‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 39 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE. — GHAPHRE VU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — GHAPHRE VU

anglais, qui avait eu le temps de s'apercevoir du mauvais effet de ces luttes continuelles entre le Nizam et son ministre, était réellement porté cette fois à lui en donner un de son choix. Deux concurrens se présentaient,Mounere-oul-IVIouluketShums-oul-Oumrah.Oe ces deux individus, le Mizam détestait l'un, Mounereoul-Mouluk, et chérissait l'autre, Shums-oul-Oumrah ; mais quand ou lui offrit de choisir, il ne voulut pas se prononcer avant de savoir celui que préféraient les Anglais. Il écrivit donc au gouverneur-général pour le prier de le conseiller, et dès qu'il fut certain que celui-ci penchait pour Shums-oul-Oumrah, il se décida immédiatement pour l'autre. Lord Minto n'était pas homme à laisser passer cette incartade , et tout en confirmant la nomination de Mouneer-oul-Mouluk, il y ajouta pour condition qu'il aurait à se contenter du tilre et des honneurs du ministère pour figurer à la cour et dans les solennités publiques , mais que le pouvoir tout entier serait exercé par Chandoulâl, Hindou de basse naissance quoique brahmane, qui avait été premier secrétaire dans les bureaux de Mir-Alum, et s'était déjà fait remarquer par quelques lalens et par son dévoùment aux Anglais. Telle était la loi du protecteur : il fallut bien obéir, et le Nizam se trouva dès*lors chargé de deux premiers ministres , l'un de fait, l'autre de nom, dont l'entretien épuisait ses finances et dont les discordes paralysaient l'administration. Le malheureux prince se débattit quelque temps encore en vains efforts et en sourdes intrigues pour ressaisir le dernier vestige de royauté qui lui échappait, puis il finit par disparaître , ainsi que son

xaS L'INDE ANGLAISE EN 184S.

successeur, dans Tonibre fatale du ministre de Tétranger.

Je trouve entre autres notes que j'avais eu dans le temps la curiosité de recueillir sur l'histoire du gouvernement d'Hyderabady une lettre très intéressante de M. Henry Russel (aujourd'hui sir Henry Russe]}, qui s'était trouvé chargé de la résidence à cette cour, depuis 1811 jusqu'en i8ao, c'est-à-dire durant l'époque orageuse de la guerre contre les Mahrattes et les Pindaris. Cette lettre est adressée à la cour des directeurs à la date du 21 septembre i8a4f et a rapport aux difficultés de son ambassade. Elle m'a paru un chef-d'œuvre : j'en citerai quelques fragmens , qui donneront une idée de la démoralisation produite dans les états vassaux de l'Inde^ par ce qu'on appelle généralement le système subsidiaire.

Sir Henry Russel trace d'abord la situation telle qu'il l'a trouvée en arrivant aux affaires en 181 1 : « Nos intérêts politiques à Hyderabad, dit -il , demandaient à être gardés avec beaucoup de circonspection; des difficultés se présentaient de tous côtés. De la part du Nizam nous n'avions rien à espérer et tout à craindre. Il était d'un caractère indécis, sombre , jaloux et soupçonneux : effet de son tempérament autant que de sa position. Un intervalle lucide se présentait quelquefois dans cette raison affaiblie, mais n'hélait jamais de longue durée; puis il retombait dans la même torpeur muette et la même solitude sauvage. Il était gêné sous notre tutelle , et notoirement favorable à tout complot dirigé contre nous; sa famille supportait avec une égale impatience

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