PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VI. io
édifice que nous avions si laborieusement élevé allait donc s'écrouler ou passer aux Anglais.
Le pauvre Snlabut habitué depuis long-temps à mettre sa force et sa confiance dans les Français , sentit lui-même qu'il était perdu dès qu il les vit s'éloigner. L'alliance anglaise aurait seule pu le sauver : il fit un dernier effort pour s'y rattacher, et signa dans cet espoir, le i4 mai 1759, un premier traité, par lequel il abandonnait à nos rivaux , en toute pro* priété, ces mêmes provinces des Circars qu'il avait autrefois concédées à Bussy, mais que le marquis de Conflans venait de perdre à la bataille de Peddipore. Il s'engagea même à renvoyer le petit corps d'aventuriers français qu'il avait encore à son service, à leur faire passer le Crishnah en moins de quinze jours et à ne plus leur permettre de conserver d'établissement dans son pays. Mais tous ces sacrifices de ses plus chères sympathies furent inutiles : les Anglais n'étaient pas alors en position de lui prêter aucun se* cours; d'ailleurs ils étaient eux-mêmes en négociation avec Nizam-Aly. Tout en acceptant les avantages qu'on leur faisait, ils s'abstinrent d'intervenir entre les deux frères. Dès-lors il ne resta plus à Salabufjung qu'à descendre du trône pour entrer dans la prison qui lui était ouverte par la clémence de Nizam-Aly. Il s'y résigna au bout de très peu de jours, mais sa mauvaise étoile le suivit jusque dans cet asile. Dans le traité de 1763 qui termina la guerre entre la France et l'Angleterre, Salabutjung, quoique détrôné depuis un assez long espace de temps, n'en était pas moins appelé par quelque inadvertance du titre de sou-
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badar du Dekhan. Cette méprise de quelque réc|ac« teur parisien lui fut fatale : le titre donné à son frère exaspéra Nizam-Aly qui le fit aussitôt mettre à mort. C'était, dans le court espace de treize ans, le troisièiqe prince régnant sans compter un prétendant à cette même couronne, qui périssait de mort violente.
Avec Salabutjung cessa l'influence de la France monarchique dans les destinées de Tempire d'Hyderabad. Dès ce moment commence la seconde période, époque de faiblesse et de guerres étrangères , où nous voyons encore reparaître des Français, mais comme des chevaliers errans, de simples aventuriers courant après la gloire et la fortune.
Le long règne de Nizam-Aly, quoique se terminant moins fatalement pour le prince, devait être encore plus désastreux pour le pays et la monarchie de Golcoude que l'époque orageuse qui l'avait précédé. Nizam-Aly ne manquait pourtant ni de talent ni d'esprit d'intrigue; mais il eut le malheur d^ ne pas apprécier sa position, de ne pas comprendre que le plus grand danger qu'il avait à craindre était l'envahissement de la civilisation européenne, essentiellement compacte et durable, tandis que les empires qui pouvaient s'élever dans l'Inde naissaient avec lo germe de leur destruction. Au lieu de s'unir franchement avec la puissance improvisée de Hyder-Aly cpntre letirs ennemis communs , il se laissa entraîner pî^^ sa haine et son mépris pour un génie extraordi- Qs^ire, dans lequel il ne voulut voir qu'un parvenu et un homme de rien. l\ essaya pendant long-temps dç jouer l'un cqntre l'autre Hyder-Aly, Içn Anglais
et les Ma^ratteSy et de ^ m^iqtpqir en équilibre entre les trois puissances en s'appuyant alteroatir vement sur deux (l'enti>e elles \ mais il lui m^pquait pour réussir les qualités qui distinguaient séparément ses rivaux, l'esprit; systématique des Mahrattes, Vénergie et l'économie pq^itique de Hyder, la persévérance et la mauvaise foi britannique* qui se jouait de tous les engagemens. Aussi pendant vingt-cinq ans, depuis 1769 jusqu'à 1704 1 soyons-nous tous les Iraités de paix se ï^\xe \\ ses dépeus, chacune des partie^ belligérantes se dédof^mageant deç pertes de fré^or^ ou de territoire qu'elle éprouvait ailleurs, çn se faisant adjuger UU^ partie de ses états. C'est ajnsi que les Mahrattes s'approprièrent ime grande partie du Bérar; queHyder-Aly lui arracha tout le Balaghaut, c'e^tf à-dire, les provinces de Bellary, Cuddapah, Ghouty et Cbitteldroug ; qu'uqe manœuvre de l^ diplomatie anglais à Delhy lui enleva le plus beau fleuron de sa courqnne, le Carnatique, qu elle trouva moyen de faire détacher du soubah d'Hyderabad; ime nouvel)^ patente du grand Alogol annulant celle de Dupleix, en faisait un fief distinct et intégral de la couroune impériale, sous l'autorité nominale du Nabab d'Arcot, créature et instrument des AngL^is; enfin la Cbm? pagnie anglaise se faisait concéder à elle-même, par les traités de 1766 et 1768, tout ce qui restait des Circarsdu nord après les concessions de i75g, c'està-dire Chicacqle , EUqre , RajahipuP^ry , l\lustaphf(- Nagî^r, Conds^pilly et son Jaghœr , et eufin Guntour, ppur lesquels pjle !^'e2;gage£)it à paypr un tribut anuuel, û^jé d'çibqrtj a 5io,qoo, puis à 70,000 lÏYr^S
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Sterling! mais dont le Nizani ne toucha jamais un centime.
La cause la plus fréquente des discussions des Anglais avec le Nizam et le sujet le plus constant de leurs griefs, était la présence dans ses états d'un petit corps de Français, débris de Tarmée de Bussy, ou plutôt aventuriers de toutes les nations , au nombre d'environ quatre cents hommes sous le commandement d'un M. de Lally, neveu de l'infortuné général de ce nom. Ils s'étaient d'abord organisés au service de Bussalutjung, frère du Nizam; mais dès que la compagnie l'avait appris sa jalousie s'en était vivement préoccupée, et à force de représentations et de menaces auprès de ce prince elle était parvenue à les faire renvoyer. Son but pourtant ne fut pas encore atteint , car le détachement passa dès-lors au propre service de Nizam-Aly ; aussitôt les Anglais de crier encore plus fort : c'était, disaient-ils, une violation des traités de 1766 et de 1768; car, pour enlever au Nizam tout prétexte de prendre à sa solde des troupes européennes étrangères, la Compagnie s'était engagée à fournir à ce prince, toutes les fois qu'il le requerrait pour régler les affaires de son gouvernement , une force auxiliaire qui devait se composer de deux bataillons de Cipayes et de six pièces d'artillerie servies par des Européens; mais le Nizam n'avait garde de réclamer le service de ce corps dont il prévoyait qu'il serait difficile de se défaire. Après des discussions qui durèrent plusieurs années sur la |>orlée de ces traités, lé Nizam se décida enfin à congédier le malheureux détachement. Toutefois les Anglais n'y