‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 232 sur 268 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE X

tion et de rintelligence y les Tlindotis sont invariablement supérieurs aux Musulmans; mais sous le rapport des qualités morales , ils leur sont inférieurs de toute la distance qui sépare le paganisme du déisme pur. Les mahométans partagent avec les chrétiens la croyance aux vérités de T Ancien Testament; ils admettent aussi la sainteté du Nouveau et reconnaissent même le Christ comme un grand prophète. La grande faute de leur culte c'est de trop rabaisser la femme; la polygamie a des effets désastreux parce qu'elle arrête tout progrès par la vie énervante que l'on mène dans les chaînes du harem; toutefois il ne faut s'en exagérer ni les résultats pour le peuple ni le malheur pour la femme. Bien que la polygamie soit autorisée par la loi musulmane, la masse de la population ne peut s'en permettre les avantages. Les princes et les riches, non contens des quatre épouses légales , ont encore un grand nombre d'esclaves; mais au pauvre une seule épouse suffit; et dans les classes moyennes vous en voyez rarement plus de deux , dont l'une est la compagne de la première jeunesse , l'autre la consolation du déclin de la vie. Chez les peuples asiatiques où l'usage marie les hommes à dix-huit ans et où la décrépitude atteint si rapidement la femme , la bigamie parait sinon rationnelle , au moins plus excusable.

La condition des femmes varie suivant leur rang : dans les classes pauvres et peu civilisées elles sont condamnées il est vrai à une existence tout*à-fait matérielle; mais n'en est-il pas de même en Europe, avec cette différence que l'existence des Musulmanes

est bien moins laborieuse que celle de nos paysannes, puisqu'elles s'occupent des détails du ménage exclu» sivement? Quant aux dames de la classe élevée, elles savent lire pour la plupart, et quelques-unes soc* cupent de littérature. D'un autre côté, il est peu décent pour une femme de prendre la plume parce que ce talent peut lui offrir des moyens de corres* pondance avec un amant. Il n'est pas rare de rencootrer parmi elles des caractères supérieurs qui dirigent totalement leurs époux, et il s'en est trouvé qui ont gouverné des empires.

Hindoue. — La pierre fondamentale de l'ordre social chez les Hindous est la division par castes^ adoptée comme un article de foi par tous les livres saints du culte de Brahma. Le créateur produisit quatre espèces d'hommes dont chacune forma sa caste particulière. Il créa ia première de sa tête: c'est celle des brahmanes dont le but est de diriger et d'éclairer l'espèce humaine; il tira la seconde de son bras (ihatry): c'est celle des khatryas qui doivent la défendre; il forma la troisième de soti ventre (vajfsiaê)^ et la destina à nourrir le genre humain; la quatrième, tirée de ses pieds {sudriu)^ ftit créée pour obéir aux autres et pour les servir.

D'après ces lots divines, les brahmanes se sont exclusivement réservé le saoêtioee^ la médecine y la juêtiee et Yineirmctùm, De ces différentes vocations dérivent les classes qui existent parmi eux, et dont les prêtres occupent la plus élevée. *- Les khatryas font la guerre, les vaysias le commerce, les sudras «'occupent du labourage et de tout ce qui concerne

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les travaux de ]a terre. Les fonctions, les profeiaionsi les divers emplois connus dans le siècle du législa* leur avaient été répartis par lui entre les difiérentes castes et assignés spécialement aux membres de cha« cune d'elles; avec une certaine latitude pour un membre d'une caste supérieure d'adopter quelqu'une des professions de la caste immédiatement inférieure quand il ne pouvait vivre d'aucune des fonctions de la sienne. Mais cette permutation ne pouvait avoir lieu en sens inverse : un membre d'une caste inférieure ne devait jamais aspirer à aucun des emplois de la caste supérieure.

Pour rendre permanentes ces grandes démarca* tiens le mélange des castes par l'union des sexes était rigoureusement défendu. Mais en ce point la nature ne pouvait manquer de triompher de la loi } le mé« lange était inévitable. Ces unions eurent lieu et il en naquit des enfans qui n'appartenaient à aucune caste. Cependant l'idée primitive de classificatioil était si bien enracinée qu'on finit par trouver des places pour caser ces excroissances, sans riim déran* ger à l'ordre social; bien plus elles servirent à déve^ lopper encore et à compléter le système sur lequel il était basé. Certains arts, certaines industries ^ certains métiers , inconnus dans les temps où avait été faite la première division, étaient nés depuis tors des progrès de la société; ils étaient devenus né< cessaires. On imagina de diviser en classe^ nouvelles les hommes nés du mélange des anciennes caiteè et d'attacher chacune de ces classes à la culture des nouveaux arts, à la pratique de tel ou tel métier,

de telle ou telle industrie, jusqu'à ce qu'ils fussent divisés en autant de classes qu'il y avait de métiers ou de professions, chaque métier ayant à-peu-près la même organisation que les anciennes corporations européennes.

Le nombre de ces classes intermédiaires ou- mélangées fut d'abord fixé à trente-six ; mais on conçoit qu'il ne devait point s'arrêter là. Effectivement:» il est évident qu'une fois le principe de la division des castes admis , la moindre circonstance , tout accidentelle qu'elle ait d'abord été, a pu suffire à donner naissance à une classe nouvelle qui s'est perpétuée, de sorte que le nombre n'a pas cessé de s'accroître; et sans cesse on en découvre de nouvelles à mesure qu'on pénètre plus profondément dans la connaissance de l'Inde (i)- »

La plus vile dans l'opinion publique est celle des pariahs, qui provient du mélange des sudras avec les fenunes des classes supérieures. Cette caste n'est regardée qu'avec horreur: elle doit se tenir en dehors des villes et des villages où il ne lui est permis d entrer que pour enlever les corps morts, exécuter les criminels, et enfin accomplir toutes les fonctions considérées comme malpropres ou déshonorantes.

Les Hindous proprement dits, c'est-à-dire appartenant purement et simplement à l'organisation brahmanique, sans caractère social distinctif , peuvent s évaluei* à soixante millions d'âmes habitant les provinces de Bengale et de Benarès, les Circars et le Carnatique: c'est une race débile, efféminée et pusillanime qui cul- (x) Btrehoo de Pcnlioén.

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