‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 68 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE —CHAPITRE XI. 2!i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE —CHAPITRE XI. 2!i

parts de boue, Arcot et Bhurtpour par exemple, qui ont supporté les plus beaux sièges. Le Nizam qui n'aurait jamais le courage de se jeter dans Dowlutabad et d'y relever son drapeau, tient cependant beaucoup à sa forteresse. Il faut sa permission spéciale pour être admis à la visiter. Toutefois la garnison compte à peine une centaine d'hommes et la place est tout-à-fait désarmée. Le seul canon qui s'y trouve est une énorme pièce laissée par Aurungzeb, aujourd'hui tout oxydée et dégradée et qui éclaterait certainement k la pi'emière décharge, mais dont on raconteforcc légendes. On prétend, par exemple, qu'elle pouvait envoyer son boulet de pierre ou de fonte jusqu'à Auruhgabad, une distance de neuf milles, environ trois lieues. Moyennant un Houkum ou laissezpasser du ministre que nous remîmes au Kelladar ou commandant, il nous reçut avec force salams, et Rous présenta à notre départ un panier des plus magnifiques raisins que j'aie jamais goûtés , le produit spécial de cette localité et que l'on exporte dans toutes les parties de l'Inde à plus de cent lieues à la ronde.

Enfin, la dernière chose à voir et ce qui doit être le but principal de votre pèlerinage , ce sont les temples souterrains d'EUora. Une route pavée qui, à partir d'Aurungabad pendantl'espace de plusieurs lieues remonte constamment ime pente rapidement inclinée , débouche sur un plateau où se trouve le village de Rozah précisément en ligne perpendiculaire au-dessus de ces fameuses excavations qu'on a justement considérées comme une des premières n.erveilles du

aa6 I<*IM)£ AISGLAJSfi EN 1643.

monde. Bien qu'on soit pressé d'y arriver, il £aut cependant jeter lin regard en passant sur îa tombe d'Aurungzeb à Rozah. Une dalle de marbre toute simple, près de laquelle quelques fakirs se relèvent alternativement pour prier, voilà tout ce qui reste aujourd'hui pour honorer la mémoire du conquérant de l'Inde, de celui qui éleva tant de palais et renversa tant d'empires. A quelques pas plus loin, le bungalo du voyageur s'avance sur le bord même du précipice dont on a creusé les flancs , et les vastes plaines du Kandeish se déroulent au pied du péristyle jusqu'aux limites de l'horizon.

Enfin nous voici en présence de ces créations gigantesques que tant de plumes ont vainement essayé de décrire et qu'on a peine'à attribuer à la main et au génie de l'homme, tant il semble petit à côté de son ouvrage. « Les émotions de Bruce, dit le voyageur anr glais Seeley, en découvrant pour la première fois les sources du Mil, ne furent pas plus vives ou plus tumulteuses que les miennes en me trouvant soudainement dans les temples d'Ellora. Je plongeai à-la-foifi) de toutes les facultés de mon âme dans les sublimes merveilles de ces œuvres immortelles; mais il est tout-à-fait impossible de décrire les sentimens d'ad* miration et de stupeur sous lesquels on succombe à la première vue. L'œil est ébloui, le cerveau est ébranlé, la raison chancelle. Telle est rétonnante var riété d'objets intéressans qui surgissent à*la«fois de toutes parts, que la première impression est un mé^ lange d'ef&oi, d'étonnement et de joie au prcmia* abord pénible , et il faut un long temps avant que

œs émotions soient suffîsaiBsieDt calmées pour contenpkr avec uae attenlîœi réfléchie les prodiges qui raos enviroonent (i). » I^a tranquillité, le silence de ffiort qui régnent ici , la solitude des plaines environliantes^ la beauté romantique du paysage, cette montagne eUe«M9te percée à jour de tontes parts, tout fend k communiquer à l'esprit du voyageur des sensations tout-à«»iait neuves, bien difiérentes de ce qu^il a pu éprouver à la vue des plus magnifiques édifices pbeés au milieu de l'activité humaine. Tout en ces lieux dispose à la conteroji^ation, et chaque objet qui vous entoure reporte Vàme vers une époque éloignée et vers des populations puissantes, parvenues au plus haut d^fé de civilisation quand les indigènes de notre Europe vivaient encore à l'état de nature dans les forêts et les déserts.

Imaginez la surprise qui vous inonde eomme un n^n lumineux, quand on découfvre tout»à«oup dans lesein même delà terre, au débouché d'une profonde caverne y un temple colossal ta^dans le roc vif, se dressant fièrement sur son lit natal et s' épanouissant dans le ciel , détaché de la mentagne qui Ta enfanté par une esplanade ou polygone mesurant sur chaque côté deux cent cinquante pieds de long sur cent cinquante de large. Le bloc ainsi isolé n'a pas moins de cinq cents pieds de circonférence , et s'élève d'un seul morceau , à cent pieds au-dessus de sa base, sur une longueur de cent quarante-cinq pieds et une largeur de soixante- deux. Il est aussi admirable dans ses détails que dans sa masse: les

(i) TTiducUon de Tanglals.

sculptures innombrables d'hommes et d'animaux, les frises, les colonnes, les chapelles presque suspendues en l'air, les vastes salles aux parois luisantes et polies, tout y respire le goût le plus exquis ; et, chose inconcevable, rien n'y manque, malgré le temps et les hommes également destructeui-s , les escaliers jusqu'aux galeries supérieures, les portes , les fenêtres, les arcades, tout s'y retrouve, tout est parfait.

Cependant le génie du sculpteur ne s'est pas épuisé dans un seul effort : trois étages de galeries souterraines découpent encore la ceinture de granit qui entoure l'esplanade que nous venons de décrire, pénètrent le rocher pendant près de deux lieues de chemin , et offrent tout un panthéon de divinités indiennes. C'est au centre de cette cour, en £ace de cette triple galerie, où quarante-deux figures gigantesques de la mythologie hindoue lui forment comme une garde d'honneur, que le temple de Koylas repose majestueusement sur sa base étemelle, rocher qui s'est un jour animé dans des temps que l'histoire ne peut atteindre, et qu'aucune antre relique d'antiquité dans ce monde n'a jamais surpassé ou égalé.

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