PREMIÈRE PARTIE. -^CHAPITRE VI
ropéen, joint à la supériorité de la discipline, ne pouvait manquer de fixer la victoire sous la bannière des princes qui les emploieraient , de donner par conséquent à ces princes la prépondérance sur leurs rivaux ; et par cela même qu'ils devraient ces victoires et cette prépondérance aux chefs des corps européens , d'assurer à ces derniers une influence illimitée dans leurs conseils. «Dupleix appuyait alors « la puissance de la France sur certaines provinces « constituées en souverainetés indépendantes , mais « qui n'auraient eu d'autre existence que celle qu'il « leur aurait prêtée , dont le dévoûment lui eût été > par conséquent assuré , et qui devenaient ainsi ses « dociles instrumens. ït
Avec ces idées et ces projets , rien ne pouvait être plus agréable au gouverneur français que les ouvertures de Mouzufferjimg : da mihi punciutn et terram mevebo (donnez-moi un point d'appui et je soulèverai la terre ) : telle était son espérance secrète , et rien ne concourait davantage avec ses propres vues que la chance de faire \m soubadar du Dekhan, qui lui devrait son élévation. Appuyé par celui-ci, ne pour- ^it-ii pas encore viser plus haut ? Une fois lancé dans cette voie où s'arrèterait-il ? Appréciant les indigènes à leur juste valeur, il ne s'arrête pas à considérer les forces des deux prétendans , mais il jette hardiment ^ poignée de Français du côté le plus léger de la balance et se croit sûr du résultat.
Cependant une autre intervention européenne, celle des Anglais, le met un moment en dé&ut et le fait presque douter de la fortune : Mouzufferjimg , après de
brillans succès, est vaincu, faitprisoDnîerettoiubeau pouvoir de son rival. Toutefois Dupleix n'est pas homme à se décourager : il sait qu auprès de toute cour orientale se trouve toujours le germe d'une conspiration; il le cherche, le cultive, le développe) le fait éclore, et quand il juge le moment venu pour en assurer enfin le succès, il lance hardiment huit cents Français commandés par le brave Latouche, sur les cent mille hommes du soubadar campés dans les environs de la forteresse de Gingy, peu éloignée de Pondichéry. Cette petite troupe intrépide tombe comme un obus au milieu du camp indien, et à la faveur delà confusion produite par son attaque Nasirjung périt assassiné; et Mouzufferjung , par une de ces transitions si communes en Asie, échange la prison pour un trône. Ce drame se passait comme nous l'avons dit dans les environs de Pondichéry , dans les premiers jours de décembre 1750: c'est à Pondichéry même, quelques jours plus tard, que Mouzufferjung est solennellement installé soubadar par Dupleix, qui le reçoit avec la plus grande magnificence et fournit de sa propre bourse et de celle de ses amis à tous les frais de son investiture qui se fait avec la pompe et le cérémonial d'usage. Le premier, Dupleix lui rend hommage^ revêtu d'un superbe costume oriental dont le prince lui avait fait présent, Mouzufferjung, de son coté, dans l'exubérance de sa joie et de sa reconnaissance envers son sauveur et son allié, prodame à son tour Dupleix , au nom du grand Mogql , nabab du Gamutique ^ c'est-à«dire de toutes les provinces sur la cote du Coromandel entre 1q Oivery et le Cbris-