DEUXIÈME PARTIE. -- CHAPITRE IX. %t
individus par bataillon , tout le reste appartient à la plus chétive famille dans la race humaine , le type hindou dans son développement ordinaire.
J'ai eu l'occasion de voir les cipayes sur le champ de bataille : ils me semblaient toujours éprouver pour leur officier européen le sentiment du mouton pour le bélier du troupeau , la crainte de rester en arrière plutôt que Télan de se porter en avant. Ils le suivaient même au feu, mais avec une vague idée dont ils ne se rendaient pas bien compte, que ce serait lui qui les défendrait, qui se battrait pour eux, qui trouverait quelque secret pour faire fuir l'ennemi et les soustraire au danger. Et puis sur les champs de bataille de Flnde les affaires se décident généralement à la distance par le canon ; le cipaye n'est appelé à agir, à charger que sur un ennemi déjà brisé par la mitraille , en fiiite et en désordre : il est alors dans son élément, fort brave avec ceux qui ont peur ; mais partout où il a trouvé un adversaire disposé à l'aborder franchement, il a invariablement failli.
Voyez-le dans la guerre de l' AiFghanistan ! Dans les derniers combats qui précédèrent immédiatement l'insurrection générale de ce pays, les troupes indigènes de la Compagnie avaient été battues (ce n'est pas moi qui l'affirme, ce sont les journaux mêmes de Bombay) dix-sept fois sur vingt-trois engagemens, c'est-à-dire généralement partout où elles n'avaient pas eu des soldats européens en première ligne pour supporter fefFort de l'ennemi. Quand une brigade de Bom* bay essaie de dégager le major Brown enfermé à Cahun; quand, en janvier 184^, le colonel Wild
a7d L'INDE ANGLAlSB EN 1849.
tente avec deux brigades de Tannée du Bengale de pénétrer à travers le Khyber jusqu^au général Sale à JuUalabad , nous voyons dans l'un et l'autre cas un ennemi indiscipliné aborder le cipaye le sabre à la main , et celui-ci fuir honteusement et laisser ses officiers européens mourir à l' arrière-garde en cherchant à couvrir le drapeau de leurs poitrines ou de leurs cadavres; enfin , dans la fameuso retraite de Caboul, en janvier i843, si nous devons en croire le témoignage du capitaine Souter du 44* presque le seul officier de l'armée royale échappé au massacre, à partir du troisième jour de marche les cipayes ne tirèrent plus cent coups de fusil : l'artillerie et la petite poignée d'Européens supportèrent seuls les terribles combats qui se renouvelaient à chaque bar» rière, et les cipayes suivaient comme un troupeau, ôu s'asseyaient pour se rendre à merci ou mourir sur le bord du chemin.
Si Ton avait tant de confiance dans le cipaye, pou^ quoi ces désastres ne furent-ils pas immédiatement suivis d*un nouveau mouvement en avant pour laver la tache faite à son honneur, pour revendiquer sa supériorité? Au lieu de le soumettre à cette seconde épreuve, que voyons nous? Dans le premier cas, le résultat immédiat est une capitulation : le major Brown obtient d'un ennemi généreux la permission de se retirer, et l'invasion s'éloigne de ce sol indompté qui ne produit que des rochers et des guérillas. Après l'échec du colonel Wild il fallut rester deux mois et demi, depuis le a4 janvier jusqu'au 6 avril, sous le poids de l'huniilialîon qu^on avait subie; il fallut l'arrivée d'un renfort de
DEUXIÉMiE PAanS. ^ CBLàBIT&E IX. «99
huit mille hommes, de trois régimeus européens, dont un de cavalerie, d'une nombreuse et superbe artillerie j pour residre un peu de courage aux ci** payes; non^seulement à ceux qui s'étaient me&Ut rés avec l'ennemi , mais aux nouveaux arrivans que la panique avait gagnés. Il fallut pendant près de trois mois un traitement systématique de la part du général PoUock pour restaurer leur marml et pour pouvoir hasarder à la fin un mouvement en avant. Cet effort tardif était un si grand succès d'infiiuencd que Sir Robert Peel jugea à propos, dans son dis* cours aux chambres d'Angleterre, le ao février i843| de proposer un vote de remercîment de la nation au général Pollock pour l'avoir obtenu. Toutefois^ quand enfin il se décida à aborder l'ennemi, ce ne fut point les régimens battus qu'il mit en avant , mais com^ me toujours les Européens; et ces terribles adversai* res contre le^uels on avait perdu six cents hommes pour ne recueillir que la honte d'une défaite, furent culbutés , dispersés et balayés avec ime perte de dix Anglais tnés et quelques blessés.
Je pourrais citer encore à l'appui de mon opinion toutes les circonstances des deux dernières batailles dont les détails nous sopt connus et qui ont été livrées cette année même sur les bords de Findus. H nous suffira de citer celle de Miamcj gagnée le 17 février 1843 parie général sir Charles Napier sur les miU^ ces irrégulières du Scinde. Il convient luirméme danf son rapport officiel que les cipayes plièrent et recuf lèrent trois fois à mesure que succombèrent leurs officiers. Et comment ces officiers périrent-^ils? Nous
38o riNDE ANGLAISB EN 1848.
le trouvons expliqué dans le même rapport. C'est d'abord le major Jackson , commandant le la' régiment des cipayes de Bombay qui s'avance contre l'ennemi à la tête de son bataillon, et qui n'étant suivi que par deux braves havildars (sergens indigènes), est sabré avec eux à la vue de son corps qui ne vient point à son secours; c'est le major Teasdale, commandant le aS* de la même arme, qui s'avance de même à cheval à la tête de son régiment et passe seul par-dessus la berge derrière laquelle l'ennemi est posté : il est sabré de même sans avoir un seul de ses cipayes à ses côtés. Le la"* et le â5^ régimens ne furent pourtant point flétris : leur indécision ne surprit personne ; et cependant le terrible ennemi auquel ils avaient affaire et qui ne comptait pas moins de vingt mille hommes, est culbuté et brisé par un Êiible bataillon européen, tout au plus cinq cents hommes du aa' régiment de la Reine. Que dire après de pareils faits d'une armée indienne disciplinée ou non disciplinée !
On a souvent cité en l'honneur des cipayes, aux premiers jours de la conquête, l'héroïque défense d'Arcot par le fameux Clive à la tête d'une poignée d'Européens et d'indigènes ; ons' est extasié surtoutsur ce trait vraiment admirable : Quand, réduite aux dernières extrémités, il ne restait plus à la petite garnison que quelques mesures de riz pour supporter ses forces et son énergie dans une lutte inégale, les cipayes proposèrent à Clive d'abandonner tout le riz (c'est-àrdire toute la substance nutritive) aux Européens, et de se contenter eux-mêmes de l'eau dans laqueUe on l'aurait cuit : cette offre fut acceptée, et le sacrifice cou-
DElTXIÈBiK PARTIE. —CHAPITRE IX.
sommé. Voilà certainement un exemple sublime de dévoûment et de résignation; mais il prouve mieux que tous les argumens que nous pourrions employer, la conviction profonde , chez les cipayes eux-mêmes , que leur seul espoir était dans les Européens. C'était dire : Vous êtes nos champions, notre bras* droit, votre force est notre force , votre courage notre courage. Aux cipayes, aux Indiens, la passive résignation des femmes contre les souffrances et la faim, aux Européens Fénergie de l'homme , les armes et les combats. Il ne me reste plus qu'une seule explication à donner au sujet de l'armée anglo-indienne : c'est sa répartition actuelle dans les différentes Présidences. On la trouvera dans les tableaux suivans :
nu
AXJB ZT HSS V&OTIVOS8 US VdVMMT.
1 corps d*officiers du génie.
1 batailloQ de sapeurs
Artillerie achevai .
Artillerie à pied . .
Cavalerie
Employés au choix indistinctement, pour le gé« nie civil ou militaire, les ponts-et^ausséœ , mines , etc.
In&nterie européenne
Infanterie native .
brigades, chacune de i compagnies, dont 3 européennes et la i" native.
bataillons européens , chacun de 6 compagnies.
— indigènes chacun de 10 compagnies, régimens royaux (européens).
— de cavalerie régulière indigène.
— de cavalerie irrtguliôre (idem).
régimens de la Reine.
— de la Compagnie.
— de vétérans invalides, régimens de la Compagnie.
— de volontaires du Bengale.
— de Khelat-e-Ghiliie.
— de vétérans invalides.
Diverses milices provinciales, telles qu^un
bataillon d*Arracan, 4 deSylhet, i de Sebundis , 4 d'Assam, etc.
lit
L'on» àsmjjK Bff t«a.
Corps du génie* * ,
Sapeurs des ponts-
etrcbaussées. . . .
Artillerie à cheval .
Artillerie à pied. * .
C«v9torie.
Infanterie européen- 1 l
lofauterie nAtiye.
Officiers et dessinateurs.
bataillon.
régiment de 6 compagnies (dont 3 européennes et S natlYesji.
bataillons dont 3 européens et le 4' Golaodaz (les bataillons européens n*ont que 4 compagnies, le bataiUoii6olaiidazeni6).
régiment de la Reine.
— de cavalerie régulière de la Gompagnie. régûnens de la Reine.
— de la Compagnie.
<— de vétérans invalides.
régimens de la Compagnie (d'un bataillon
chacun).
bataillons de vétérans involidaSt Quelques compagnies de milices, Naiis,
Birmans, etc.
Corps du génie* . .
Sapeurs des ponts-
et-chaussées. . . .
Artillerie à cheval .
Artillerie â pied . .
Cavalerie
Infanterie européeane. •
Officiers et dessinateurs.
4 bataillon.
4 régiment de 4 compugnies, dont 3 européennes et la 4* native.
3 bataillons , dont % européens à 4 compa-
gnies et 4 Golandaz à 8 compagnies.
4 régiment de la Beine.
3 — de cavalerie régulière indigène.
3 — de cavalerie irrégulière (de Poonah,de
Scinde^ de Guzerat).
0 réglmens de la Reine.