PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE YI. i iS
l'opinion des Hindous et des Musulmans. C'était le dernier nuage qui devait passer devant l'étoile de l'Angleterre: désormais elle allait régner dans le ciel de rinde, brillante et solitaire.
Parmi les compatriotes de Raymond qui servaient sous ses ordres, aucun malheureusement n'était de taille à le remplacer dans la confiance et les affections du Nizam et de ses peuples. Us trouvèrent dès-lors à sa cour un concurrent redoutable , le capitaine Kirkpatrick , diplomate consommé et appuyé de toute la confiance du nouveau gouverneur^énérai , lord Wellesley. Ce dernier , profondément pénétré du danger pour la domination anglaise de toute influence étrangère y enjoignit au résident de redoubler de zèle et d'efforts pour obtenir du Nizam le licenciement du corps français. Ce prince y opposa d'abord une extrême répugnance; mais inquiété par Tippoo d'un côté, de l'autre par les Mahrattes, quand il vit ses propres fils se soulever contre lui, il ne fut pas difficile de lui persuader que c'était diminuer son danger des deux tiers que de se jeter dans les bras des Anglais. Dans un moment de découragement , il se décida donc à signer le traité du I* septemble 1798, résolution fatale qui sauva peutêtre sa vie, mais perdit à jamais l'indépendance de son empire.
Par ce traité la Compagnie lui garantissait l'intégrité de son territoire et lui assurait sa protection con Ire ses ennemis extérieurs , les intrigues de sa propre famille ou ses sujets révoltés; mais le Nizam, en retour, acceptait ces trois conditions qui livraient sa
ti6 L'INDE ANGLAISE EN 1843.
couronne et sa dynastie à la merci de l'Angleterre :
1® Au lieu de deux bataillons anglais qu il était libre d'accepter ou de refuser d après les traités précédens , le Nizam dut s'engager à en entretenir constamment six 9 avec de l'artillerie et du matériel en proportion.
a"* Pour solder cette armée qui devait être stationnaire dans ses états sous le nom de force subsidiaire, il promettait de payer un subside annuel de 3/1 1,700 livres sterling.
3** Et, c'était la condition la plus humiliante, il s'engageait à licencier le corps français à son service et à en livrer les officiers aux Anglais.
Ce corps étant, comme nous l'avons vu, de 1 4^000 hommes^ on pouvait craindre quelque résistance. Toutes les précautions furent prises pour la rendre impossible; les six bataillons anglais se trouvèrent réunis à Hyderabad, vers le 10 octobre, sans que leur arrivée eût été connue ; mais quand vint le moment de consommer la trahison , le Nizam éprouva un remords et une terreur secrète, et s'enfuit avec son ministre. Suivi pourtant , obsédé et encouragé par le résident anglais, il finit par donner l'ordre fatal. IjCs officiers français reçoivent officiellement leur démission , et en même temps leurs cipayes sont sommés de les quitter, sous peine de rébellion; on répand parmi ces derniers l'argent à pleines mains ; malheureusement cet argument est toujours irrésistible avec des Asiatiques; sous promesse de la continuation de leur solde , ils mettent bas les armes ou se prêtent eux-mêmes à arrêter leurs officiers qui sont surpris