‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 58 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE X

dans la vaisselle qui couvrait les entremets. Durant le dinefi un chœur de musiciens chanta nos louanges dans les termes les plus extravagans et avec des sons qui auraient déchiré nos oreilles si, par bonheur, nous n'eussions été en même temps assourdis par le tapage des tambours et autres instrumens barbares dont on jouait dans le jardin.

Le rajah Chandoulâl et quelques autres seigneurs indigènes étaient assis à la même table que nous; mais la plupart étant hindous ne touchaient point au repas et se contentaient , dans les intervalles de la musique , d'entretenir la conversation avec ceux des convives qui savaient l'hindoustani, tout en fumant en même temps leur houkah. Une seule partie '^!u festin était irréprochable : c'était les vins et liqueurs consistant principalement en bordeaux, charn* pagne, xérès et madère, avec de l'eau gazeuse et de Feau glacée. J'étais humilié , comme Européen , de l'indélicatesse et de la gloutonnerie déployées autour de moi par des officiers anglais de tout âge et de tout rang : on se jetait sur les vins français mais surtout sur le Champagne avec une avidité et une intempérance qui devaient paraître doublement méprisables à ces indigènes si graves , si sobres , si remplis de la dignité de l'homme. En vérité, les barbares étaient encore cette fois la race conquérante , les hommes du nord. Le Résident jugea bientôt convenable de mettre fin à cette orgie avant qu elle métamor* phosât en brutes une partie de son cortège. Il se leva de table et nous le suivîmes dans un nouveau salon ^u rez-de-chaussée I donnant sur la cour intérieure :

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c*e.st ce salon qui reçoit spécialement le nom de Rangmahl (proprement la galerie peinte). I^es murailles sont couvertes de peintures dessinées dans le goût des figures d'un jeu de cartes, mais brillantes de couleurs comme elles; leurs sujets sont exclusivement ceux de la mythologie du pays ou des portraits de bayadères célèbres. Dans un cabinet adjoignant, on avait eu l'idée originale de tapisser les murailles d'échantillons de porcelaines de toute espèce, c'est-àdire d'assiettes entières , de tasses ^ de soucoupes , de peintures de Sèvres , de Berlin , de Birmingham qu'on avait incrustées et cimentées dans le sluc de manière à remplir tous les panneaux : l'effet en est bizarre et plus agréable qu'on ne pourrait le supposer. Une multitude de lampes allumées dans des verres de couleur et dispersées avec plus de profiision que de goût se groupaient autour des nombreuses colonnes qui supportaient les galeries et pendaient de tous les balcons sur la cour: au-dessus de cette cour on avait tendu une toile immense, de manière à la convertir en une salle fort élégante ; et pour éclairer le mieux possible l'architecture tourmentée de l'Inde, on avait éle^é au milieu de cet espace une sorte d*if énorme chargé de lumières et ressemblant à un obélisque de feu. Des groupes nombreux d'Indiens avaient envahi toute la cour avec une confiance qui prouve toute la bonhomie du pouvoir chez les asiatiques, bonhomie qui n'exclut ni la tyrannie ni la cruauté, mais qui existe réellement dans le commerce jouroalier ; ils ne laissaient de libre que la salle brillamment illuminée où nous étions assis et où l'on devait exé-

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