DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE V. ai
tère pensif et rêveur, mais qui s'éveillait au besoin avec une singulière énergie. Il parlait peu mais bien et à propos , souriait rarement et toujours avec un mélange de tristesse. Il était fort réservé avec les Européens, cependant quelques momens passés dans sa société suffisaient à l'observateur le plus ordinaire pour reconnaître son immense supériorité sur la foule qui Tentourait. Sobre au milieu d'une cour où maîtres et valets étaient débauchés et dissolus, maniant aussi bien la plume que Tépée , infatigable dans son cabi<net et d'une intrépidité chevaleresque à l'heure du combat, il était après Runjit-Sing le seul homme capable de gouverner les Sikhs et de les retenir en un seul faisceau. Il avait la conscience de sa supériorité, et le dévoûment sincère qu'il portait à Runjit-Sing s'arrêtait à ce prince et ne descendait point jusqu'à sesenfans. «Après celle du grand homme, se disaitil , il n'y a de royauté possible que la mienne , et après moi celle de mon fils Hira-Sing: » de là son ambition , de là ses crimes.
Si nous en venons enfin à Ajit-Sing, l'héritier collatéral qui ne reconnaissait entre le trône et lui d'aut très prétendans légitimes que le fils et le petit-fils de Runjit, c'était un beau jeune homme, le premier élé* gant de la cour, fort recherché dans sa toilette ^ écrivant de mauvais vers et citant à tout propos des extraits du Goultstan qu'il avait appris par cœur. Il ne manquait pas de bravoure, avait une immense opinion de lui-même, beaucoup d'ambition, et fort peu de taleus.
Enfin les officiers français, MM. AUard, Court,
2i(i 1/lNDK ANGLAISE EN 1843.
Ventura , Avitabile étaient certainement de fort braves soldats f mais nullement de la trempe des aventuriers du dix-huitième siècle, de Bussy ou de Raymond par exemple. Us ont sans contredit rendu de très grands services à Runjit-Sing, mais sans songer à rien consolider dans le Punjab , et encore moins à avancer les intérêts de Ik France. Aucun d'eux , pas même Allard , n'a su profiter de la faveur du prince pour acquérir une influence dans le pays où ils n'ont jamais cherché qu'à faire fortune. Et puis ils se sont laissé trop enivrer de l'encens qu'on leur a prodigué sur le territoire anglais. Ils ont trouvé fort commode de placer leurs économies dans les fonds de la Compagnie, d'expédier leurs cachemires par l'intermédiaire des Présidences , d'avoir une garantie en cas de révolutions fort probables pour leurs vies et leurs propriétés, et enfin ils n'avaient point confiance dans l'avenir du pays qu'ils servaient, et voyaient l'étoile de l'Angleterre tonjoui*s ascendante : ils se donnèrent donc tout entiers à cette puissance et se sont faits les pionniers de son ambition. On a vu tout récemment, . à l'époque des désastres d' Afghanistan , Avitabile à Peshawer se faire l'intendant militaire de l'armée anglaise et mettre à sa disposition toutes les ressources de la province qu'il commandait; et plus récemment encore le général Court avec hnit mille Sikhs faire une diversion en faveur du général Pollock dans les défilés du Khyber.
Tel était exactement l'entourage du vieux lion du Punjab quand la mort vint le saisir le 27 juin iSSg. La Compagnie des Indes, depuis long-temps parfaite-