CHAPITRE XVI
De là politique de PAnglelerre; ce'qo'eUeaétéi ce qu'elle démit être.
Et l'Angleterre ! qu'a-t-elle fait, que fait-elle encore tandis qu'un pareil orage se prépare ? Comment pourrait-elle même aujourd'hui conjurer le danger? Ces deux questions nous amènent naturellement à passer en revue la politique anglaise durant ces dernières années.
Quem Deus vult perdere prius demenlat.
Dans un de ces délires d'arrogance que le ciel envoie aux nations quand il veut les perdre, l'Angleterre, par l'organe de lord Palmerston , a signifié à la France, à propos du traité du 1 5 juillet, que les affaires d* Orient se termineraient eans elle et malgré elle. Eh! bien, lui disons- nous aujourd'hui, comment les avez-vous arrangées malgré la France, ces affaires d'Orient? Comment les avez-vous terminées sans elle?
La lettre du 3i octobre i84a , de l'empereur Nicolas au sultan, sur la révolution servienne, la réponse du malheureux sultan à l'empereur vous ontelles enfin ouvert les yeux? Vous avez sans doute
reconnu le style de part et d'autre : c'est le vôtre avec les princes subsidiaires de llnde, c'est celui de ces malheureux avec vous. C'est ainsi que vous parliez aux Amîrs du Scinde quelques mois avant de les dépouiller par la dernière iniquité, par le dernier crime qui a fermé les annales de vos conquêtes.
Par le traité du i5 juillet, par son insolente exécution en dépit de la France vous avez ébranlé , renversé la dernière colonne solide sur laquelle s'appuyait le vieil édifice de l'empire ottoman. Une petite révolution en Servie, une oscillation politique presque imperceptible se fait sentir, et soudain le voilà qui croule aux pieds du Czar. Comment maintenant, sans la France, sans son assistance que vous avez si cavalièrement dédaignée, empécherez-vous le colosse russe d'en recueillir les fragmens, de relever pour s'y asseoir les ruines que vous avez faites ?
Ah! ce n'est plus sans la France, je le sais, cest avec la France maintenant que vous voudriez agir, témoin le style de vos journaux, si différent aujourd'hui de ce qu'il était depuis deux ans. \je Sun^ dans son numéro du 2 mai i843, s'attendrit sur les banquets donnés à Rouen par les ouvriers des deux nations qui ont travaillé conjointement au chemin de fer, et appelle l'admiration de la France sur la générosité de ces capitalistes anglais qui, trouvant une excellente spéculation à faire sur une des principales lignes commerciales de l'Europe, y ont répandu leui*s capitaux; puis profitant de son émotion pour passer à des espérances pour la crise politique qui s'approche , il s'écrie dans une verve d'enthousiasme pour cette bra-
DEUXIÈME PAKTIE.— CHAPITRE XVI, ^j
voure et cette puissance militaire qu'il méprisait naguère : a Si l'Angleterre et la France sont unies qui pourra leur résister? Ijps intrigues de la Russie en Orient, ses projets ambitieux sur les fertiles régions du midi viendront également se briser contre leur alliance^ Talliance du génie et de la liberté se réunissant pour civiliser le monde. »
Merci de vos complimens ^ messieurs les Anglais , répondra- t-on aujourd'hui en France ; ils viennent trop tard : nous ne pouvons plus vous croire. Vous nous avez tout récemment indignement trompés, froissés y blessés non-seulement dans nos intérêts, nous vous l'eussions pardonné, mais dans notre honneur, c'est-à-dire dans notre cœur. Vous avez assez long-temps joué l'une contre l'autre la France et la Russie : il vous faut choisir aujourd'hui définitivement entre les deux. Comme la maîtresse du Misanthrope l'Angleterre est appelée à se prononcer entre ses amans , et si ï homme aux rubans tricolores ne lui convient pas aux conditions qu'il a le droit d'imposer, qu'elle se résigne à l'étreinte mortelle de celui que dans sa rude expression elle appelle elle*méme le Grand Ours du nord.
Ah! sans doute vous voudriez maintenant nous jeter entre la Russie et vous , détourner sur notre tête la foudre qui menace à-là-fois Constantinople et Calcutta : nous serions un admirable paratonnerre: Mais on ne se joue pas deux fois dans un quart de siècle de la simplicité delà France; la génération que vous avez insultée n'est pas encore passée. Pour accepter la dangereuse alliance où vous voudriez aujourd'hui
398 L'INDE ANGLAISE BN 184t.
nous enlacer; pour vous rendre un pareil service ( nécessairement à nos dépens ; car, quoi que vous puissiez nous offrir, la Russie peut enchérir sur vous : elle n*a qu à dire un mot et la ligne du Rhin et toute l'Afrique du nord, T Egypte comme l'Algérie I sont à nous sans opposition , sans obstacle), pour vous rendre , dis-je , un pareil service aux dépens de nos intérêts il nous faut quelque chose de plus que de belles paroles en l'honneur de notre civilisation et des complimens sur notre bravoure qui n'avait pas besoin de votre témoignage. Avant que nous tirions le premier coup de fusil dans votre cause attendez-vous qu'il nous faudra bien des concessions. Que pourriez-vous nous donner en échange de ce que nous abandonnerions pour vous? D'abord une réparation éclatante et solennelle de l'insulte du i5 juillet, un désaveu formel de l'outrage que lord Palmerston, cette incarnation de la vanité britannique , cet homme qui n'était que creux ei se croyait profond, a osé jeter à la face de la France :
a° L'abolition de la gendarmerie des mers, un nouveau traité pour la répression du commerce des es* claves qui ne soumette plus nos marins aux ébulli* tions du spleen britannique;
S"* La reconnaissance officielle de notre souveraineté en Algérie;
4"* Et enfin l' abandon de Malte et des il^ss Ioniennes, pour nous donner à nous l'empire de la Méditer** ranée.
A vous tout l'empire de Neptune ; à vous l'Océan sans limites, la Chine et les Indes ; à vous le commerce