PREMIÈRE PARTIE.'-- CHAPITRE V. ?g
occidentaux où il prend naissance. Son litne se remplit pas alot s graduellement , mais on voit le flot s'avancer comme une muraille : aussi se hâte-t on toujours de le traverser, car il est impossible de prévoir une nouvelle crue. Le couranr est tellement rapide qu'aucune barque européenne ne pourrait le vaincre ; il faut donc se servir de grands paniers ronds, &its de joncs et des feuilles de palmier éventail, qu'on lance dans le fleuve beaucoup plus haut que le point où l'on veut aborder sur l'autre rive. Moyennant la forme circulaire de cette embarcation , le courant n'a aucune prise pour la faire chavirer. L'art des ra« meurs consiste à faire pirouetter le panier tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, de manière à obliquer, tout en suivant le cours de l'eau qui vous porte ainsi comme involontairement au point déterminé.
En foce de Poundigol, sur la rive opposée, se trouve
le hameau de Warrapilly, avec un joli caravansérail
tombant en ruine. C'est la première douane sur le
territoire d'Hyderabad. Ce royaume, appelé aussi le
Dekhan, étaitanciennementune province de l'empire
Mogol; mais dès l'année 1732 cette dépendance était
devenue purement nominale, et les Nizamsou gou»
semeurs s'étaient constitués souverains héréditaires
des états confiés à leur administration. Le cours d'un
siècle a vu sa puissance et son teiTitoire considéra-
Wement diminués par les Mahrattes, les Maïssoriens
et surtout par les Anglais. Aujourd'hui cet empire a
pour limites, au sud le Crishnah; au sud<*ouestla pro-
^nee de Bidjapour; à l'ouest le royaume deSattarah^
les provinces anglaises d'Ahmednagar et du Kandeish;
8o L'INDE ANGLAISE EN 1843.
au nord Assirghar et Tétat Mahratte de Nagpour ; à l'est les hordes sauvages des Gbounds, les plaines alluviales des Circars, et les provinces anglaises de Rajahmundry et de Condapilly. Ce territoire comprend 47>7^o lieues carrées, et contient i a,ooo,ooo d'habitans.
Du moment que vous avez mis le pied sur l'autre rive du Crishnah, à Warrapilly, vous sentez que vous êtes entré dans une région toute nouvelle ; l'aspect de la nature et la physionomie du peuple sont complétement changés ; il y a dans l'une et dans l'autre, quelque chose de plus sauvage. Le sol est coupé de ravins, les masses de rochers sont plus pittoresques, le jungle des lieux déserts s'élève , devient de plus en plus épais et commence à montrer quelques arbres de haute futaie. Les traces des bétes féroces, particulièrement celles du tigre, se rencontrent à chaque pas, partout où la terre plus molle conserve les empreintes, surtout dans les lits encore humides des torrens. Les villages sont plus rares , tous sont entourés de palissades, et près de chacun s'élève à dix pieds du sol une cage en bois d'où les shikaris ou chasseurs guettent 'le passage du monstre qui vient rôder la nuit près des habitations de l'homme. Le voyageur * doit compter désormais pour sa sûreté personnelle sur sa carabine et sur son courage plus que sur les lois et la police du pays. Pourtant il est rare qu'on attaque un Européen ; sa mort produirait un si grand retentissement, serait suivie de recherches et d'une vengeance si certaines, que les bandits de toute espèce le laisseront presque toujours passer, surtout si