‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 53 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X

une cinquantaine de marches au péristyle d'un portique d'ordre corynthien; de gigantesques colon* nés que leur hauteur fait paraître grêles et délicates donnent une singulière sublimité à cette Êiçade qui semble se draper dans son architecture grecque avec un royal dédain pour les constructions orientales dont les dômes et les minarets brillent du côté de la cité. A droite et à gauche du portique de vastes ailes, des galeries dont les colonnades s'élèvent gracieusement d'étage en étage se déploient sur un espace immense : c'est un monument qui ferait honneur à Paris ou à Versailles : mais, malgré les sommes énormes qu'il a coûtées et sa date encore récente (il n'y a pas vingt-cinq ans qu'il est terminé) , il menace déjà ruine, tant les matériaux qu'on emploie dans ce pays sont mauvais. L'intérieur répond à I extérieur : il est meublé avec une richesse excessive , comme les palais de l'Europe ne le sont plus. Les conquérans qui ont usurpé la place d'Acbar et d'Au* nmgzeb ont senti la nécessité d'éblouir l'imagination orientale par un luxe qui rappelât, s'il ne pouvait l'égaler , celui de ces trônes fameux.

Le Résident , c'était alors le colonel Josiah Stewart (un petit homme , d'une figure douce et expressive , qui avait perdu un bras dans un combat contre des pirates dans la mer Rouge) nous reçut dans la salle à manger où le déjeuner était déjà servi : ce repas est toujours public; tout officier venant des corps d' arguée de Secunderabad ou de fiolarum pour offrir ses hommages au représentant britannique y est invité de droit. La réunion se composait des attachés de la

X7a L'INDE AIHGLAISE EN 184S.

qui semble fort gênante, tandis que le valet appuie contre lui une forte échelle par laquelle on monte dans le petit coupé. On ferme ensuite soigneusement la portière; on pend l'échelle à une courroie au côté gauche de l^animal , et quand on est installé y le cornac dit à 1 éléphant de se relever doucemeni , iouê doucement (outh ! hasté jee, hasté! ). Mais quand il se relève, « on se croirait dans une barque qui chaa vire; ce n'est que par un effort violent qu'il paroc vient à regagner ses jambes, surtout pour le train ce de devant : pourtant cette mise à flots n'a rien de « dangereux. L'éléphant, ainsi monté, n'a que deux « allures : l'une, un tangage assez doux, court et oc brisé, pour faire une lieue de poste à l'heure; « l'autre est la combinaison de tous les mouvemens a désagréables: on tangue, on roule, on cahote, (c pour faire tout au plus deux lieues ( i )• »

Bien que la voix humaine suffise ordinairement pour conduire l'éléphant, les punitions qui lui sont réservées s'il n'obéit pas assez promptement sont très sévères : on entretient dans la partie supérieure du cou de l'animal une plaie toujours vive que l'on embaume en quelque sorte avec des huiles balsamiques : c'est le point sur lequel on fera agir en cas de besoin l'instrument de torture. I>e cornac ou mahout, perché comme nous l'avons vu sur le cou de l'animal, tient en main une espèce de petite hallebarde en cuivre ou en argent; si l'éléphant se fait répéter un ordre plus de deux fois, il enfonce le dard dans la plaie ; le colosse jette un cri de douleur, et

(x) Jacqaemont.

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