DEUXIÈME PARTIE. -^CHAPITRE XI. 3og
Tout ce que Tlnde possède en monumens ou con« structions d'utilité publique remonte à ses princes in« digènes ; la Compagnie n'a pas ouvert un puits, creusé un étang, coupé un canal, bâti un pont pour Favantage de ses sujets indiens; elle n'a pas tracé une route si ce n'est pour le passage de ses armées; encore c'est ordinairement un ouvrage si éphémère que l'année suivante il faut remettre la main à l'œuvre. Les travaux des Hindous et des Mogols, comme ceux des Romains, étaient gigantesques et semblaient faits pour l'éternité ; ceux des Anglais portent un caractère de mesquinerie presque général et révèlent invariablement le principe de leur destruction. Les plus beaux fleuves du monde qui au moyen de canaux et de dérivations pourraient fertiliser d'immenses régions , vont perdre inutilement leurs eaux dans la mer ou les sables. Non-seulement on n'entreprend rien de neuf, mais on ne restaure pas ce qui était, on n'entretient pas ce qui est. L'Angleterre a trouvé moyen d'épuiser tous les trésors de l'Inde sans en employer la moindre fraction au profit et au bonheur matériel des peuplies qu'elle a conquis. Chaque année voit tomber en poussière quelque cfaaory, quelque sera! qui abritait le pauvre indigène et s'écrou-^ 1er quelques-unes de ces digues qui retenaient les eaux bienfaisantes. Le flot s'écoule et les bassins se tarissent ou sont comblés par les alluvions, la culture disparaît, les populations périssent et le pays retourne enfin au désert.
Si l'on pouvait croire que j'exagère, c'est un témoignage anglais même que j'invoquerais, celui de T/n-
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dian^News (résumé de la statistique indigne, publié chaque mois) , dans un article tout récent du 9 mai 1843. Il est dit officiellement que dans un seul district de la Présidence de Madras, celui de North- Arcot, dans une seule année en 1827 (i), le nombre des étangs crevés, emportés et détruits par les inoadations ne se montait pas à moins de onze cents, après que ce district avait été sous la tutelle de l'Angleterre depuis im quart de siècle. Et ainsi, ajout3e«t-il, des districts entiers sont dépeuplés et retournent à Tétat de nature!
Du temps des cotiquérans mogols un admirable oahal, appelé le canal du Doab, partait de Delhi et traversait toute la partie occidentale du Doab supé> périeur, fertilisant dans son parcours plus de deux cents milles de pays devenus maintenant le séjour des bétes féroces parce qu'avec le temps et Fincurie on l'a laissé combler. De distance en distance des bouquets de manguiers plantés en quinconce et témoignant de la demeure de Thomime s'élèvœt sur cet espace, sombres et abandonnés comme des ouibragea funéraires, et les noms mêmes des villages nesubstttent plus que dans les traditions du misérable fiikir qui parcourt œs solitudes et tend la main au voyageun Depuis vingt»cinq ans on parle de res* taurer ce noble ouvrage» De i834 ^ k838 les rêve* nus ont surpassé tes dépenses et l'on avait en réserve
(z) In Oie year 1827 , no fewer Uian i,si>o tanks bnmt in Nortb-Aivot •lone^ afler Uiat district bad been ander British care for a quarter of a centary ; and so, wbole districte are depopalated and Ml bark Into a stala ^aatam.
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plus de lo millions dans le trésor et ïoa n'a pu ce* pendant se décider à y donner le premier coup de pioche. Lord EUenborough promet encore anjouiv d'hui d'attribuer spécialement quelques centimes au rétablissement de ce caqal; mais les peuples de l'Inde ny comptent plus et ils ont raison. Au lieu de ce bienfait la culture forcée de l'opium , si nuisible au sol| si peu profitable au cultivateur, envahit des royaumes entiers, ce qui reste des meilleurs terrains, ceux qui produiraient les plantes utiles à l'homme. YoilJt depuis un siècle et demi le seul cadeau dont ce beau pays soit redevable à l'administration anglaise, tou« jours et partout la m^ne vis-à<»vis de l'Inde: une eic* ploitation implacable et égoïste, jamais un gouver^ nement prévoyant et paternel.
Ce que nous venons de dire se rapporte surtout à l'existence du rayot. Les autres classes seraient^elles dans des conditions plus heur^ises? Sous le point de vue moral , hélas non ! On ne leur a pas même laissé une place dans l'organisation sociale , pas im petit coin dans le monde pour y gagner leur subsistance, ly abord tous les petits princes dont les états ont été morcelés et les trésors épuisés se sont vus et se voient encore tous les jours forcés de renvoyer une foule de serviteurs qu'ils occupaient autrefois. Il s'ensuit que pour les classes supérieures et les classes moyennes, pour les Hindouset l^Musnlmansauxquek leur naissance , leur éducation toute militaire, leurs pr^ugés de caste ou de famille interdisent de travailler à la terre , à mesure que le pri|C des denrées augmente , les débouchés , les moyens d'exfelence dimi«
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nuent Au moins sous les empereurs^ radministration, les revenus , les armées , offraient des carrières à leur courage ou à leur intelligence; aujourd'hui toutes ces places sont envahies par les frelons étrangers; même durant les époques les plus pénibles de transition et de conquêtes y les uns s*airichissaient de ce que perdaient les autres; dans la grande loterie des convulsions politiques il y avait un certain nombre de numéros gagnans : aujourd'hui il n'y a plus de gain possible que pour les Européens. Si un ministre tombe c'est un Résident anglais qui le remplace; si une administration s'écroule c'est une administration anglaise qui lui succède. Pour tout ce qui est indigène il n'y a qu'une ruine déjà accomplie ou certaine et imminente : la roue de la fortune s'est arrêtée sur eux pour les broyer. Quels sont les plus hauts rangs offerts à l'ambition des hautes classes? Dans l'armée, un grade de soubadar-major qui équivaut à-peu-près à celui d'adjudant sous-officier en France; dans l'administration, quelques places d'huissiers et de commis. Quand sous l'inspiration de lord William Bentinck la Cour des directeurs avait eu l'idée de donner un writership, c'est-à-dire une place dans le service civil au fib du célèbre Bam-Mohun-Roy, qui avait reçu ime éducation européenne et était certainement supérieur en intelligence à un grand nombre de ses employés, cette proposition souleva une telle tempête parmi les bénéficiaires qu'il fallut y renoncer. Toutes les carrières , tous les emplois honorables leur étant ainsi £»rmés, il s'ensuit que les fortunes aisées et les classes moyennes disparaissent successivement sans se