‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 32 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VI

princes ce que les généraux Allard et Ventura ftirent de nos jours chez Runjit-Sing.

Dans la guerre de la coalition contre Tippoo, de toute Tarmée du Nizam un seul petit corps s'était fait remarquer par son aplomb et sa bravoure: c'était deux bataillons d'infanterie régulière disciplinés à Teuropéenne, tous deux commandés par un officier français du nom de Raymond. Us ne comptaient alors que trois cents hommes chacun, mais s'accrurent rapidement après l'expédition de Seringapatam. Déjà trois ans après^ en 1 794, dans la gueri-e du Nizam contre lesMahrattes, nous trouvons vingt-trois bataillons et douze pièces de canon organisés sur le même modèle. Raymond, leur commandant, homme habile , rusé, joignant les talens les plus remarquables aux qualités sociales les plus attachantes, aux formes les plus suaves et les plus gracieuses, avait su se concilier à-la -fois la haute faveur du prince, la bienveillance des principaux officiers de la cour et en même temps le dévoûment absolu de son armée dont l'effectif pouvait monter à quatorze mille hommes. Pour assurer la solde et l'entretien de ces troupes, il s'était fait concéder l'administration d'un territoire dont la recette annuelle se montait à 18 lacs de roupies, environ 5,000,000 de francs.

Le moment vint où le gouvernement de la Compagnie ne put voir sans inquiétude la situation de cet étranger. Il employa vainement tous les moyens pour l'éloigner: d'abord plusieurs aventuriers anglais tentèrent de lesupplanter, mais toujours sans succès; il leur manquait cette bonhomie, ce charme des

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manières qui semblent antipathiques à leur nature. Ils avaient beau faire ils ne plaisaient pas. Les remontrances diplomatiques ne réussirent pas mieux; en raison de la puissance et de Tambition toujours croissantes des Anglais, le Nizam donnait au fond de son cœur une secrète préférence aux Français alors à son service. Ceux-ci lui devant tout, dépendant absolument de lui , semblaient devoir lui être entièrement dévoués et ils l'étaient en effet. Toutefois Raymond était Français avant tout; il s'était hâté de planter l'arbre de la liberté devant le palais même du prince, et ne faisait pas mystère de son désir de placer les états du Nizam sous la protection de sa patrie et de subordonner son pouvoir à l'influence politique de la république française. Et pourtant ces bataillons, avec les couleurs républicaines pour drapeau, le bonnet de la liberté sur les boutons de leurs uniformes , n'en demeurèrent pas moins la troupe d^élite et de confiance du Nizam. Raymond s'était avancé aussi loin que possible sur les pas de Bussy qu'il avait pris pour guide, et il est impossible de douter que la moindre force européenne qui lui eut alors servi de base, de point d'appui ou de ralliement aurait suffi à remettre en question la domination anglaise tout entière. Mais la France, engagée dans sa lutte gigantesque avec l'Europe^ en proie à toutes les convulsions de la révolution, ne pouvait s'occuper à cette époque de ces lointains intérêts. L'occasion s'échappa donc encore une fois pour elle, avec la vie de Raymond qui mourut vers la fin de 17971 ^ l'apogée de son influence et presque en odeur de sainteté dans

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