DEUXIÈME PARTIE. —CHAPITRE XV. 38c
de cette dernière puissance est donc de tourner , de miner ou de renverser ces deux obstacles. « Elle a un a intérêt immédiat à changer le plus promptement «r possible un état de choses dont elle souffre dans le a présent et qui entrave évidemment son avenir. De a là ses tentatives pour arriver à étendre et à assurer « ses communications avec les contrées situées à l'est « de la mer Caspienne ( i ). » Ce sont des missions, des ambassades ou des expéditions qui se sont succédé sans cesse et sans relâche depuis 1718 jusqu'à nos jours.
Il est assez curieux de suivre la série de ces efforts ; nous en retiremns quelques observations importantes. C'est d'abord le prince Bekevitch, envoyé par Pierrele*Grand à Khiva , avec un détachement de soldats , qui est assassiné avec toute sa troupe contre In foi des traités. Une partie de son corps d'armée qui avait été cantonnée sur les bords de la mer Caspienne pour y former des établissemens fortifiés est obligée de se rembarquer et de s'en retourner à Astrakhan.
a® C'est Pierre-le-Grand en personne qui, en 17^2, entre à la tête d'une armée de cent mille hommes dans les provinces persanes situées sur la côte occidentale de la mer Caspienne , prend Tarkou , Derbend et Bakou , et conclut l'année suivante avec l'ambassadeur du Shah un traité par lequel ce monarque cède à la Russie les provinces de Daghestan , Shirvan , Asterabad , Ghilan et Mazendcran , conquêtes qui ne furent rendues à la Perse que sous le règne de Nadir- Shah par l'impératrice Anne.
([) M. deJancigny.
t.Si i;iNDE ANGÏAISF KX 1848.
3* C'est en 1819 , le capitaine Mouraviev qui est envoyé de nouveau à Khiva. Il a publié une relation intéressante de son voyage , et voici quelques-unes de ses réflexions : « Si nous eussions possédé Rhiva , ce dit-il, les nomades du centre de l'Asie auraient (( redouté notre puissance et il se serait établi une « route de commerce par le Scinde et rAmou-Deria a jusqu'en Russie. Alors toutes les richesses de l'Asie « auraient afflué dans notre patrie et nous eussions « vu se réaliser le brillant projet de Pierre-le-Grand. « Maîtres de Khiva nous aurions vu beaucoup d'autres (c états se ranger sous notre dépendance. Au lieu d'un « poste avancé qui exclut notre commerce y la Khivie (( serait devenue une sauve-garde qui l'aurait défendu (( contre les attaques des peuplades dispersées dans « les steppes de T Asie méridionale. Cette Oasis, située f( au milieu d'un océan de sable , serait devenue le « point de réunion de tout le commerce de l'Asie a et aurait ébranlé jusqu'au cenire de F Inde /V- (( norme supériorité commerciale des dominateurs « de la mer (1) ».
4° Cest enfin , sans parler de beaucoup d'autres tentatives diplomatiques , une dernière expédition en novembre 1 8^9, qui part d'Orenbourg sous les ordres
(0 Voyages en Turcomanie et à Khiva» rêvas par MM. Eryès ei Klaprolh. — En relisant aUentivement cette dernière phrase, on sera étonné de la portée de la pensée qa>!le vient de trahir ; pensée constante, Je ne dirai pas du Gouvernement, mais de tout le peuple Russe , parée que c'est Teipression de ses besoins. C'est le cri de détresse d'une industrie étouffée par la concurrence anglaise et qui doit lui disputer ses déboorbés ou périr.
DEXTXliME PÂKTIE.-.CKAFITRE XY. Si)
du général Perowsky et se dirige encore une fois contre Khiva. Déjà elle était parvenue jusqu'au-delà de FEmba et s'était mesurée avec quelques détachemens de Khiviens qui avaient été repoussés et n'avaient plus reparu, quand les froids extrêmes d*un hiver plus rigoureux qu'à l'ordinaire , les rafales de neige et les fatigues de la route causèrent une telle mortalité parmi les chameaux, que le général Perowsky se voyant encore à une distance considérable de Khiva à la fin de janvier et craignant que tous les moyens de transport ne vinssent à lui manquer, jugea d abord nécessaire de rétrograder sur l'Emba, près de ses magasins , et reçut plus tard de son gouverne-* ment l'ordre de se replier sur Orenbourg.
Le résultat de cette dernière tentative semble avoir décidé la Russie à renoncer pour un temps à dominer à Khiva par une autre influence que celle de la diplomatie. Aussi, quand le lieutenant Abbot, dont la yéri^ table mission était d'enlever au gouvernement ntsse tout prétexte pour une nouvelle expédition dans l'Asie centrale en rachetant les esclaves russes à Khiva » et de redresser à tout prix et à force d'argent tous les griefs très réels de la Russie contre le khan de ce pays, lorsque , disons-nous , le lieutenant Abbot eut réussi jusqu'à un certain point dans l'objet de son ambassade, la Russie se laissa facilement persuader d'ac* corder la paix au khan de Khiva , tout en profitant de la peur qu'elle lui avait faite. C'est qu'elle avait enfin compris que cette route traversait trop de sables naouvans de tout genre, qu'elle serait toujours trop hérissée de daugers pour pouvoir y jeter une chaussée
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pour son commerce. Ce fut désormais sur Bokhara et Caboul qu'elle tourna ses regards et que son choix s'arrêta irrévocablement pour i)énétrer par l'une dans l'Asie centrale , par l'autre dans l'EUndoustan. Ces deux routes offrent l'avantage de partir d'un point commun sur la mer Caspienne» à Asterabad, et de sui* vre le même tnicé jusqu'à Herat où elles se séparent. Déjà en i8ao des envoyés de Bokhara avaient exprimé le désir de voir une ambassade russe se rendre dans leur pays. Ce vœu fut accueilli par l'empereur Alexandre qui nomma pour son chargé d'affaires auprès du khan de Bokhara un conseiller d'état nommé M. de Negri. Parmi les personnes atta« chées à cette mission se trouvait le colonel de Meyen* dorff qui a publié une relation de son voyage, revue à Paris y en i8a6 y par M. Amédée Jaubert. M. de Meyendorff insiste à son tour « sur les avantages imce menses qui résulteraient de l'établissement de cette « influence légitime que la Bussie a le droit d'exercer « dans l'Asie centrale. » Voici quelques-unes de ces expressions. « C'est sur tout à la Bussie qu'il appartient, « c'estsa destinée, c'est sa mission,de donner aux kha- « nats de l'Asie centrale une impulsion salutaire et de « répandre sur ces contrées tous les bienfaits de la « civilisation européenne. La marche progressive des a lumières dans ce vaste empire l'appelle à réaliser « une idée aussi généreuse (i)< )> La Bussie a constamment entretenu depuis cette époque des relations actives avec Bokhara. C'est là qu'elle a engagé avec l'Angleterre sa première lutte commerciale et di-
(x) Voyage d'Orenbourg à Bokhara,