PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XIU
paquets, aux bouteilles dans lesquelles il avait déposé sa provision d'épices et d'ingrédiens culinaires pour la route. Il proteste que ces bouteilles sont infectées par un pareil contact. Le maity se défend d'appartenir à la caste flétrie d'impureté et aspire à être classé sous quelque autre dénomination d'un degré immédiatement au - dessus. S'il faut en croire les cipayes de mon escorte , leurs prétentions de part et d'autre sont également mal fondées et presque également méprisables; mais du reste c'est un chaos que cette multitude de castes ; il est impossible de s'y reconnaître. Il n'e&iste pas de classification de préséances universellement reconnue et qui soit la même dans chaque langue et dans chaque province; il n'y a pas même toujours synonymie d'une province à l'autre. Je terminai ce débat en menaçant, pour peu qu'il fût continué y de les renvoyer l'un et l'autre, ce qui m'aurait fort embarrassé si j'avais dû être pris au mot; mais cette ei^trémité n'arrive presque jamais avec les indigènes : ils préféreront même se soumettre à une punition corporelle plutôt que d'accepter un congé définitif qui les expose à mourir de faim : Punissez mon dos ^ ne punissez pas mon ventre ^ est la réponse et en même temps la prière qui m'a été invariablement adressée quand je me suis décidé à chasser un domestique ; et cette prière , le malheul'eux est venu la renouveler continuellement pendant plusieurs jours , toutes les fois qu'il pouvait parvenir jusqu'à moi, se précipitant dans ma chambre, frottant son front contre terre et embrassant mes genoux, l^e n'est pas qu'ils soient bien payés , je ne leur donne
ttSo L'INDE ANGIAISE EN 184S.
guère que de quoi subsister ; mais la condition habituelle du prolétaire dans ce pays est une misère si intense, que de pouvoir s'abriter sous mon toit au cantonnement ou sous ma tente pendant la marche, avoir un vêtement unique pour se couvrir et dormir le ventre plein après le travail du jour, est comparativement du bonheur.
4 septembre. — L'étape du matin m'amène à Balanaggar (quatre lieues), celle du soir à Juddcherla (quatre lieues et demie). Ces deux villages sont désignés sous le nom de forts, et sont effectivement revêtus d'une enceinte continue, mais sans épaisseur ou solidité; on ne trouve à Tinlérieur tii garnison, ni casernes, ni magasins ^ ni maisons, à peine quelques huttes de boue couvertes en paille; le pavs depuis Hyderabad est monotone et dépeuplé. En fait de culture et d'habitations il n'y a que juste assez pour 6ter au paysage le pittoresque et la sauvagerie du désert : ce sont de petites collines toutes pareilles, couvertes de vastes espaces de jungles qui ne sont ici que de misérables broussailles , coupés à de rares intervalles par la verdure d'émcraude d'une rizière tout près d'un village, mais plus souvent par d'anciens champs de riz abandonnés qu'on reconnaît aux petites chaussées herbeuses qui les séparent. Çk et là apparaissent quelques arbres rares, isolés; un grand nombre de petits étangs reluisent comme des miroirs dans les fonds : tout cela forme une bigarrure peu agréable. « La culture semble avoir passé partout autrefois, « Dieu sait quand; les terres incultes ne sont que « des terres épuisées ou abandonnées. Il y a dans la