la politique commerciale des Anglais, par rapport à leurs propres manufactures, nous trouvons que, malgré tous les élémensde richesse que possède la colonie, la population n'a pas le moyen de consommer, par individu, pour plus de la sous par an (6 pence) des produits manufacturés de l'Europe; tandis que la plus pauvre des autres colonies anglaises, les Barbades, Demerara ou Berbice, consomme une moyenne d'au moins cent francs par tête. «En vérité, en vérité, dit « Montgomery-Martin, le Jérémie du système co- « lonial de l'Angleterre dans l'Inde, vous n'auriez

(i) Noos ne comptons à l'une et l'autre époque ni la qaintité d'opiom ni la quantité dMndigo manufacturées sur des capitaux eurapéent par les employés du gouvernement ou les colons européens. Nous nous occopoos ici eiclusivement des produits et des productions indigènes.

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