DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XVI
universel dont vous êtes clignes par votre industrie, nous vous les abandonnerons sans trop de regret. Mais à nous le beau lac qui baigne nos rivages , qui nous sépare de notre colonie , où notre génie peu aventureux qui n'aime point les lointains voyages , mais passionné pour le soleil , la nature et les arts , pourra se livrer à ses rêves sur les eaux dorées du Bosphore , aux voluptés dans la baie embaumée de Naples, à l'étude et à la science sur les rives classiques d'Alexandrie.
Vous l'avez écrit dans votre code commercial : « Honeaty is the hest policy d ( la probité est la meilleure politique) ; vous l'avez vérifié dans vos transactions mercantiles à votre profit et à votre gloire. Inscrivez cette noble devise sur la page encore blanche de l'avenir; adoptez une politique franche et loyale pour la première fois dans votre histoire; acheteznoua notre alliance; mais en nous donnant des garanties; vous aurez la préférence. Il faut désormais enchaîner nos destinées communes; car vous devez vous défier de vous-mêmes : il ne faut plus vous laisser aucune retraite possible dont un ministre dans un moment de pétulance ou de folie puisse abuser pour nous abandonner encore et pour frapper encore une fois^ en la quittant, l'amie qui aurait jeté toute sa fortune dans votre balance.
Encore une fois il faut choisir entre la Russie et nous. Si nous consultions nos seuls intérêts , l'amitié de la Russie nous serait bien autrement profitable. Songez donc : toute la ligne du Rhin , nos frontière» naturelles, tant de riches provinces où Ton parle
4od L*INDE ANGLAISE EN 1843.
notre langue , où nous retrouverions des frères , et l'Egypte où nous retrouverions nos souvenirs de gloire au pied des pyramides et qui deviendrait entre nos mains l'entrepôt gigantesque du commerce des trois continens, contre quelques petites îles de la Méditerranée et un peu de vanité satisfaite. Le marché serait peu avantageux ; mais nous l'avouons, c'est un faible peut-être, nous vous préférerions encore malgré tant d'ofifenses, parce que nos coutumes, nos mœurs sont pareilles ; parce que nos institutions sont à-peu-près les mêmes; parce que nos idées, nos sympathies se rencontrent. Choisissez-nous donc, et la France sera encore k vous cordialement et sans arrière-pensée. Appuyés sur nous , vous pouvez défier toutes les tentatives de la Russie sur l'Inde. Avec notre alliance, l'Egypte et la mer Rouge deviennent, pour défendre votre conquête, une route militaire par laquelle vous pouvez toujours devancer, prévenir votre adversaire. D'ailleurs il aura garde de rien entreprendre tant. qu'il nous saura unis; il ne rêvera même pas de faire le premier pas dans la voie d'une agression. S'il tn^uve nos flottes réunies rangées en bataille au Bosphore, il ajournera ses plans de conquête, il ploiera ses voiles sur les rives du Volga, il s'arrêtera long-temps encore sur les sommets du Balkan.
C'est à vous & bien peser ce que vaut l'Asie, à prononcer si vous voulez la conserver ; car le moment est venu de compter avec nous qui ne voulons que la satisfaction qui nous est due , qu'une garantie contre