PREMIÈRE PARTIE. -^CHAPITRE YI. ffi
« les récens exploits des Français, ou bien de vieilles « ballades guerrières (i). » Sa magnificence , sa gé* nénisité , sa libéralité le faisaient adorer des populations; on parle encore aujourd'hui avec enthousiasme, dans les durbars (salons) d'Hyderabadi de la brillante cour de Bussy.
Patriote avant tout, Bussy employa habilement et toujours dans l'intérêt de la nation , T influence ac* quise par tous ces moyens. Il obtint pour la Compagnie française la cession de quatre provinces importantes : Mustapha- Naghar, Ellorei Rajahmundryet Chicacole. Ces possessions^ y compris Masulipatam etCondawair, rendaient les Français maîtres des côtes de Coroman* dd et d'Orissa , sur une étendue de six cents milles , jusqu'à la pagode de Juggurnant j et sur une laideur moyenne de soixante milles , formant un domaine compacte, hérissé de places de guerre , limité par la mer et des chaînes de montagnes impénétrables, dans la partie la plus industrielle et la plus commerçante de llnde, et dont le revenu territorial montait à 585,000 livres sterling, environ 1 4 millions de francs; c'est-à-dire qu'ils étaient souverains d'une portion de territoire plus considérable qu'aucune nation européenne eût encore jamais possédé dans l'Inde, et ne devait posséder avant un autre quart de siècle. D'ailleurs, par l'influence de Bussy ils régnaient sur le Dekhan tout entier sans exciter la jalousie du Nizam. Le général avait su se faire abandonner les rênes du gouvernement , faisait et défaisait des nababs, donnait ou retirait des provinces , même
(i)SeerMutakhaen.
aux frères du soubadar. Son pouvoir était aussi absolu que celui du Nizara et indépendant même de lui, car il était fondé sur cette triple base, la crainte, Famour des peuples et la nécessité de ses services. Si par hasard 9 ce qui n'était point extraordinaire à cette époque, le vassal et le suzerain s'étaient pris de querelle , la victoire ne pouvait manquer de demeurer fidèle au soubadar. Bussy était toute une armée et cette victoire lui donnait tout THindoustan. Mais c'était alors l'empire anglais d'aujourd'hui. Ce que Clive, Warren Hattings et Wellesley ont fait en cinquante ans, Dupleix Tavait deviné, le réalisait dans sa courte administration; Déjà il entrevoyait cette souveraineté universelle de l'Inde, dernière limite que son ambition s'était proposée dans ses rêves les plus orgueilleux? que dis-je, il la touchait. Notre empire s'élevait déjà sur une base colossale telle qu'il fallut plus tard à l'Angleterre quarante ans d'efforts et de victoires pour se placer à la même hauteur. Par quelle fatalité ce moment si gros d'espérance devait-il être celui de sa ruine? C'est que l'arbre de la puissance française^ empêché dans sa croissance, allait moiuir par la tête; c'est que la corruption et la lâcheté du gouvernement de la métropole , les vues étroites et la stupide cupidité de nos marchands, allaient intervenir pour arrêter le développement gigantesque devenu nécessaire , et pour nous étouffer dans des limites où il était impossible de vivre.
Depuis long-temps le gouvernement britannique faisait des ouvertures à la cour de France pour mettre fin à la guerre malheureuse où la compagnie anglaise