PREMIÈRE PARTIE. -^ CHAPITRE XI. aog
sioiiy par cette morgue et cette affectation de réserve dont il ne veut pas être le premier à se départir.
Quant aux femmes avec lesquelles il faut diner ou causer, rien de plus niais ou de plus médisant que la conversation à laquelle on se trouve condamné. Ce n'est pas qu'elles manquent d'esprit ou de capacité, elles sont même généralement plus instruites que les nôtres; mais c'est encore cette détestable mode qui vous force à les voir au travers d'un prisme odieux.
<c Une dame anglaise s'exposerait en s'avouant ca- ^ pable de causer de choses sérieuses avec un homme « de mérite, à passer pour savante, biue ^iocking^ la « plus grosse de toutes les injures. » Elle devra paraître offensée si vous lui parlez politique ou littéra* ture un peu sérieuse, mais elle se livrera à toute son éloquence et ne tarira pas s'il s'agit de détails de nourriture , de sevrage ou de médicamentation des enfans, ou mieux encore de déchirer la réputation de ses voisines. La position des jeunes filles est plus déplorable encore. Elles ont à choisir entre deux rôles. C'est ou l'affectation d'une innocence impossible, surtout avec les Bibles non châtiées qu'on leur met dès l'enfance entre les mains , ou le laisser-aller le plus agaçant , le plus déréglé (romping). f^s unes paraîtront étonnées de tout , auront pour toute réponse un étemel oh l dear me (oh ! en vérité !); les autres se jetteront à la tête de tous les hommes , prodiguant les éclats de voix et le gros rire de mauvais ton. Deux extrémesqu'on se hâte avec raison de fuir au plus vite : la pruderie des unes est insipide et le dévergondage des autres fait craindre de se laisser enchaîner mal*
>ti» vmm ANeLAJSs m i84S.
gré soi et avant d'avoir eu le temps de la réflexion.
C'est une histoire tragi-comique k suivre dans son développement que cette carrière de la jeune Anglaise dans l'Inde. Elle végète en Angleterre, sans dot, sans alliances et sans beauté, par conséquent sans espoir d'un établissement; heureusement on lui découvre à Madras ou à Calcutta une tante, une cousine ou une amie de sa famille qui veut bien s'en charger temporairement, et on l'embarque au sortir de pension, pleine de santé, d'espérance et de gai té, | pour un voyage de découverte, en quête d'un mari. Certes il ne sera pas difficile à trouver, elle n'aura que l'embarras du choix, du vieux au jeune, du militaire au civil, du noble au roturier, depuis le vieux général avec ses attaques bilieuses périodiques et sa , face de parchemin qui n'a pas transpiré une fois de- I puis dix ans , parce que le soleil a déj^ tout pompé, jusqu'au jeune enseigne à figure rose et blanche qui la dévore des yeuic, tandis qu'il essuie les grosses gouttes qui roulent sur son front. Elle est à peine débarquée , que dès la première quinzaine elle est I accablée de demandes et d'offres de mariage.
La pauvre jeune fille est tellement étourdie de toutes les flatteries qui bourdonnent à ses oreilles, qu'à la fin sa pauvre petite tête, qui n'était pas naturellement des plus fortes, est complètement tournée. Elle commence à croire qu'elle possède réellement toutes les perfections qu'on lui attribue, et on lui répète si souvent qu'elle est un ange, qu'elle ne sait plus où arrêter ses prétentions en fait d'établissement. Sa tante lui' prêche soir et matin qu'elle ne doit s'abais-
PRElOfeRC PARTIS. -^ CHiPITaK XI. « 1 1
ser à danser aveo aucun cavalier aiipdeflsous du rang d'un eimUan de premier calibre ou d'un oiEcier 6u«périeur à gros appointemensi qui puisse lui apporter en mariage ces trois choses considérées dans l'Inde comme de première nécessité pour ]e bonheur de la y\t conjugale : la théière en argent massif, le palan^r qiiin avec son jeu de porteurs pour les courses du jour y et le cabriolet pour sa promenade du soir. On hii fait ainsi refiiser pendant quelques mois, par une ambition outrée, des partis réellement très avantageux et qu'elle n'aurait pas même pu rérer en Angleterre, tandis qu'elle danse jusqu'à perdre haleine et jusqu'à ce que tous ses cheveux soient dé«* bouclés, pour attirer dans ses filets quelque vieux nabab à jambes de fuseaux, qui n'a plus une étincelle de chalenr dans toute sa momie , et dont l'esprit de** puis vingt ans ne s'est concentré que sur des roupies. La guerre d'escarmouches qu'elle fait à ce cœur desséché, quelquefois à deux ou trois à-la-'fpis, peut durer un an ou dix-huit mois. Âloro il arrive de deui^ choses l'une: ou eUeréussità le captiver et l'épouse..,!. pour s'en repentir aussitôt et finir par se sauver avec nn amant et plaider en divorce ; ou bien die s'a<perçoit que ce vieux stockfish se contente de jouer avec Tamorce sans vouloir mordre à rhameçon. Mats cependant la charmante Matilda devient chaque jour plus jaune, plus bilieuse^ plus intéressante; elle éprouve de temps en temps de peti^ élancemens dans le côté qui indiquent que le foie est attaqué, et sei amis qui commencent à s'inquiéter pour sa santé recommandent un changement d'air immédiat
aia L'INDE ANGLAISE EN 1843.
Finlérieur du pays, à flyderabad par exemple, déplacement dont le motif réel est d'essayer un nouveau marché où elle puisse encore trouver des acquéreurs. Les Anglais ont un proverbe trivial^ mais énei^que et vrai, pour exprimer que dans l'Inde les demoiselles à marier ne se conservent pas, et qu à moins d'être enlevées de suite, c'est un objet qui n'est bientôt plus de défaite. Et puis c'est que les bons partis sont très rares hors de la capitale ; tous les officiers supérieurs que l'on rencontre dans l'intérieur sont généralement mariés: la jeune miss devra doue se rabattre sur quelque capitaine : mais même les capitaines ne sont plus toujours prenables; on commence à s'apercevoir qu'elle n'a plus de fraîcheur, et elle finira probablement, dans un moment de désespoir, par accepter quelque pauvre subalterne, malheureux dans son avancement, lieutenant depuis peutêtre vingt ans, criblé de dettes et perdu de santé qui, n'ayant plus l'espoir de revoir son pays, veut du moins se donner quelques momens de bonheur et croit y parvenir en prenant une femme; mais il ne s'est donné qu'un fardeau de plus et ils ont fait tous deux une mauvaise spéculation. Ce n'est point, comme chez nous, une active et prudente ménagère qui l'aidera à liquider ses dettes, et élèvera patiemment avec lui l'édifice de leur petite fortune. C'est encore la mode ( the fashion), ce mauvais génie qui intervient toujours pour gâter leur intérieur. Il n'est point décent ni convenable, dira-t-on^ qu'une jeune dame eu* ropéenne entre personnellement dans les détails du ménage ou qu'elle tienne elle-même les comptes de
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sa maison : son rôle doit se borner à emmaillotter ses enfans et à recevoir des visiteurs y de sorte que son mari se verra obligé de prendre un domestique de plus, maître d'hôtel indigène, qui le volera comme dans un bois. Sa femme obéissant à l'exemple de ses amies ou à ses propres instincts de coquetterie , le lancera plus éperdument que jamais dans la voie des dettes; et quand enfin sonnera l'heure de son tardif avancement, il n'en pourra plus profiter, ses créanciers seuls y gagneront et il restera écrasé sous le même fardeau de misère.
Et pourtant si tous deux étaient sages, s'ils consen taient à s'affranchir de l'odieuse tyrannie de la mode, cette vie de l'Inde, militaire et nomade, pourrait être bien agréable et bien poétique, si ce n'était la froideur et le prosaïsme anglais qui la réduisent à n'être que bizarre et originale. Les Anglais vantent sans cesse leur confortable; mais ce confort dont nous jouissons comme d'un luxe est devenu pour eux de première néces« site; ils se sont faits les esclaves de leurs habitudes. Aucune concession n'est faite aux circonstances ou aux lieux: « même en voyage, les femmes n'en rabattent point d'un ruban sur leur toilette. Change** ment de climat, changement de foitune, rien ne dé* termine un Anglais à retrancher sur son premier genre de vie. Il vivra comme il vivait auparavant; miné, il s'endettera plutôt que de se résigner à être pauvre et à vivre pauvrement (i j. »
Pour en revenir à la saison d'hiver dans le pays d'Hyderabad, si vous avez iuis:»i peu de goût que moi
(i) Jacquemont.
pour de8 bals et des réunions où chacun semble se tenir sur la défensive, si vous êtes artiste, antiquaire ou chasseur, partons ensemble pour une excursion dans le nord du Dekhan ; dans cette pai*tie surtout du royaume d'Hyderabad, véritable oasis dans le désert, qui s'étend de Jaulnah le long des frontières du Kaudeish jusqu'à Aurungabad et £llora. Pour celui qui n*a pas visité ces régions magiques toute description serait froide et n'en pourrait donner aucune idée. Je suppose toutefois qu'on n'entreprendra le voyage que durant les mois délicieux de novembre , décembre et janvier : c'est alors qu'on traverse dans son immense étendue Une campagtie couverte des plus riches mois* »otis, où l'orge, le mais, le tabac, les gerbes gracieuses de la canne à sucre rivalisent d'abondance. Quelquefois un champ de blé annonce une température plus douce ; la vigne étend aussi ses festons sur ce sol favo* risé et fournit un fruit charnu et savoureux qui ressemble au raisin de Malaga^ mais en trop petite quantité pour qu'on songe à en fabriquer du vin. Il est remplacé par un autre consolateur moins inno* cent des chagrins de l'humanité, qui annonce sa présence en éblouissant vos yeux : c'est le pavot dont la robe blanche ou pourprée s'étend sur de riches coteaux; de longues herbes couvrent les prairies et ondulent au souffle du vent comme les vagues de la mer. Enfin la main du créateur sème sur cet espace des massifs de bambous ^ de dattiers et de figuiers sauvages qui encadrent à chaque pas quelque tableau admirable.
Nous ne parlerons pas de la première partie de la
PR£BIIÈR£ PAETIE, — CHAPIX&E XJ. s i5
route, qui n'offre qu'une désolante monotonie; nous la parcourrons au galop de nos chevaux. A cinq journées de marche, environ vingt*-cinq lieues d'Hyderabad, on rencontre la ville de Bider, qui devint, après l'envahissement de l'Inde par les Musulmans, le siège d'une dy nastieaffghane de souverains du Dekhan, connue sous le nom de dynastie Bhamenie, du nom de son fondateur Allah-Ouddin-Houssein-Kourgah- Bhamenie, lequel vint s'y établir en 1 347* Cette dynastie y resta jusqu'au règne d'Aurungzeb, vers la fin du dix-septième siècle , quand les Mogols achevèrent la conquête de l'Inde. Nizam-ouUMouluk prit définitivement possession de ce territoire en 1717, et il est toujours resté depuis annexé au domaine des Nizams d'Hyderabad. La ville a environ deux lieues de circonférence, elle est bâtie sur un mamelon et a dû être très forte, étant entourée d'un fossé profond creusé dans le rocher et défendue par de hautes murailles et des tours crénelées. Aujourd'hui tout cela tombe en ruines. Bider a une certaine célébrité pour les objets qu'elle fabrique avec un métal composé de cuivre et de zinc et incrusté d'argent ; elle en exporte une énorme quantité dans toutes les parties de llnde. L'artiste trouvera aussi d'admirables sujets pour son pinceau dans les magnifiques tombeaux des environs de cette ville. C'est une remarque générale dans l'Hindoustan, qu'aucun monument destiné à la réception des vivans n'est à comparer à ceux qu'on élève aux morts pour la grandeur massive, In perfection des détails et la richesse des matériaux, La forme de ces mausolées est presque toujours la même : c'est une galerie rec-
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tangulaire, élevée sur une plate-forme où l'on monte par un large escalier de granit, et couverte en terrasse avec une balustrade et une corniche richement moulées et fleuronnées en cfienam. Cet admirable stuc est préparé avec des coquillages pulvérisés, et rivalise en dureté, en poli et en éclatante blancheur avec le marbre de Paros. Cette galerie est supportée par des arcades à ogives et entoure une salle carrée sur laquelle s'élève un vaste dôme presque sphérique surmonté d'une très petite flèche dorée. Au centre de cette salle, qui ne reçoit de jour que de la porte d'entrée, s'élève à un pied du sol un sarcophage très simple de marbre noir, sur lequel est inscrit en relief, en caractères arabes, un éloge très pompeux et très métaphorique des vertus du défunt : des milliers de pigeons ramiers qui ont établi leurs nids dans les découpures des arabesques et les intervalles des balustres font continuellement entendre leur vol bruyant sous ces sombres arches, et ajoutent encore par leurs plaintifs roucoulemens à la mélancolie de ces lieux. A partir de Bider jusqu'aux eaux sacrées du Godavery s'étendent des steppes de prairies ondoyantes, véritable Eldorado du chasseur. C'est au milieu de cette végétation luxurieuse que paissent d'innombrables troupeaux de daims, de cerfs, de sangliers; c'est ici que bondit l'antilope, que le florican et l'outarde élèvent leur vol pesant, que des millions de cailles et de perdrix, la perdrix peinte surtout, la plus délicieuse de toutes, s'appellent tout le jour. Des nuées de sarcelles, de canards, d'oies sauvages, de hérons , de cormorans s'abattent sur tous les étangs ;
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chaque marais, chaque rizière fourmille de bécassines. Si vous suivez les bords ombragés d'un nuUah ( ruisseau raviné ) du milieu des arbustes en fleurs qui se balancent sur votre tête un vol bruyant se fait entendre: c'est le paon avec sa robe semée de pierreries qui vous annonce le voisinage d'un gibier non moins beau mais plus dangereux, et vous avertit de couler une balle dans votre fusil. Effectivement si vous regardez attentivement le sable du ruisseau dont vous suivez le cours, vous y trouverez les traces distinctes, encore fraîches peut-être, et profondément marquées du roi des déserts. C'est une singulière coïncidence, mais elle est invariable, que partout où vous trouvez le paon le tigre n'est pas loin. Ils préfèrent sans doute les mêmes localités, et l'épais feuillage qui convient à l'oiseau sert à cacher son terrible voisin aux yeux de ses victimes jusqu'à la portée du bond fatal. Arrêtez-vous sur les bords charmans du Godavery, c'est le fleuve aux amoureuses légendes : vous y verrez les jeimes filles apporter des fleurs dans une feuille de bananier, la poser doucement sur l'eau du bord et la regarder fuir avec le courant. Elles attachent des craintes et des espérances superstitieuses au sort de leur offrande. Si la petite barque qui porte leurs amours chavire en peu d'instans, elles s'éloignent les yeux baignés de larmes ; si elle surnage jusqu'à perte de vue, elles reprennent le chemin du foyer maternel, le pas léger et le cœur content. Qu'elles sont gracieuses ces filles de l'Inde ! L'Écriture sainte nous représente les femmes allant chaque soir remplir l'amphot^ au puits commun; cette coutume pa«
aiS L'IffOB ANGLAISE EU 1849.
triarcale existe encore dans tout l'Orient , mais surtout dans les campagnes; et que de fois, au déchu d*un jour brûlant^ assis sur les degrés du réservoir ai-je oublié les heures en suivant du r^ard ces formes sveltes et élégantes, ce buste si parfaitement moulé I dont le doupettah, le vêtement des temps antiques qui retombe sur l'épaule gauche , ne vous dérobe que la moitié après avoir serré la taille frêle et les reins arrondis. £n vérité la jeune Indienne dans son costume simple et primitif, comme Toiseau dans son plumage, n'a rien à envier aux toilettes pompeuses et artificielles des grandes dames de nos salons.
En chassant tranquillement d'étape en étape il faut un mois pour arriver à Jaulnah, cantonnement de la division légère de Tarmée auxiliaire anglaise dans le pays d'Hyderabad. Cette division est toujours considérée comme en campagne et maintenue sur le pied de guerre. Les tentes^ les chameaux, les moyens de transport sont toujours sous la main au grand complet : on est prêt à partir d'un moment à l'autre. Les lignes de ce camp sont tracées à une petite distance de l'ancienne ville fortifiée de Jaulnahpour, dont elles sont séparées par une petite rivière. Cette ville avec un territoire d'environ quarante lieues carrées fut cédée aux Anglais par les Mahrattes en ]8o3. Asseac embarrassés de cette acquisition sur les frontières des sauvages tribus des Bheels, les Anglais l'abandonnèrent au Nizam en échange de certaines concessions où ils surent trouver leur avantage. Cependant il n'en resta pas moins nécessaire de garder un petit corps
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d'armée dans cet emplacement pour maintenir dans leur nid cet essaim de guêpes. La population entière des Bheels se livre au vol comme à une industrie: c'est leur profession avouée et ils y excellent. Pour traverser leur pays sans danger, le plus sage parti est de leur demander une escorte composée des voleurs eux-mêmes. £n payant ainsi une espèce de taxe sur la propriété mobilière, on n'est point inquiété, car ils sont fidèles à leurs engagemens ; mais autrement il n'y a ni factionnaire ni gardien qui puisse vous protéger, l'attention et l'activité la plus soutenues ne vous soustrairont pas à leur adresse. Dans une tente il est impossible de ne pas être volé de tout ce qui s'y trouve, et les voleurs troiiveront toujours moyen d'y entrer inaperçus. « Ils rampent à terre dans les fossés, « dans les sillons des champs, imitent cent voix ff diverses, réparent en jetant le cri d'un jackal un « mouvement maladroit qui aura causé quelque « bruit, puis se taisent, et un autre à quelque dis- « tance imite le glapissement de l'animal dans le « lointain. Ils tourmentent le sommeil par des bruits, « des attouchemens, et font prendre au corps et à « tous les membres la position qui convient à leur « dessein ( i ). » C'est ainsi qu'ils vous dépouilleront, sans interrompre votre sommeil, du drap même dont vous dormez enveloppé : ceci n'est point une plaisanterie mais un fait. Les mouvemens du Bbeel sont ceux d'un serpent : dormez*vous dans votre tente avec un domestique couché en travers de chaque porte, le Bheel viendra s'accroupir en dehors, (0 Jacqaemont.
aao L'INDE ANGLAISE EN t84S.
à Fombre et dans un coin où il pourra entendre h respiration de chacun. Dès que l'Européen s'endort il est sûr de son fait ; l'Asiatique ne résistera pas longtemps à l'attrait du sommeil. Le moment venu, il fiait à l'endroit même où il se trouve une coupure verticale dans la toile de la tente, elle lui suffît pour s'introduire. Il passe comme un fantôme sans faire crier le moindre grain de sable. Il est parfaitement nu et tout son corps est huilé ; un couteau poignard est su^endu à son cou. Il se blottira près de votre couche, et avec un sang froid et une dextérité incroyables pliera le drap en très petits plis tous près du corps de manière à occuper la moindre surface possible. Cela fait il passe de l'autre coté et chatouille légèrement le dormeur qu'il semble magnétiser , de manière qu'il se retire instinctivement et finit par se retourner en laissant le drap plié derrière hii. S'il se réveille et qu'il veuille saisir le voleur, il trouve ut corps glissant qui lui échappe comme une anguille; ^ pourtant il parvient à le saisir, malheur à lui, le poignard le frappe au cœur, il tombe baigné dans son sang et l'assassin disparait. Pour apprivoiser cette race indomptable, les Anglais ne reculent devant aucun sacrifice; ils prennent une partie de ces voleur» à leur solde, en leur donnant des officiers qui vont vivre parmi eux et qui eu. se faisant personnellemeDt aimer de leurs partisans maintiennent une certaine discipline dans le pays. Mais la civilisation est l'ouvrage du temps, et les résultats ainsi obtenus sont lents, coûteux et jusqu'à présent fort peu perceptibles.