PREMIÈRE PARTIE. — GHAPnnaE VII
état de dépendance dans le caractère du prince et de ses ministres. Les qualités qui conviennent au ministre d*un peuple libre sont d'une nature trop noble, trop hardie^ trop patriotique pour trouver place dans le ministre d'un peuple vassal et esclave. Le prince, quel que soit son caractère, qui n'a rien à craindre de ses sujets ou de l'étranger ne se respectera pas longtemps lui-même ; et le meilleur homme du monde deviendra un détestable ministre s'il conserve son pouvoir après que sa responsabilité aura cessé. La même cause qui a tué le Peschwah emportera le Nizam : le premier est mort en convuluons, l'autre s'éteindra doucement. La crise peut être retardée, mais elle est inévitable. Quand le mal aura atteint un certain degré il n'y aura plus qu'un seul remède possiUe : ce sera de faire table rase, d'abattre Tédiâcequi s'écroule et de prendre possession du pays pour nous«mémes«
a Du moment que nous établissons un gouvernement subsidiaire, nous nous trouvons sur une pente fatale où nous ne pouvons plus nous arrêter: un pas oblige à un autre ; le premier entraîne nécessairement au dernier^ et tous invariablement tendent au même but, ruine et destruction pour Tétat protégé. Et pour^ tant im pareil résultat est déplorable autant pour nous que pour leT^izam. Notre pouvoir tend naturellement à s'étendre, notre intérêt est d'en retarder la marche. Nous n'avons rien à craindre du dehors; c'est dans chaque accroissement de territoire que nous trouvons, que nous nous créons des dangers. Chaque gouvernement indigène supplanté par nous est un débouché de moins pour les têtes ardentes qui abon-
i3a L'INDE ANGLAISE EN 1848.
dent parmi les classes militaires de Flnde, et qui ne peuvent supporter la contrainte d'un gouvernement régulier. Du moment qu'un état passe sous notre autorité directe, nos employés européens inondent toutes les carrières; les classes supérieures ou les classes moyennes indigènes ne trouvent plus une seule place pour se caser et périssent bientôt de misère : ainsi la somme des haines nationales va toujours croissant. L'empire que nous avons conquis dans ce pays suivra la loi commune de toutes le^ usurpations: il ne peut rester stationnaire; du jour que nous cesserons d'avancer, nous reculerons. Chaque pas vers le sommet nous rapproche de la pente opposée. La plus sage politique pour nous est donc d'étayer le plus long-temps possible les gouverne mens indigènes; tant qu'ils seront debout nous subsisterons à côté. (Corrigeons les abus, arrêtons les désordres, mais ne touchons pas à l'édifice séculaire des institutions. Le défaut de notre système dans l'Inde a toujoui's été de vouloir substituer notre centralisation aux administrations multiples du pays, f^s mahométans, avec tout leur attachement fanatique pour leur code et pour leurs coutumes , se sont comme par instinct gardés de cette erreur. Il n'est point vrai , comme on se plaît h le dire, que notre gouvernement ait même le mérite de la popularité parmi nos sujets indiens : ils ont les mêmes prédilections que tout le reste du monde; ils aiment à être gouvernés par des gens parlant la même langue, professant la même religion, observant les mêmes coutumes qu'eux, et préfèrent naturellement le système le plus rude et le plus