‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 67 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE.— CHAPITRE XI. 2 ai · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE.— CHAPITRE XI. 2 ai

Sans nous aventurer dans ces régions sauvages nous tournerons à gauche vers Aurungabad, Aurungabad la superbe , naguère si florissante. Cette cité fondée par Aurungzèb qui lui donna son nom éclipsa pour un temps l'impériale Dehli, et fin durant les dernières années du règne du conquérant la capitale de son vaste empire. Mais, hélas ! l abandon et la rapacité d'un gouvernement antinational bien plus que les ravages du temps précipitent sa ruine. Sa population se montait en i832 à tout au plus soixante mille âmes et diminue de jour en jour. Les magnifiques palais et les nobles jardins de cette reine de l'empire Mogol s^écrpulent en débris poudreux, font place à de tristes bruyères. Même le superbe monument élevé par Aurungzèb à la mémoire de sa fille sur le modèle du Tajmahl , obéit à la loi commune. Un des minarets de marbre chancelle déjà sur sa base ; encore quelques années et la hyène , le chacal, tous les animaux immondes qui fourmillent dans les montagnes voisines feront entendre leurs glapissemens sauvages parmi les cyprès du mausolée. Entre autres morceaux admirables on distingue le palais du fon* dateur et la délicieuse mosquée du shah Sahib Tu* keah. C'est le même genre de construction que j'ai déjà plusieurs fois décrit , je ne veux donc plus m'y arrêter; mais encadrée dans l'azur du ciel, sous le brillant soleil de l'Inde, cette délicieuse architecture moresque fait paraître bien froides les monotones lignes droites de la Grèce.

Aurungabad est un des cantonnemens de l'armée du Nizam dont on recoimait les officiers à leur hos*

!ia» L'INDE AKOLAQE EN t84B.

pitalitéy vertu souventmise à Tépreiive dans cette station à cause de sa position centrale à ^embraodl^ ment de toutes les routes joignant toutes les capitales, entre Calcutta, Bombay, Madras etHyderabad : au» les voyageurs s'y succèdent rapidement.

On peut y voir entre autres oiseaux de passage, da aventuriers fort nombreux dans les premiers temps de l'occupation anglaise, mais qui deviennent rare dans le midi de l'Inde à mesure que cette ocaipation s'avance vers le nord. Ce sont des individus travaillant pour leur propre compte ou celui du gouvernement; des hommes qui ont passé des années sans voir um figure européenne , dont le long séjour parmi h Bheels et autres tribus féroces des bords duTapti, de Nerbuddah, du Mahamiddy ou de Tlndus a donm à leur extérieur quelque chose de presque aussi sau vage que les mœurs de leurs associés. On remarquera quelquefois un individu portant une barbe de piosieurs années, un costume qui conserve peu de trace de l'Europe, dont le teint a reçu la nuance du climat et dont l'œil en a absorbé le feu. A l'épaisse moufttache qui revêt sa lèvre supérieure ^ 4 l'expression calme mais austère, énergique et caractérisée de ses traits, on a de la peine à prendre cet individu pour uo Anglais; il a plutôt quelque chose de l'Espagnol oa de r Arabe. Son crâne généralement chauve est toujours large et superbe, les boucles épaisses de ses cheveux sont légèrement argentées ; on peut lire sur son front les trois qualités essentielles , indispensables pour le rôle qu'il a choisi : esprit d'etUrêfriu, mudaeê y ftoHiiquê profonde. Il y a quelque chose

PREBIIÈRB PARTIE. ~ CHAPIUIE XI. aaS

de singulièrement attrayant dans la contemplation d une pareille existence. Elle éveille dans notre âme un instinct héroïque, un sentiment de jalousie, un vague regret de n'avoir pas eu notre part dans quel» que épisode de cette vie nomade, de ne pouvoir jeter les yeux en arrière sur une carrière si pleine de sou* venirs; quelle grandeur, quelle variété, quelles terreurs dans .les scènes qui ont du frapper ses yeux ! Quelle connaissance intime et profonde il doit avoir du coeur humain ! par combien de dangers, d'émotions, d'aventures et de catastrophes il a dû passer! Et puis Ton se demande naturellement comment se terminera cette existence (Par des récompenses et des honneurs décernés par sa patrie reconnaissante , ou par le martyre? Que sa fin sera peut-être malheureuse! reverra-t-il l'humble toit de son père ou succombera-t-il loin des siens sous le poignard ou le poison? C'est le pionnier de la grandeur anglaise. C'est un Pottinger, c'est un Stoddart, un Conolly, c'est un Alexandre Bums ! nouveaux Colombs à la découverte de nouveaux mondes, ouvrant péniblement de Douveaux sentiers à l'industrie, de nouveaux débouchés au commerce de leur patrie; instrumens q?i'un gouvernement habile et généreux saura toujours produire, en présentant au païriotisme ces deux palmes, la fortune et la gloire au bout de la carrière.

Un peu plus loin sur cette même route se présente la célèbre forteresse de Dowlutabad (le séjour des richesses), ainsi nommée sans doute, parce que les tyrans du pays s'en servaient comme d'un coffre fort pour y entasser les dépouilles des peuples, et dont la citadelle

élevée sur un pic au milieu de la plaine ressemble à une ruche de cinq cents pieds de hauteur. Imaginez un cône parfait, dont les pentes inférieures ont été escarpées de manière à former une première muraille inattaquable de huit cents pieds d'élévation perpendiculaire. Un pont le vis jeté à travers le fossé conduit à une ouverture pratiquée dans cette escarpe: c'est Feutrée d'une galerie taillée dans le granit, qui n'admet qu'une personne à-la-fois et où l'on ne peut avancer que courbé. Cette galerie traverse d'abord une place d'armes ou corps de garde voûté qui n'est éclairé que par des torches. En sortant de là, elle monte encore environ deux cents mètres pour aboutir à une seconde chambre d'où la seule issue du côté du fort est une trappe dans la voûte qui sert de plafond ; cette trappe est défendue par un grillage en fer, préparé de manière à pouvoir ctre couvert en cas de danger d'un bûcher enflammé, pour lequel la galerie ellemême servirait de ventilateur et moyennant lequd la position des assaillans, s'ils étaient parvenus jusque-là , ne serait plus tenable. Quand enfin on a quitté le souterrain pour la clarté du jour, il reste encore avant d'atteindre la citadelle qui couronne le cône une rampe longue et étroite, commandée par des feux croisés et serpentant péniblement entre des ravins taillés à pic dans toutes les pentes à droite et à gauche, et qui servent de réservoirs pour abreuver la garnison. Une pareille forteresse devrait être imprenable, et pourtant elle a constamment changé de mains presque sans coup férir. Il est remarquable que dans l'histoire de l'Inde, ce sont de chétifs rem-

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