‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 238 sur 268 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

!)euilènié qiMsIioti. t^Angtetem a-Uelle bien mérité des peaptes de Pa^ rie poor lear tméllortUon momie, pour les progrèe de riateiligeece» dee iamièresi da christianisme ? A-t-elle au moins répanda dans l'Hindonstan quelques-uns des avantages de la civilisation moderne? A-t-elle fait le premier pas dans cette vole?

C'est encore négativement qu'il faudra répondre. Peut-être la tâche n'était-elle pas aisée; mais Fa-t-on franchement entreprise? a-t-on pensé à autre chose qu'à exploiter?

S'il est un (ait constaté et généralement reconnu , c'est que la civilisation dans l'Inde n'a pas fait un pas depuis les temps d'Alexandre jusqu'à nos jours. Le sahre prosélytique des Musulmans et la douce lumière des doctrines du christianisme n'ont pu ni briser ni pénétrer l'édifice raide et escarpé des institutions hindoues '. croyances religieuses, mœurs, usages, habillemens , culture , tout est resté immuable comme les temples d^Ellora taillés dans ses montagnes de granit.

L'influence tant vantée des missions protestantes et des missions anglaises en- général est absolument nulle : elles n'ont d'autres prosélytes que des enfans sans parens que les missionnaires achètent en bas

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âge, et qui plus tard retournent tous à la religion de leurs compatriotes. Il faut le dire aussi, les sectateurs du Christ ne sont guère plus charitables, plus humbles que les disciples de Brahma ou de Mahomet. Quant à la charité, celle des Indiens est immense, universelle; elle s'étend jusqu'aux animaux : ceux-ci trouvent des hôpitaux que ne trouventpasles hommes. Dans les rapports de la vie privée, cette charité va jusqu'à partager son dernier morceau de pain avec le parent le plus éloigné. Le dernier fils qui survivra dans une famille soutiendra non-seulement les vieux parens, mais les veuves et les enfans de tous ses frères, ou mourra de faim à côté d'eux en essayant de les nourrir de son travail. Tai vu celui de mes gens qui ne recevait à mon service que 5 francs par mois, sur lesquels il devait se nourrir et s'habiller, ne jamais passer devant un mendiant de sa religion, fakir ou joghi, sans lui donner une paice, environ a centimes. Â quoi bon prêcher l'abstinence à des hommes dont les pénitences sont si terribles qu'elles auraient peutêtre effrayé nos premiers martyrs? Sont-ils bien venus à prêcher l'humilité à de pareils hommes , ceux qui les méprisent avec toute leur morgue nationale, parce qu'ils sont un autre peuple, parce qu'ils sont vaincus et timides, parce que leur peau est d'une autre nuance, ceux à qui il faut des palais, des palanquins, des voitures et de nombreux domestiques ? Aussi vous pouvez parcourir l'Inde , assister au service divin dans les temples du Bengale, de Bombay ou de la Présidence de Madras, c'est toujours la même chose; vous n'y trouverez aucune oreille hindoue pour recueil-

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lir la parole du Seigneur , aucune voix pour interrompre celle de l'officiant si ce n'est Técho de la voûte ; on prêche dans le désert.

On est moins étonné de leur peu de succès quand on relit les observations toujours si pleines de bonne foi, de Jacquemont qui certes n'était pas d'un catholicisme trop exclusif. « Les missionnaires an- < glais, dit*il , s'étonnent de ne pas faire de converc sions ! Ils ont une femme, des chevaux, des dômes* a tiques; ils habitent une maison commode et se « disent missionnaires! Quelques missionnaires catho- « liques (généralement portugais de Goa, français de c< Chandernagore ou du collège des jésuites de Pon- « dichéry) courent le pays à pied et nu-pieds pour a convertir les infidèles. Us en ont converti beaucoup, « ils en convertissent encore. Ils s'y prenaient comme « les apôtres et comme eux souvent ils ont réussi. I..es « missionnaires protestans et généralement les mis- ^ sionnaires anglais attendent patiemment chez eux « que les infidèles se présentent.

« Est-ce bien là un apôtre, cet homme qui professe a la chimie, imprime , bâtit des maisons, fait du paie pier, le commerce et la banque? Les missionnaires (c anglais forment une communauté et une colonie , «religieuse en Europe, industrielle dans l'Inde, « qui s'arrondit passablement sur les deux rives du « Gange, mais ramène très peu de brebis au divin « pasteur. »

Quant à ces écoles anglaises dont on nous fait tant de bruit, établies à Calcutta, Madras, Bombay, Agra, Delhi, Benarès, où les fils des babous (riches Hin-

ic. ai

3a» L'INDE ANGLAISE EN 1849.

dous) et des sercars (courtiers) envoient seuls leurs enfansy quel est leur but réel et avoué? quelle est leur direction, leur influence sur la société? Leur nomen* claiure suffira pour nous la faii^ comprendre.

i'' Nous avons d'abotxl le Calcutta-Madâssah ou Ceilége mahoméian, fondé par Warren Hastings en 1781. Les bâtimens ont coûté 57,000 roupies» et le gouvernement Bouscrit 3,000 livres sterling par an pour soutenir cette institution dont le but avoué est de faire de savans et pieux musulmans , et pour résultat de former des légistes, des conseillers et des écrivains (selon le code mahométan ) pour les Cours de justice de la Compagnie. Le nombre des élèves est fixé à cent divisés en cinq classes y recevant chacun suivant sa classe I depuis 6 jusqu'à i5 roupies par mois. Le mooUah en chef ou recteur reçoit /|00 roupies par mois, son premier assistant 100 ^ le second 80 , le troisième do^ \e quatrième 3o. I^es études sont indiquées dans le programme suivant : Philosophie naturelle , théologie et lois selon le Kofe^n, astronomie, géométrie^ arithmétique, logique^ rhétorique, persan et arabe : on y a ajouté en 18^7 une classe de médecine^ et en i8ii8 une classe d'anglais. , a^ Le collège hindou sanscritdeCaloutia, fondé en j 8ai • Les bàtimeos ont coûté 1 ao,ooo roupies, et le gouvernement affecte une rente annuelle de 3|000 livres sterling pour aider cet établissement dont le but est absolument semblable à celui du coUége mahométan, cest»à-dire de former pour les Cours de justice de la Compagnie , des conseillers hindous savans dans les lois et la religidn de Brahma. li y ^

DETTXIÈME PARTIB. — CHAPÏTM XII. 3îi3

également cent élèves, quatorze professeurs {pumdUs) et un bibliothécaire. Cours d'études : théologie et rituel brahmanique, médecine et botanique, matbè* madques , métaphysiques , philosophie , histoîna i poésie, et surtout les lois d'après les Védas*

3° Le collège hindou sanscrit de Benarès, fondé en 1791: contribution du gouvernement, a,ooo livres sterling. Etablissement : un chef pundit ou recteur^ huit professeurs, neuf étudians soldés, un certaia nombre reçus gratis; le reste des élèves est admis en payant une pension. La discipline intérieure, comme dans le collège hindou de Calcutta, est réglée sur le dherma shestra (chapitre de l'éducation dans les Védas). Le cx)urs d'études est aussi le même»

4* et 5% Les collèges d'Âgra et de Delhi en tous points semblables aux précédens.

6*" et 7°. A Calcutta, le collège anglo^indien et le collège anglais, destinés à recevoir les élèves sortant des éiablissemens mentionnés ci-dessus et ^ compléter leur instruction en anglais, persan et arabe ainsi qu'00 littérature.

8' Enfin Bishops-College, le ^^W collège chrétien , fondé par l'èvéque Middleton assisté par la soùxéxé pour la propagation de l'Evangile, qui reçoit des enfans déjà chrétiens, européens ou indigènes, de l'âge de quatorze ans et au-dessus. Il y a dix plaœs gratuites d'élèves en théologie et dix aussi gratuites d élèves laïques.

Le système d'instruction est le même, mais sur une échelle beaucoup moindre , pour les Présidences de Madras et de Bombay.

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I^es missionnaires luthériens, calvinistes et ana* baptisles ont ensuite fondé en diverses localités un nombre considérable d'écoles primaires , où l'on apprend l'anglais , le latin , l'arithmétique et une géographie tronquée. Elles n'ont servi jusqu'à présent qu'à faire des pédans fort ignorans qui deviennent une plaie pour leurs compatriotes et, je crois, pas un seul néo* phyte de bonne foi. Elles n'ont abouti qu'à prouver leur impuissance. C'est que la civilisation est le produit du bonheur matériel au moins autant que de l'étude; elle ne prend point racine dans la misère: ce n'est qu'en augmentant le confortable, en généralisant les goûts de la vie civilisée qu'on parvient à l'étendre, ce Ce n'est qu'après avoir amélioré la position pbyic sique de l'individu qu'on devrait s'occuper de sa a position morale : Vhomme qui a faim, qui a froid, « qui souffre, réclame avant tout des alimens, des « vétemens ou les moyens de s'en procurer. » Nous avons vu que les Anglais ne prenaient pas ce chemin. « Dans une contrée où il y a tant de malheucc reux, on chercherait en vain un seul hôpital civil, « un seul bureau de bienfaisance; il n'y a que les sola dats et les employés du gouvernement qui aient « droit à sa charité ou à ses bienfaits (i). »

Si l'on voulait que les missions anglaises étendissent et consolidassent leur influence dans le pays, il faudrait surtout que le gouvernement anglo-hindou se montrât moins pénétré de l'importance de la mythologie brahmanique; qu'un lord Auckland, parexempie, n'allât point offrir des présens à l'autel d'une

(i) tmpretsions d'un voyageur.

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