‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 230 sur 268 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Organisation sociale de rindeanglaise.— Clergé et commerce.— - Européens y indigènes ; Mnsolmansi Hindous.

La société européenne dans Tlnde est exclusivement administrative, militaire et commerciale. Nous avons déjà passé en revue les deux premiers élémens. Ce que nous avons dit de la société administrative ne serait pourtant pas complet si nous omettions la dernière de ses branches , et en même temps une des plus importantes: le clergé. Nous avons vu que le gouvernement de la métropole avait réservé une part sur les dépouilles de Tlnde à l'ambition de sa magis* trature; il en devait une autre à la cupidité de son dergé protestant. D'ailleurs il ne pouvait se montrer uniquement préoccupé de la protection et du développement des intérêts matériels, il fallait cons^ver sa réputation de haute sainteté, de propagateur de la foi ; enfin il était indispensable de pourvoir aux besoins religieux delà population chrétienne. Jusqu'en i835 on ne s'occupa que de la communauté protestante. L'Inde anglaise comptait trois évéchés de l'église anglicane^ dont un métropolitain, celui de Calcutta , et deux suffragans , ceux de Madras et de

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Bombay. L'évêque métropolitain de l'Inde relève de r archevêque de Cantorbery; son traitement annuel est d'environ 5o,ooo roupies ou îîi5,ooo francs; il est logé dans un magnifique palais ; les frais de ses tournées épiscopales sont supportées par Tétat. Les évéques sufiragans jouissent des mêmes avantages, mais leur traitement n'est que dea5,ooo roupies, environ 60,000 francs.

Depuis i835 on a accordé aux remontrances du parti catholique trois évéques de cette religion; mais comme ce n'est point l'église dominante, ils sont fort niai payés/ La distinction est encore plus marquée pour le clergé inférieur ; ainsi, tandis que le ministre protestant touche un traitement de 700 roupies par mois, le prêtre catholique demeurant dans la métne station n'en reçoit que 120, c'est*à-dire, qn'il est moins rétribué que le plus mince sous-lieuteDant

L'ensemble des hauts traitemens civib, administrati& , judiciaires et ecc\é&\Mtiqxies praiêêtmns dans les trois Présidences (y compris les provinces de l'ouest) s'élevait en i8a8 à plus de 5o militons de francs; et cette somme était répartie sur treiâce cent six indi* vidus, donnant'un traitement moyen d'environ 4o,ooo francs par tête. Ce chiffre a subi depuis cette époque quelques réductions réellement peu importantes qui ont £aii cependant beaucoup crier les employés, et il n'en est pas moins constant que la Compagnie paie ses fonctionnaires plus libéralement que ne l'a jamab fait aucune des puissances européennes. C'est certainement une probabilité et un moyen pour être bien servi ; mais il ne faudrait pas que ce moyen fût le seul :

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il faudrait y ajouter Témulatioii^ réftultat de la concurrence f et le nombre défi employéâ ne devrait pas être telletnent limité que la tâche de chacun fût au* desdua de âea forces.

Pasaona au troi«lème élément de la société européenne danft l'Inde. L'élément commercial ^ c'e^t le dernier; cai^ il ne £Eiut pas chercher ici des colons industriels ou cultivateurs. 11 n'y en a pas et la raison en est facile à comprendre : i* La main-d'œuvre est descendue dans ce pays à un prix si bas qu'aucun Eliropéen ne pourrait s'y nourrir du travail de ses mains: conunent effectivement pourrait-il supporter la concurrence avec l'indigène dont le dîner moyen coûte i6 centimes t et pour lequel le strict nécessaire peut se réduire à deux roupies et demi (6 (r. a5c. par mois); c'est à peine si le capitaliste qui aie moyea d'établir des mécaniques et des machines à vapeut* peut lutter avec la sobriété^ la misère et la patiente industrie de l'artisan hindou. Il découvre bientôt qu'il a fait une spéculation hasardeuse et se retire le plus tôt possible, fort heureux s'il n'a rien perdu.

£n second lieu , les produits du sol sont tellement taxés que l'agriculteur européen qui entreprendrait la culture d'une ferme mourrait de faim à côté de son champ j puisque le rayot lui-même qui n'a pas la centième partie de ses besoins en tire à peine de quoi soutenir sa £simille.

Quels Européens trouvez- vous donc dans le pays en dehors des employés civils et militaires du gouvei^ nement? Quelques journalistes , qui font assez bien

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leurs affaires; des marchands , des banquiers, et surtout des indigotiers. Ces derniers s'y ruinât ou deviennent millionnaires en quelques années; dans l'un et l'autre cas ils disparaissent bientôt de la scène, les uns pour jouir en Europe de leur fortune rapidement acquise, les autres pour chercher dans leur pays un réduit où la misère soit plus supportable.

Ce que je viens de dire se rapporte aux indigotiers anglais établis généralement dans le Bengale inférieur, entre l'Hoogly et le Bourrampoutre , dans le pays de Jessore et de Dacca. Du côté de Benarès il y a aussi quelques indigotiers, mais généralement français qui travaillent aux mêmes conditions de protection et ne sont nullement jalousés. Leurs indigoteries ne sont pas d'aussi grandes spéculations que celles des Anglais : leur établissement ne coûte que 3o à 4o,ooo roupies, yS à 100,000 francs, au lieu de 5oo et 750,000 francs que coûtent celles du Bengale. Mais si leurs entreprises sont moins brillantes, si ^elles ne rapportent pas les mêmes produits extraordinaires en proportion des capitaux , elles sont aussi plus sûres. Il est rare qu'après douze ou quinze ans de travail les indigotiers du nord ne se retirent pas avec une fortune modérée. Quoi qu'il en soit, aucun d'eux ne vient pour s'établir définitivement ^dans le pays: c'est toujours pour faire fortune et s'en retourner au plus vite dans sa patrie. Cette population flottante est estimée à sept mille cinq cents personnes pour le Bengale, les provinces de l'ouest et de FArracan ; à mille quatre cents pour Madras, et à

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quatre mille pour Bombay. En tout, douze mille neuf cents pour tout l'Hindoustan.

Quant à la race née du mélange des conquérans européens avec les races indigènes, celle des Halfcastes y métis ou mulâtres, nous ne l'avons pas comprise dans la société européenne, car ce serait une amère ironie d'après l'absurde préjugé qui l'en exclut quelles que soient l'éducation et les qualités morales de l'individu. On a senti cependant qu'elle pourrait devenir dangereuse et l'on a eu le soin et l'excellente politique de la caser autant que possible , en offrant à son ambition certaines positions sociales dans lesquelles, si sa vanité n'est point satisfaite, s'il lui faut subir toujours l'humiliante distinction de la peau, elle peut au moins atteindre à une certaine aisance et jouir du confortable. On a réservé à cette classe presque tous les grades subalternes dans le commissariat , le département des vivres , les bureaux de l'enregistrement et de l'administration civile et militaire; enfin toutes les places d'apothicaires, soit dans lesgarnisons^ soitdansles régimens ou corps d'armée. Leur nombre peut se monter à quarante mille; il devrait être beaucoup plus considérable en proportion des naissances , mais héritant des vices plus souvent que des qualités des deux races dont ils sont le produit, les Halfcastes ont en général toute la lubricité de l'Indien et toute l'ivrognerie de l'Anglais, et cette combinaison en amène un grand nombre à une fin prématurée et sans reproduction. S'il y a progéniture, elle se confond le plus souvent avec les To-

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