‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 237 sur 268 · DEUXIÈME PARTIE.— CHAPITRE XI. 3x · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE.— CHAPITRE XI. 3x

remplacer, juaqu'à ce que dans un temps donné il n'existera plus qu'une égalité de misère qui nivellera cent cinquante millions d'individus. J'inclus cette fois les états vassaux qui viendront se dissoudre dans le même creuset. L'Angleterre, comme le vampire fabuleux, aura tout absorbé ; il ne restera aucune sommité pour s'élever au-dessus des masses, parmi lesquelles on ne comptera plus que l'artisan, le cultivateur, le manœuvre et le gendarme; rien qu'un peuple de serfs, jouissant d'une liberté nominale annulée par le besoin et n'ayant d'autre alternative que de travailler pour le profit exclusif de ses maîtres.

« Les Européens jugent trop souvent de l'état actuel de l'Hindoustan d'après les villes maritimes, telles que Madras , Bombay et Calcutta , qui ont à elles seules le monopole du commerce de presque toute la presiquMle avec la métropole > la Chine et FOcéanie. Ces villes ont précisément concentré tout ce qui reste de richesses dans le pays. Mais peut-on comparer les habitans de ces cités opulentes aux populations répandues dans tant de royaumes, de villes et de villages. Si en se reportant vers le passé on erre au milieu des dunes solitaires où s'élevaient autrefois des capitales florissantes, quel changement! Que sont devenus les trésors de Golconde et de Bidjapour ? Que reste-t-il d'Oujein , Bhopal , Shapour, Gwalior , Indor, Ahmedabad, Agra, Delhi? A plusieurs milles autour de l'ancienne capitale vous ne voyez que cô** lonnes , temples renversés , monumens déserts. Les bétes fauves et les reptiles ont remplacé les habitans; tout est désert y silencieux; l'oreille n'est plus frappée

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par ie khêêh amenai (bienvenue) du maître; le cri plaintif du chakal ou le sifflement de la oouleuvre capelle résonnent seuls autour du voyageur. Le vent brûlant du désert vient s'engouffrer sous ces voûtes qui retentissaient autrefois des accords de la sci* tare (i) ou du dol (a). Surpris de cet abandon » si vous interrogée le Musulman, il vous répondra: Quand la destinée est là toute précaution est vaine. Questionnez l'Hindou , sa réponse sera bien différente : Elle s'est emparée du pays par la msel dira le Brahme au caractère souple et rampant, en parlant de la Company êdheb kahmdur , Thonorable et victorieuse Compagnie (3). )> Dans des villes ou florissaient d'admirables fiaibriqueft dont les produits étonnaient l'Europe, c'est k peine si l'on rencontre quelque malheureux tisserand , travaillant au milieu des décombres! là où vivaient deuic cent mille Ames, à peine ea compterail>on quinze mille.

Nous avons parlé du sort du rayol , de l'existence précaire des hautes classes, de la destruction des classes moyennes. Lra princes et les rois sont-ils plus heufeav. En t84o, l'héritier présomptif de la eooroniie de Burdwan ( Rajah^^PmatM^faund ) est emprisonné et traité comme un impoâleur parce qu'il rédame Théritage de ses pères qu'on a vendu impudemment à un de ses oncles : c^est une resdtulion de friue de a5 millions de (ranes(ioo lacs deroupies)^iie legouvemement aurait à Ini fitire, et comme

(a) TamboacUi.

(3) tmpressloas <riin voyagear , Reime des Deux-tondes.

on ne veut pas payer on entame un procès. Le Ra* jah de Sattarah ne veut point gorger l'avarice des agena du gouvernement on Taccuse de trahison i on s empare de ses états et on le relègue à Benarès% U a porté plainte sans succès à la Chambre des communes. La veuve du dernier roi de Lucknaoi belle et noble béroînei l'admiration de son peuple, a été renfer^** mée dans la forteresse de Cbanar pour s'être montrée digne du trône* Les Amirs deScinde, en récompensede l'hospitalité qu'ils avaient accordée à Burns, sont au* jourd'hui confinés dans les forteresses les plus malsain nesde la Présidence de Bombay» EnfinDost-Mahomedi adoré de $es sujets^ est détrôné pour un monstre que les A£%hans ont chassé trois fois et que ses vices peu«vent &ire assimiler aux Domitien et auxHéUogabale,

Toutes les anciennes familles royales de l'Inde sont ou privées de leur liberté ou réduites à un état de pénurie extrême. La Compagnie a dissipé leuns ri« chesses, envahi leurs tenitoires et forcé les héritiers légitimes à quitter le trône ou à disparaître derrière les rideaux du harem, pour mettre à leur place des créatures qu'Ole oblige pour ainsi dire à opprimer les populations afin de les préparer à passer plus aisément sous le joug britannique.

Voilà le repos, l'aisance ^ la Ubarté et le bonheur dont l'Inde jouit sous les lois du peuple qui se prétend le {dus libéral, te plus civilisé et le pbis philanthrope de la terre.

Maifiriiidea«>t->dle au moins quelque espoir d'amélioration dans l'avenir? Stoo. 5a position doit né* <»sairBfneat et fatalement empirer.

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D'après les conclusions de la nouvelle charte qui font peser sur l'Inde le solde des dividendes sur les actions primitives de la Compagnie avec d'autres charges encore dont le cahier se monte , comme nous l'avons vu au chapitre des dépenses, à 39643,980 livres sterl. payables en Angleterre; en ajoutant encore à ce déboursé les économies sur leurs énormes revenus^ que les employés civils et militaires, les marchands et les planteurs font passer chacune année dans la métropole , on ne saurait estimer le capital retiré annuellement de Plnde^ à moins de ^ omS millions sterling (roo ou ia5 millions de francs) ^capital qui en sort pour n'y jamais rentrer , puisque l'introduction forcée des marchandises anglaises dans la colonie et ^exclusion des produits indiens bruts ou manufacturés des ports de la métropole, détournent tous les courans qui pourraient le ramener.

Montgomery-Martin a calculé que le capital retiré de la circulation dans l'Inde, depuis cinquante ans, se monte à 100 millions de livres sterling ou à a,5oo,ooo,ooo de francs. Aucun pays, quels que puissent être la richesse de son territoire, la fertilité de ses ressources, l'industrie et le nombre de sa population, ne peut résister long*temps à l'épuisement qui sera le résultat nécessaire d'un écoulement aussi con^ stant, aussi rapide et aussi irréparable de toutes ses forces vitales.

Non, il n'y a aucun espoir pour l'avenir ; car les métaux précieux, dernière ressource d'un commerce aux ftbpi^ qui pourraient au moins servir d'intermé*

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diaire entre les magasins des conquérans et les besoins de l'Asie centrale y ces métaux précieux ont disparu et disparaissent encore de jour en jour. L'Inde qui autrefois était comme un abîme où venait s'engloutir tout Tor de r£urope et de l'Asie^ non-seulement a vu tarir les sources qui le lui portaient, mais est maintenant obligée d'en fournir continuellement pour satisfaire aux exigences de son impitoyable maîtresse. Montgomery-Martin calcule que, toutes déductions faites, la quantité absolue de métaux précieux exportés en Angleterre, uniquement pour le compte du gouvernement de la Compagnie entre les années 1811 et i834 se montait à 79976,819 livres sterling (aoo millions defrancs), ce qui n'était qu'une faible proportion de la quantité exportée comme marchandise pour le compte des individus.

Mais, dira-t-on, tous les' dollars que l'on tire aujourd'hui de la Chine en échange de l'opium doivent combler le déficit dans le numéraire en circulation dans rinde. Il n'en est rien, car la Compagnie enlève ces espèces dès Canton et Macao en échange de traites sur le trésor, qu'elle acquitte avec de nouvelles cargaisons d opium et les dollars sont embarqués directement pour l'hôtel des monnaies à Londres. La situation de l'Inde, dit Montgomery-Martin, peut être comparée à celle d'un individu qui serait privé de nourriture et auquel on retirerait journellement du sang par des saignées. Que doit-il attendre? L'ia- ^ trophie, les convulsions, la mort ? The situation of India may be compared to thai of an individual deprived of nutriment, yelfrom whom aportion ofthe

Sx8 VîHûE ANGLAISE EN 1843.

circulating ftuiâ is dayly abstraeted. Thé rêiuliiê atrapht/j convulsions, death.

( )n nous dira que le jour viendra peut-être ou VAngleterre sera plus juste et entendra mieux ses véritables intérêts. Non , parce qu'elle est sur une pente fatale : son industrie a pris un développement efirayant qu'elle ne peut plus arrêter, et à mesure que ses débouchés s'engorgent, son égoîsmelui fait chercher i étouffer, à dévorer toutes les industries rivales. Elle est vis'à-vis de l'Inde comme le vautour de Promélhéc, avec cette difiérence que son appétit ne fera que s'accroître, et que les entrailles du Prométhée indien ne renaîtront plus.

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