PRÉFACE. III
çaise; jai traité des points importons d une grande utilité, peu étudiés même en Angleterre , parce qu'on na jias abordé franchement ces questions, parce quW cherche au contraire à les obscurcir ou à les présenter sous un faux jour, plutôt qu'à les éclairer. C'est surtout la situation actuelle, sociale, morale et politique de la puissance anglaise dans Flndc que je me suis proposé de développer et de faire apprécier par des faits simplement et fidèlement racontés, et dont j ai até le témoin oculaire. Jacqucmont occupé principalement d'études géologiques n'a pu qu'effleurer accessoirement cette matière, et d ailleurs la situation politique a complètement changé depuis son époque. Je me suis proposé d étudier l'histoire de rinde contemporaine et d'interroger son avenir dans les peuples et lesf|[ouverncmens qui parsèment sa surface. Je me suis attaché à faire cou* naître ces peuples tels que la tempête les a amalgamés; j'ai analysé ces brcccias humains tels que le flot de la fatalité les a successivement fait échouer aux pieds de l'Angleterre.
J'ai cherché à estimer la vitalité qui leur reste, leurs principes de cohc^sion, leurs germes de grandeur et de décadence. Assez d'autres se sont occupés de leur histoire passée ; je n'aurais pu que rentrer dans des sentiers déjà battus; ce passé n'est d'ailleui*s pour moi que' d'un intérêt secondaire.
autant qu'il peut me faire entrevoir 1 avenir. Je suis prêt à dire, avec le poète : Ce qui nest plus, pour nous a-t-il jamais été? Ce qui est , ce qui sera, voila ce qui nous importe. Ici ma position exceptionnolie me rendait maître de mon sujet, et jai dû atteindre iàcilement le but. Cette partie de mon ouvrage me parait donc complète; je croirais difficile de la réfuter, et toutes les attaques viendraient échouer contre le$ £iits.
JNeuf ans de séjour dans Tlnde durant lesquels j ai observé patiemment les événemens quorum pars minima fui, mont mis à même de bien appré* cier la position actuelle, J ai consulté d ailleurs lei documens officiels et tous les ouvrages tant anglais que français qui ont traité des différentes parties de mon sujet, Jai exploité surtout la mine inépuisable de Montgommery Martin , j'y ai puisé sans mesure, sans scrupule, sans remords, car jy ai trouvé des ermes puissantes, des révélations dau* tant plus curieuses quelles venaient d'une source anglaise, d une autorité toute spéciale pour les af&ires de rinde, d'un homme honorable et honoré. Quand donc je suis tombé sur une veine de riche métal , je lai fouillée dans toute sa profondeur, je mêla suis appropriée tout entière.
C'était la vérité que j'étais allé chercher dans nqde;.pour ne pas me tromper je voulus Texa-
PBÉFAGB. y
miner avec mes sens, la voir et la toucher toute nue. C'est la vérité et toute la vérité que je veux présenter aujourd'hui à mon pays. Mais, tout en profitant des recherches de mes prédécesseurs ou de mes contemporains, j aurai soin de rendre à César ce qui appartient à César et de payer lobole qui leur est due aux pionniers de la pensée. Je serai plagiaire, mais avec loyauté; si je puise dans bien des sources, je les nommerai toutes.
^abandonne ma première partie , qui n'est qu un simple récit du coin du feu à toutes les critiques qu'on CD voudra faire, tout en espérant cependant quel* que indulgence : ce que j'offre au public, ce sont des pages détachées de mon journal , écrites sans préten«tîon, sous l'impression du moment, souvent à la hâte, sur le bord du chemin , sur le pavé de la vieille m6s<^ quée, sur le piédestal de Tidole dans la pagode, le soir d'une longue marche étendu sur mon lit de camp, ou après les agitations du combat. Mes lecteurs voudront bien aussi se rappeler que j^ai déposé tout récemment le sabre pour la plume; que pendant dix ans j'ai été absent de mes foyers , n'entendant autour de moi que le murmure d'une langae étran-'* gère ; que si mon éœur est resté fidèle , réfléchis-» sant toujours le doux ciel de la France, mon ex-* pression peut quelquefois me trahir : Tinstrument long*temps négligé a dû se rouiller.
YI PRiFACÈ.
Ma seconde partie a du moins le mérite de jeter dans la circulation littét*aire un nombre considérable de matériaux tout-à-feit neufs. Elle se recommandera par une classification méthodique, une sincérité et une impartialité inattaquable. Elle renversera peutêtre un nombre effrayant de préjugés consacrés, elle dissipera bien des fantômes , détruira bien des erreurs d autant plus dangereuses qu elles étaient rerues sans discussion, indiquera peut-étreau gouvernement anglais le bien qu'il pourrait faire et l'avantage qu'il trouverait à le faire. Je lui trace une marche ])olitique dictée par ses véritables intérêts et bien difPorente de celle qu*il a suivie jusqu a ce jour ; enfin j aurai placé mes contemporains sur un nouveau terrain d'observation doù ils pourront embrasser un horizon plus étendu , et suivre plus fiicilcment les développemens de lavenîr.
Je me suis peut-être trop hâté de livrer mon ouvrage à la presse, mais je n'ai pu maîtriser mou impatience, en voyant Fidéc exagérée, les illusions qu on se faisait en Angleterre et même en France, par une communication d'idées assez natui*elle, sur la nature et la stabilité de la puissance britannique dans rinde; illusions qui pouvaient devenir fatales à ces deux puissances en favorisant chez Tune finsolence naturelle de I aristocratie qui la gouverne , en augmentant chez lautre Tindécision et la timidité de sa
PEiFACE. vn
politique, si elle acceptait comme articles de foi les
fanfaronnades de la presse anglaise.
Je crois avoir suffisamment montré mon désir de rendre justice aux Anglais^ ma reconnaissance, mon amitié personnelle pour les individus, et même rintérêt sincère que je porte à leur nation ^ mais je ne veux pas qu on croie leur gouvernement ni meilleur ni plus puissant qu'il lest. En fait de philanthropie , les Français valent bien leurs anciens ri* -vaux. Je voudrais aussi convaincre ceux-ci qu'ils ont plus dlntérèt à voir la France puissante et à ménager son amitié, qua s'unir avec un pouvoir qui convoite depuis long-temps leur plus riche couronne et que sa position , ses besoins , son ambition , la fatalité, poussent inévitablement sur TAsie centrale et sur rinde.
Si ma faible plume, en faisant justement apprécier en France le génie, le courage, la persévérance d'un peuple éminemment patriote et guerrier et en éclairant le bon sens national de l'autre rive de la Manche sur la nature précaire de cette puissance dont il est enivré; si mes humbles efforts peuvent renouer un seul lien de tous ceux que la déplorable fetuité de lord Palmerston a brisés, je croirai avoir acquité ma dette envers les deux pays : la dette d'un fils envers la France^ la dette de l'hospitalité envers un peuple que j'ai personnelle-
vin PRÉFACE.
ment trouvé généreux, et dont jesouhaiterai toujours le bonheur et le succès, tant qu'il ne cherchera pas la dégradation de ma patrie.
Toutefois, et quelle que soit la pureté de mes moti^, je sais que je dois m attendre aux plus graves accusations et peut-être à de grossières injures de la part de la presse anglaise. Le sentier de la vérité a toujours été ardu , toujours il a été tracé, foulé par des martyrs , mais j*ai foi en Ibracle divin : le mensonge n a jamais prévalu , ne prévaudra ja* mais contre elle. Mon livre sera ballotté des flots, mais il surnagera , il restera , parce qu il porte la vérité.
m ii@48.