DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITAE XIY. 36S
vernement anglo-indien aurait su adroitement jeter entre son existence menacée et le nouvel envahisseur - et qui seraient venus se briser entre les deux colosses au profit de l'Angleterre. Aujourd'hui tous ces trônes sont écroulés, leurs débris réduits eu poussière; le gouvernement de l'Inde anglaise, dans sa vaste éten* due, ne s'est laissé aucun soutien à sa hauteur; désormais il doit se tenir en équilibre de lui-même sur le sable mouvant de la haine des peuples.
Avec une armée composée comme nous l'avons indiqué plus haut, le général russe devrait avoir pour instructions: i"" D'offrir le combat à l'armée angloindienne aussitôt qu'il pourra l'atteindre et si le terrain lui permet de l'aborder, de l'attaquer dès l'instant qu'il aura suffisamment reconnu son ordre de bataille. C'est surtout la disposition de la partie anglaise de cette armée qu'il devra soigneusement étudier afin de la traiter avec tout le respect qu'elle mérite. Partout où il trouvera de l'infanterie européenne il devra préparer une seconde ligne en réserve de la sienne , afin de rallier les débris de la première et de la remplacer dès qu'elle aura plié sous la baïonnette britannique. Quand au contraire il n'aura que des cipayes devant lui il marchera sur cette canaille sans la compter. Us n'attendront pas le choc, leurs officiers européens mourront seuls dans les rangs moscovites, et ceux-ci hors de combat, les cipayes ne reparaîtront plus, ils jetteront leurs armes et se disperseront pour ne plus se rallier.
a"" Si des avantages de position du côté des Anglais empêchent le commandant russe d'attaquer, il se con-
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tentera d*offrir incessamment le combat en poutsant quelques escarmouches uti peu vives et en dernier ressort il se portera sur leurs lignes de communication. Il obtiendra ainsi uh champ de bataille et Teflet moral aura été produit sur les cipayes. Quand enfin on devra se battre, les premiers coups de canon décideront chez les indigènes un sauve-qui-peut général. Il ne restera plus alors qu'à triompher du noyau d'Anglais, dont la résistance sera terrible^ héroïque. Il faut qu'on s'y attende, ils mourront , knais ne se rendront pas ^ et selon l'admirable devise d'un de leurs régimens, le 57' they îoill dit hari ^ ils seront durs à mourir; mais aussi on he les retnpiacéra pas avant deux ans et un an suffira pour la destruction totale de la puissance anglaise dans l'Inde.
Quant à la subsistance et aux approvisionnemens de l'armée d'invasion une fois dans le Punjab, le commandant russe n'a pas besoin de s en inquiéter pout*vu seulement qu'il ait une bourse bien garnie et qu'il ait laissé des sâhocars (banquiers) à Caboul et à Téhéran sur lesquels il puisse tirer à sa discrétion. Il trouvera un commissariat immense, admirable, écohomique, organisé depuis des siècles, destiné à servir tous les cotiquérans qui se succéderont sur la scène de l'Inde et qui se rangera autour de lui à sa preinière sommation.
Dans la guerre de r';^9i contre Tippoo la situation de l'armée anglaise sous lord Gornwaliis était devenue des plus critiques par le défaut de vivres et le manque absolu de toutes espèces d' approvisionnemens tant en grain qu'en bétail. Dans cette circonstance un of*
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ficier de la Ck)nipàgnie (le capitaine Malcolm je crois) donna au général en cihef le conseil d'avoir recours à une sorte de caste ou de tribu nomade, contiue dans llnde sous le nom deLambadies ou Brinjaries, Ce sont les Bohémiens de ces contrées qui se retrouvent en nombreux campemens errant çà et là dans toute Fimmensité de la péninsule hindoustanique. Ce sont «tux qui dans toute Tlnde font exclusivement le commerce des graitis. A dos de bœufs et de chameaux ils les transportent à d'immenses distances en convois si nombreux qu'on dirait des corps d'armée.Les BrinjàHes ne logent jamais datis les maisons, mais cam« pent auHlehors, en disposant leurs tentes avec une sorte de régularité ; ils ne manquent pas de cou* rage et font une vig[oureUBe résistance quand on les attaque. En temps de guerre les camps des armées belligérantes sont leur rendez- vous ordinaire. On les dirait attirés par le désordre et la confusion, comme les animaux de proie sur un champ de bataille par Todeur des cadavres. Ils y arrivent de toutes parts, s'attachant à l'une ou à l'autre ar^ tnée, généralement à toutes les deux, si toutes deux veulent les employer, toujours prêts à traiter pour de ^'argent et fidèles jusqu'au dernier sou. Observant du reste la plus stricte neutralité enttis les parties belligérantes, ils n'ont pour but que de vendre leurs grains et de louer leurs attelages à qui lei paie le plus cher. On pourrait supposer que l'Angleterre disposant de plus grandes ressources pécuniaires que la Russie pourrait les acheter exclusivement; mais c'est une hydre à plusieurs millions de têtes. Bien que Ie6
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différentes tribus de Brinjariess^entr 'aident en cas de besoin, elles ne sont nullement solidaires les unes des autres et ont des intérêts homogènes, mais nullement inséparables. Il est matériellement impossible de les acheter toutes et comme celles qu'on n'achèterait pas passeraient immédiatement à l'ennemi, jusqu'à concurrence de ses besoins ou de ses moyens de les payer, on ne l'essaiera même pas : ce serait vouloir tarir l'Océan. Cette caste est de toutes celles de ces contrées, celle dont les mœurs sont les plus rudes, les plus brutales , les plus farouches : on les accuse de l'usage atroce d'immoler à leur divinité des victimes humaines; mais c'est aussi la plus dure et la plus infatigable. Quelles que puissent être les mai^ ches forcées de l'armée qu elle se charge d'approvisionner, on la retrouvera toujours k son poste. Entre autres coutumes étranges , ils ont celle de ne jamais boire d'eau de rivière ou d'étang. Cet usage en fait d'admirables compagnons de marche dans les lieux déserts ; s'il est une goutte d'eau dans le voisinage, à quelque profondeur que ce soit ils sauront la trouver. Pour en revenir à l'histoire de lord Cormvallis, à la première nouvelle qu'on avait besoin d'eux , dès la première sommation , les Brinjaries se hâtèrent d'accourir : les premières arrivées de leurs bandes fournirent dix mille charges de grains ; un service de cinquante mille bêtes de somme fut organisé en quelques jours par leurs tribus et les quantités allèrent toujours croissant. Cependant, malgré l'activité de ce commerce et le profit qu'ils en tiraient , ils ne se me laient point avec l'armée, mais campaient toujours à