PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE Vn. lag
et son autorité et notre influence. Deux de ses fils s'étaient révoltés tout récemment et avaient dû être emprisonnés à la suite d'un combat très vif au centre de la capitale^ qui avait coûté la vie à un officier de mon escorte; son ministère était déchiré par la jalousie et les dissensions politiques. Mouneer-oul-Mouluk était ministre de nom sans autorité , Chandoulâl, ministre de fait sans le titre et la considération : ils étaient nécessairement rivaux et non collègues ; ce que Tun conseillait l'autre s'y opposait invariablement, et l'influence du Nizam était toujours jetée dans le côté de la balance qui nous était défavorable. Mouneer-oul-Mouluk , avec un caractère naturellement porté à l'artifice, était engagé, dans le pays et à l'étranger, dans des intrigues continuelles contre Chandoulâl qui était le ministre de notre choix et qui se présentait presque seul pour défendre nos intérêts. l>es chefs et les familles nobles attribuaient à notre influence la perle de leur importance et de leur part dans les affaires, et nous haïssaient sous le double titre de spoliateurs et de chrétiens. La populace, comme celle de toutes les cités mahométanes, était turbulente, irritable, fanatique etpréte à se ruer dans tous les crimes et dans tous les excès. Nous avions donc à supporter un gouvernement qui , tout incapable qu'il était de se soutenir lui-même, ne voulait point s'appuyer sur nous, et du côté du peuple nous avions à redouter tout ce que peut inspirer la haine nationale ^t le fanatisme religieux. Il y avait à peine quelques mois que le peuple de la capitale engageait le Nizam à lever contre les infidèles l'étendard de la guerre
i3o L'INDE ANGLAISE EN 1848.
sainte, et que son propre beau-frère, Shums-oul- Oumrah, avait déclaré au palais que si chaque croyant nous jetait seulement une poignée de terre nous serions étouffés. La conséquence d'un pareil état de choses était une faiblesse qui empirait tous les jours, et des désordres toujours croissans dans le pays.i»
Si quelqu'un était capable de porter remède à tant de maux , c'était le diplomate consommé , le philanthrope libéral et éclairé que nous venons de citer. Il fit tout ce qu'il était possible de faire dans une situation essentiellement fausse : pensant qu'un pouvoir une fois établi et reconnu devait être libre pour être respecté, il eut la sagesse de s'abstenir de toute intervention dans son exercice. Il calma par des caresses, des manières douces et respecteuses, les susceptibilités jalouses du Tîizam , s'efforça de voiler et de faire oublier, autant que possible, l'ascendant de la Compagnie et son action secrète sur les affaires ; enfin il basa toute sa conduite sur cette idée fondamentale que la meilleure politique pour l'Angleterre était celle qui retarderait le plus possible la nécessité de prendre possession du pays. Il ne se flattait pourtant pas que ce dénoùment pût être évité à la longue, mais il le regrettait tout en le prévoyant. Voici comme il s'exprime à ce sujet dans un autre passage de la même lettre :
« Une alliance avec nous, sur le système subsidiaire, si elle contribue sans aucun doute à l'avancement de notre pouvoir, amène aussi inévitablement la destruction finale du gouvernement qui s'y soumet. Cela tient a la démoralisation produite par un