‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 206 sur 268 · DEUXIÈME PARTIE, — CHAPITRE V. a · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, — CHAPITRE V. a

ment au courant de toutes les ambitions qui fermentaient à cette cour et qui avait intérêt à voir l'empire des Sikhs se briser et se dissoudre pour en recueillir les fragmens, n'était nullement disposée à laisser passer le pouvoir entre les mains habiles et énergiques de Dhyan*Sing. Pour prévenir non -seulement toute tentative , mais même toute tentation de sa part de se saisir de la couronne à la mort de Runjit, elle avait eu soin d'introduire comme une des clauses du traité conclu avec ce prince ef Shah-Sou j ah, au début de la guerre d'Aftghanistan , que le gouvernement anglais s'engageait à garantir la succession du Punjab dans la ligne directe de la famille royale, c'est-à-dire à Karrack et à Nao-Nehal-Sing. Karrack étant une espèce de crétin , la Compagnie comptait assez naturellement profiler de l'intervalle de son règne pour avancer l'influence anglaise , et pour implanter aussi dans le pays son système subsidiaire avec les accompagnemens ordinaires, savoir , un Résident britannique et son escorte à la capitale, au lieu du simple chargé d'affaires que Runjit-Sing avait su maintenir à Loodianah de l'autre côté du Sutledge.

Cet espoir était déjà en partie réalisé, mais les arrangemens n'étaient point encore terminés quand Dhyan-Sing jugea qu'il était à propos de couper le mal dans sa racine par l'anéantissement de la branche directe. Il était cependant trop clairvoyant pour songer à lui succéder immédiatement de sa personne : il fallait une transition, un terme moyen pour préparer les voies à son usurpation. Il jeta les yeux sur Shere- Singqui lui convenait sous tous les rapports: premiè-

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rementy parce que ce prince avait un parti puissant qu'il pourrait ajouter au sien ; secondement, parce que l'infériorité de son intelligence lui donnait la certitude de le conduire. Il commença donc par le sonder et l'ayant fait entrer dans ses vues il trouva moyen défaire mourir subitement, sans qu'on ait jamais su de quelle maladie, le Rajah Karrack-Sing, au mois de novembre i84o; puis à l'enterrement même dp son père, quelques jours après, Nao-Nehal»Sing périt <7<rrfi{6ii^«//e* m^n^ frappé d'une poutre qui, dit-on, lui tomba sur la tête au moment même où monté sur son éléphant il faisait son entrée solennelle sous le principal arc de triomphe de f/ahore.

La branche directe ainsi éteinte, Shere*Sing, coin* me fils adoptif, appuyé d'ailleurs de l'influence de Dhyan-Sing, montait tout naturellement et sans obstacles sur le trône; mais ceci ne faisait plus l'affaire des Anglais : ils trouvèrent aisément un prétendant k lui opposer. Une des femmes de Nao-Nehal se donna pour enceinte et la Compagnie reçut sa déclaration comme une vérité incontestable, reconnut son ambassadeur et , en attendant que les affaires d' Affgba* nistan qui commençaient déjà à s'embrouiller lui permissent d'intervenir par les armes , l'appuya de tout son crédit et d'une complication d'intrigues. Néanmoins ce système de concurrence fut arrêté presque au début par les désastres qui se succédèrent rapidement à Caboul et à Ghiznie. Lord Auckland craignit d'avoir trop d'ennemis à-la-fois sur les bras et sachant prendre son parti en un instant, abandonna subitement une politique qui l'enti^ainait à de

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nouveaux dangers; il fit son thème à la Ranie Koun*war xpuve de Nao-Nehal, et il fut convenu qu'elle était accouchée d'un enfant mort. Shere-Sing, pour être doublenient sûr de son fait ^ la fit assassiner peu de temps après et monta sur le trône sans plus d'op* position au mois de février 1 84 1 •

Le nouveau monarque appréciant d'une part tout ce qu'il devait à Dhyan^ing et craignant de l'autre d'exciter sa jalousie , lui laissa tout le pouvoir dont il jouissait sous les règnes précédens, se prêta même à l'augmenter et confia aux deux frères de ce ministre les plus riches gouvernemens dans le pays et les prin* cipaux commandemens dans son armée. Ainsi l'ainé Goolab*Sing fut pommé gouverneur de Cashmere , et l'autre Soucheyt-3ing commandant des troupes de la capitale. Mais l'ambition est insatiable et toute couronne I même la plus épineuse , semble posséder un attrait irrésistible. Dhyan-Sin g ressentit bientôt le désir de régner en son propre nom ; Shere-Sing de son côté commença à se fatiguer de l'éternel contrôle d'un ministre qu'il ne tarda pas à détester. Dans l'es* poir d'échapper à cette tutelle, cédant peut-être aussi aux conseils des officiers français qui l'entouraient, il ue tarda pas à se tourner vers l'alliance anglaise et à se montrer disposé à sacrifier les intérêts du pays potu* l'obtenir. Dès-lors c'était entre lui et son ministre une lutte à mort dans laquelle il ne pouvait manquer de succomber.

Cependant avec sa politique habituelle Dbyan- Singy tout en voulant la destruction de son maitre, désirait qu'il périt par d'autres mains que les siennes.

Ajit-Sing ce parent de Runjit par une branche collatérale fut Tinstrument qu'il choisit: il excita sod ambition et le poussa en avant dans un complot dont il n'avait point l'intention de le laisser profiler. Bien loin de là Dhyan-Sing faisait en même temps revenir de JumboOy place de sûreté accordée à sa famille, un enfant de six ans appelé Dhulip-Sing qu'une autre femme de Runjit avait adopté dans les dernières années de la vie de ce prince et qui pouvait succéder au même titre que Shere-Sing, Il l'avait élevé danslmtention de le placer temporairement sur le trône en attendant que les circonstances lui pennissent de s v placer lui-même.

Les préparatifs des conspirateurs se firent presque ouvertement, et à l'exception du malheureux Sher^ Sing , il paraît que tout le monde était dans le secret soit du côté d'Ajit, soit du côté de Dhyan-Sing. Ainsi dès les mois de juillet et d'août i843 MM. Court et Avitabile prirent congé du Maha-Rajah et se réfugièrent sur le territoire anglais pour se trouver hoi> de la mêlée. Le général Ventura qui avait quelque affection pour le pauvre prince resta seul à son j)osle et chercha à le sauver. Ce fut par lui que le Maha- Rajah apprit la première nouvelle de la conspiration et l'arrivée à Lahore^ le i" septembre , de l'enfani Dhulip-Sing.

L'extrait suivant des Annales quotidiennes dé U Cour de Lahore offre quelques détails sur la marche et le développement de la conspiration qui ne sout pas sans intérêt.

Le 5 septembi^e 184^9 après l'audience publique.

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