‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 4 sur 268 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Le cap de Bonne-E^pérance. —Variétés de la population. — émigration hollandaise. — - BoscHmen. — Description du pays.

Trois mois ^e sont écoulés depuis le départ de Londres. La vigie a crié terre ! Voici venir l'Afrique, le femeux cap des Tourmentes chanté par Camoèns. Noussomtees déjà dans lecourant qui, s' échappant du canal Afosambique , double le cap des Aiguilles et se précipite, en renoontant la côte occidentale, vers le rocber de Sainte-Hélène. Nous déliassons Greenpotnf : un vire de bord, et nous restons muets de stupeut; et d*admiration devant celte grande nature , ces masses Colossales qui semblent dire à la mer : Ici tu te briseras, ici tu viendras jeter l'écume impuissanlse de tes ondes. Voyez dormir sur le rivage cet énorme Lion ^yptien composé de deux mamelons qu'on a désigna sous le nom de Liants heai^ et de Lwna rump, à cause de la ressemblance "que présente la masse de grès avec cet animal au repos. Là-bas, ce vaste cône , dont la hauteur paraîtrait immense si elle n'était dominée par cette prodigieuse courtine du sommet de laquelle la brame du sud-est se précipite eu cascades, s'éclaircissant à mesure qu elle descend les côtes ver-

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ticales et fonnant la nappe de oette iabie de^ dieux. CTest le cap de Bonne-Espérance, c'est la baie de la Table t celte singulière station intennédiaine entre l'Europe et l'Asie , mais qui n'ofFre aucun caractère de l'une ou de l'autre. Elle est elle j elle a sa nature distincte, ses montagnes^ son climat, ses races d'hommes et d'animaux , différens du reste du monde.

La Yille du Cap a été trop souvent et tfop bien décrite par une infinité de voyageurs, pour que je veuille m'y étendre. D'ailleurs, quand on a parlé de quelques mes en lignes droites, qui se coupent à angles droits; de quelques édifices publics dans le style grec, que les Anglais ont eu l'idée originale d'élever au milieu d'ime architecture uniformément hollandaise; de quelques canaux fort inutiles et passablement infects qui trav«*sent une partie de la ville, d'un Champ-de- Mars à une de ses extrémités , et k l'autre , d'une admirable promenade planlée de chênes d'Europe; tout cela enfin, au pied d'un groupe eolossal de montagnes et se détachant sur le fond bleu de la mer, on a dit tout ce qu'il est possible d'en dire, le me contenterai donc de quelques remarques , en passant^ sur certaines raees d'hommes et d'animaux particulières à cette localité^ et sur certaines modifications toutes nouvelles dans l'état politique de la colonie.

La population du Cap est extrêmement mêlée: elle se ooraposaîtsn 1 83t de Holiandais en très grand Bombve, d'Anglais q^ nfe se retnU^dntqûe fort lentesmcnt^ par la t«H»n que le courant ^ l^émigratîoii s^t dlrigéde^uis kmgMteihp» veris l'Atifi«^rne;'dè'n'ègres hottmtpts^iié nègres caflPréS'et^ekaMllrfque^, de

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madécasses, de malais et de métis de toutes ces races.

A l'époque dont jeparle, les Anglais se contentaient de gouverner et de faire le commerce; les Hollandais étaient les possesseurs et les cultivateurs du sol. Mais depuis, la grande majorité de cette seconde partie de la population a préféré à l'administration anglaise un exil volontaire. Abandonnant les champs de leurs aïeux, sans leur chercher de nouveaux acquéreurs , sans en demander le prix , ils on t émigré en masse, et ont fondé, tant à Port-Natal sur la côte orientale de l'Afrique, que sur la rivière Orange au nord de Graham^s towHj une fédération républicaine dont l'Angleterre refuse de reconnaître l'indépendance, et que la Hollande, malgi^é ses sympathies, n'est pas en position de protéger. Il serait trop long d'entrer dans l'histoire de leurs griefs; mais on peut supposer qu'ils durent être bien irritans pour décider ces pauvres gens à de pareils sacrifices. Cet état de choses a arrêté l'essor de la colonie et détruit son avenir, du moins pour tout le temps qu'elle restera sousla domination de l' Anglesterre. Il a été facileau gouvernement, dans ces derniers temps (c'est-à-dire, au commencement de i84a) , de s'emparer de la ville même de Port-Natal. Mais, toute tentative de soumettre les émigrans aux lois anglaises, de faire plus que maintenir une simple garnison dans leur capitale, amènerait aussitôt une guerre d'extermination, dans laquelle les Anglais, même avec la supériorité du nombre et de l'organisation, n'auraient aucune chance de succès. Comme les Arabes du nord de^Âfriq^e#lesBoers hollandais échappeniaux ma-

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nœiivres d* une armée régulière. Montés sur des chevaux în&tigables , armés de longues carabines dont ils se servent avec une adresse consommée , il leur est toujours facile de se tenir hors de la portée du mousquet de r infanterie 9 tout en portant la destruction dans les rangs britanniques. Dispersés en tirailleurs^ ne présentant jamais de masses à l'artillerie, die ne peut rien contre eux; et si, comme on parait vou-> loir l'essayer aujourd'hui , on faisait venir de la mé«^ tropole une cavalerie suffisante pour rendre toute ré-> sistance impossible , il reste toujours derrière eux les solitudes de l'Afrique, pour se retirer au-delà de toutes poursuites. Conduisant de nombreux troupeaux^ dans des prairies fertiles qui s'étendent à l'infini , il serait inutile de cherchera les affamer, et il serait plus inutile encore de vouloir intercepter les munitions de guerre qui leur sont nécessaires pour leur défense contre les tribus sauvages. Sur une frontière; découverte de plus de aoo milles , on n'a pas pu empêcher le commerce anglais de vendre des fusils , de la pou« dre, et jusqu'à des canons aux Caffres, alors même que le gouvernement leur faisait une guerre d'exter^ mination ; à plus forte raison , n'empécherait-on pas les Hollandais qui se trouvent encore dans la colonie , de fournir des secours à leurs frères. Une émigration composée de cette manière, et ainsi favorisée par les circonstances et la nature du pays, est insaisissable. On peut la ramener par les promesses et la douceur, mais si on essaie de la contraindre par la force, on ne fera que ruiner la colonie, pour ne recueillir que déshonneur. Quelques missionnaires anglais , sous le nom

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de eomîté prolestant pour la protection des indigènes, oubliant leur ministère de paix, avaient, il est vrai, proposé im hioyeh assez efficace de détruire ou de soumettre cette émigration : c'était d'inviter tous les CafFres et toutes les tribus de païens à tomber dessus, et à les assassiner en détail. Heureusement que sir George Napier , le gouverneur actuel de la colonie , ne goûta point ce conseil assez peu évangélique, et d'ailleurs fort imprudent pour les Anglais euxmêmes; car les armes qu'ils auraient mises aux mains de ces bat*bares, aussitôt après la destruction des Hollandais, auraient été certainement tournées contre eux.

Les Hottentots indigènes de cette extrémité de l'Afrique,*formant la troisième branche de la population, sont Une variété de la race nègre. Leur couleur est un jaune olivâtre livide ; leurs cheveux sont noirs et laineux , leurs lèvres épaisses. Ce qui frappe le plus dans cette race, c'est la singulière conformation de la femme : tandis que chez l'homme le type humain ne diffère pas du nôtre , chez la femme au contraire , vers l'âge de la puberté , certaines formes deviennent monstrueuses, tandis que les bras et les jambes restent grêles et maigres, comme pour en faire ressortir la hideuse difformité. Je n'essaierai point de donner une description plus explicite de la Vénus hottentote; elle est d'ailleurs fort bien connue : on sait que c'est tout ce qu'il y a de plus disgracieux et de plus humiliant pour notre espèce. Celte race est peu intelligente; elle est principalement employée aux travaux de la campagne et à la conduite des bestiaux ; son costume est

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assez pittoresque et û quelque chose de trandié qui sied bien à son étrange physionomie. Les Hottentols^ hommes et femmes, porlent le même chapeau, espèce de pavillon chinois : c est un cône bas , à sommet pointu» à base très large et à bords renversés.

Eiifin, il existe encore dans celte partie de T Afrique, non dans les villes ni dans les villages, mais «*i*ant6 par couples dans les solitudes ou cachéedans les creiuc des rochers, une race d'hommes qui devient de jour en jour plus rare. C'est la dernière dans Téchelle des variétésde la famille humaine, le dcrniei* anneau entre l'homme et l'animal. Oette race se rapproche du type hottentot par sa couleur et par la conformation, chez la femme, d'une certaine partie du corps, où, de même que chez les brebis d'Afrique , toute la graisse paraît s'être concentrée; mais elle est extrêmement chétive: quatre pieds au plus chez le mâle. Elle Réparait point susceptible d'éducation, a les goûts, les instincts, et mène la vie d'un oiseau de proie du second ordt^, vivant principalement de (^arogne, de larves, de sau« terelles, de crapauds; sa seule industrie consiste k fabriquer des Arcs et des flèches qu'elle sait empoi** sonner. Cette raceest connue sous le nom deBuschniaii ou Boschman , homme des buissons. « Tantôt itten* a dians, tantôt voleurs et brigands, toujours lâches et ic cruels , même saiis en tirer profit ; semblables à la c hyène, la vue Au sang et l'odeur des cadavtes lem* ff procurent des émotions agréables s» (Malte^^un).

Enfin, une dernière curiosité du Gap est la race de moutons , vsirîêté de l'espèce de Barbarie, à fnosse qttette. CeM^qneue , fottnée d'un tissn œiiulaire rem*

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pli de graisse y devient d'une grosseur énorme. Elle a la forme d*un coin, dont le tranchant pénètre entre les jambes de Fanimal y le gênant considérablement , le fatiguant aussi par sa pesanteur, et le rendant incapable de courir.

Je profitai d'un vent du nord qui dura quelques heures et souleva momentanément la nappe du sommet de la table, pour faire , avec quelques camarades du vaisseau, l'ascension de cette célèbre montagne. Cet exploit nous prit quatre heures à accomplir; mais nous n'eûmes que quelques instans pour jouir du sublime panorama que Ton découvre de cette élévation, car le retour du vent du sud-est pouvait être fatal : c'est ce vent qui ramène en quelques instans le tourbillon de brumes qu'on appelle la nappe. Dès ce moment on ne peut plus distinguer aucun objet, et il devient impossible de retrouver l'entrée de l'étroit ravin par lequel on arrive et le seul par lequel on puisse redescendre. La position devient alors extrêmement critique, et grand nombre de voyageurs y ont perdu la vie; car, à l'exception du ravin , le sommet de la table est entouré de toutes parts d'un escarpement vertical de quelques centaines de pieds de hauteur.

Je visitai aussi les deux fameux vignobles qui produisent le vin de Constance. Nous y fûmes reçus avec toute l'hospitalité hollandaise, par les propriétaires, MM. Clouty et Culine; il s'en est formé depuis uu troisième, appartenant à MM. YanRennen. J^es plants qui produisent ce vin sont originaires de Guyenne et de Bourgogne. ]ûie secret de la liqueur consiste dans

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la façon : on laisse le raisin sécher sur le cep jusqu'à ce qu'il ne contienne plus qu'un tiers du suc , et c'est alors seulement qu'il est soumis à l'action du pressoir. L'humidité de nos climats ne permettrait point ce procédé.

Cest une excursion singulièrement intéressante que celle de Cap-Town à la grande Constance, en revenant par Newlands. La route suit le prolongement de la chaîne de la table. Les reflets cuivrés des montagnes, leurs formes bizarres, sauvages, presque menaçantes, sans un filet d'eau pour réfléchir l'azur du ciel et adoucir le paysage; cette solitude et même ces villas si élégantes, si délicieusement cachées dans les arbres verts, mais où rien ne remue, où Ton n'aperçoit pas ime créature, où l'on n'entend aucun bruit sous le lourd soleil : tout cela fait l'effet d'un rêve , mais non pas d'un rêve qui séduise. Du moins ce n'est pas en Afrique que je choisirais ma patrie, je voudrais à peine y dresser pour quelques jours la tente du voyageur; les rochers et les sables y dominent partout, de l'eau nulle part , à moins qu^on ne se rapproche des bords mêmes de la mer, qui sont ici sans attraits. Les flots rejettent tous leurs cadavi-es, la grève est souillée et infecte, et exhale des miasmes pestilentiels; les champs sont séparés par des déserts; « le gazon a épars et menu n'offre nulle part un lit touffu de « verdure; les forêts n'ont ni fraîcheur délicieuse « ni obscurité solennelle; la nature est toujours im- « posante, souvent âpre et terrible, mais elle ne sourit « jamais ; elle a plus de caprices que de charmes » (Malte-Brun).

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