DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XV. 38o
a Depuis l'antiquité la plus reculée, disait Thisto* « rien du règne d'Akhbar, AboulFazel qui écrivait en « i6oa , Caboul et Candahar sont regardées comme a les portes de THindoustan. L'une y donne entrée par a le Touran, Tautre par F Iran , et si ces places sont « bien gardées le vaste empire de l'Inde estàl'abrides a invasions étrangères. » £n les confiant aux mains habiles , loyales et énergiques de Dost-M ahomed , en ne cherchant pas à y développer prématurément la civilisation qui amollit , qui fait des routes , qui comble les précipices y on écrivait sur ces barrières éternelles en regard de la Russie : Lasciate ogni speranza voicK entràie.
Mais Dost-Mahomed comme nous le disions toutà-l'heure n'aurait été qu'un ami fidèle et dévoué qui aurait prétendu rester maître chez lui. L'ambition de l'Angleterre n'était point satisfaite : plus elle avait plus elle convoitait encore. Elle prévoyait la mort prochaine de Runjit-Sing (qui mourut effectivement le 27 juin 1839, le jour même où l'armée anglaise se remettait en marche de Candahar contre Caboul). Elle savait que cet événement mettrait le Punjab à ses pieds et porterait ses domaines jusqu'aux rives de l'Indus. Dans le délire de conquêtes de l'administration whig elle ne sut pas s'arrêter là : il ne lui suffit pas d'avoir une barrière dans l' Affghanistan , elle voulut y trouver une nouvelle province, de nouveaux sujets à exploiter; elle n'en a tiré que désastre et déshonneur.
J'ai dit que le gouvernement de l'Inde avait commis un crime : en effet il savait que dans les person-
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nesdeShah-Soujahetde ses fils il importait dans ce malheureux pays tous les vices à-la-fois; qu'il plaçait sur un trône qui s'était purifié sous Dost-Mahomed toutes les iniquités de Sôdome et de Gomorrhe, un monstre que les peuples dans leur dégoût avaient chassé trois fois et que trente ans d'exil sur la terre étrangère n'avaient pas su corriger. Il était digne du gouvernement qui s'obstinait à empoisonner la Chine, d'importer l'infamie à Caboul. Le ciel s^est lassé de tant d'impiété et sa vengeance est à la fin descendue sur une ambition sans frein et sans pudeur. Tous les instrumens qui l'avaient servie furent brisés : Bums, MacNanghten, Lord, Gérard, Conolly, Stoddart, Loveday payèrent de leur sang le crime national ; les légions anglaises furent écrasées sous les débris de ce trône infâme : celles qui leur ont succédé sont aujourd'hui refoulées au-delà de l'Indus, leur prestige est détruit, leur gloire est éclipsée. Les portes de l'Hindoustan , selon l'expression d'Aboul-Fazel, sont aujourd'hui fermées, mais fermées comme une prison contre l'Angleterre et c'est la Russie qui en tient les clefs pour les ouvrir quand elle voudra.
Le moment est venu où, si la Russie comprend sa destinée, elle marchera d'un pas ferme et sans plus hésiter vers le but que le ciel lui a marqué. Il est du devoir de son gouvernement , parce qu'il est d'un tntérét essentiel pour ses peuples de prendre position dans l'Asie centrale pour la protection de leur commerce, pour favoriser et encourager son extension légitime jusque dans l'Inde. « C'est un droit qu'elle a peut exercer sans que l'Angleterre puisse s'en of-