‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 20 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE. —CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. —CHAPITRE V

notonie n'est point compensée par la magnificence. Le programme de l'itinéraire de chaque jour est toujours le même : après avoir traversé d'immenses steppes de terres vagues, de l'aspect le plus misérable, qu'on appelle des jungles parce qu'il y croît à regret quelques arbustes épineux auxquels des bestiaux affamés ne laissent pas une feuille, on dé* couvre dans les environs de quelque ignoble village quelques maigres bouquets de mangos, des tamarins et des mimoses épars dans la campagne. Il n'y a plus de noble groupe de banyans pour donner au moins de la dignité au paysage. « Ça et là de petites mos* a qoées ruinées , des tombes auprès d'elles, un chétif « dattier qui les protège, voilà tous les élémens du cr tableau. Ils sont diversifiés sans doute , mais tellece ment mêlés ensemble qu'une bien petite surface K enferme toutes les combinaisons de leur assemtf blage (1). » La ville même d'Ongole est encore ce qu'il y a de plus pittoresque jusqu'ici, parce qu'elle est plus en ruines: au moins j'y vois un vieux fort tout couvert de plantes parasites et dont les remparts s'écroulent avec assez de grâce. Il est habité plutôt que défendu par une compagnie de vétérans indigènes commandés par un officier réformé. Ce pauvre diable n'a aucun avancement à espérer. IL était capitaine en îSiS dans un régiment d'infanterie de la Compagnie ; mais ayant dans un moment d'é* garement cédé à une fatale tentation et frïponné au jeu , il fut banni de son corps et attaché au- second régiment de vétérans. Ainsi ce nom , qui chez nous

(i) Jaciiaeiiiooc.

n'a que de si glorieuses associations, n'est dansTarmée indienne que l'expression de toutes les flétrissures. Depuis Tannée f8a6, le capitaine M... végète ici avec sa famille, composée d'une charmante femme qui s'est attachée à lui au miHeu de sa honte et sous la punition de sa faute, avec un redoublement de tendresse qui fait honneur à la générosité de son sexe, et des enfans qu'ils ont adniii*ablement élevés. Cet officier commande toute la station , correspond avec le gouvernement et reçoit unç fort belle solde, mais il est condamné à une solitude complète. U voyageur qui s'arrête au bangalo voisin frappe rarement à sa porte , et même la visite d'un ancien camarade lui est plutôt pénible. Il passe sa vie entre la chasse et les soins de sa famille.

A partir d*Ongole on ne rencontre plus que des villages fort peu intéressans jusqu'au Crishnah qui trace la limite entre le territoire de la Compagnie et celui du Nizam. La route tourne vers le nord-ouest par Rumpechurlah , Nacrykal et Poundîgol sur k Crishnah. C'est à ce dernier village qu*on trouve les embarcations nécessaires pour passer le fleuve.

Le Crishnah est le Gange de la péninsule méridionale de l'Inde; ses eaux sont presque également sacrées ; il roule aussi des diamans, de l'or, des pierres précieuses, et la religion et la poésie l'ont également couronné de leurs fictions. Quoiqu'il ne soit jamais à sec, il participe de la nature des (orrens de monlagnes, descendant quelquefois avec une impétuosité extraordinaire et inondant tous ses rivages après quelques jours de pluie dans la chaîne de« Gbattes

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