‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 77 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE. —CHAPITRE XÏII. a · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. —CHAPITRE XÏII. a

brillant dont il était impossible de mettre en doute la sincérité. Après Bussy et Raymond , M. Russel est peut-être TEuropéen que les hautes classes indigènes de ce pays se rappellent avec le plus de vénéra* tion : c'est qu'il avait su se faire à leurs mœurs et entrer dans le cercle de leurs idées. S'il y a dans l'Inde un lieu où les Européens sembleraient devoir plus aisément se mêler aux Indiens, c'est assurément Hydera* bad. Un grand nombrede natifs y possèdent ce que les Anglais estiment si haut, de lanaissance, de la fortune, et même un certain savoir. Cependant les relations sociales entre la ville indienne et les cantonnemens earopéens sont absolument nuls. Depuis quarantecinq ans y il n'y a pas un pas de fait, «c II ne faut pas « s'en étonner^ les Anglais entre eux ne se réunissent « jamais sans un repas; ils ont si peu de conversa- « tion qu'ils ne sauraient bientôt que faire sans le

< souper qui les tire d'embarras. Leur excessive réif serve redouble vis-à-vis des étrangers , et générale-

< ment ils ne trouvent pas un mot à leur dire. Ici les « snjets de conversation seraient excessivement limi- « tés , à cause 9 il faut le dire , de la prodigieuse igno- « rance des natifis , même les plus instruits , et la res- « source de boire et démanger ne saurait exister(E)»y puisqu'à l'exception d'une seule classe , celle des mabométans, les Indiens ne peuvent boire un verre d'eau chez un Européen.

5 septembre, à Paulmoor ( quatre lieues ). — Le paysage s'embellit un peu, la nature est plus sauvage et la végétation plus vigoureuse; les jungles ont

(OJacqQemoni.

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fait place à de beaux bois ; en revanche la route e$i détestable : ce n'est pins qu'un sentier dont les roches font regretter les sables et les boues que nous venons de quitter. J'ai expédié ma tente en avant , à la station suivante où je dois coucher, pour éviter à mes gens la peine de charger et de décharger mes hocuk deux fois dans la journée. Paulmoor étant un village de près de trois cents huttes , j'avais espéré y trouver un caravansérail ; mais ce premier essai pour m'afiran* chir d'une partie de ma suite devait être malheureux* Je ne trouvai d'autre abri qu'un hangar ouvert dont la toiture était vermoulue et la muraille couverte de poussière et de vermine. Pour comble d'infortune, ii était déjà occupé par un Joghi , religieux fanatique d'na ordre mendiant hindou. Ce misérable comme tous ceux de sa classe était aux deux tiers fou : il était complètement nu , mais tout son corps était enduit d'une couche épaisse de bouse de vache saupoudrée de cendres; ses cheveux étaient longs, mêlés et remplis* d'ordures ; sa barbe rude, épaisse et hérissée par suite d'une négligence de plusieurs années, couvrait toute sa poitrine. U me regarda quelque temps avec des yeux de béte sauvage , et 6nit par m'apostropher avec la rage d'un possédé. Je le fis jeter dehors sans plus de cérémonie.

« Ces misérables visionnaires habitent souvent les retraites les plus écartées des jungles, s'établissent dans les ruines ou sur le bord des routes, vivant de racines et de fruits ou des largesses accidentelles des voyageurs qu'ils rencontrent. Ils vont entièrement nus, le corps enduit de bouse de vache et de cendres,

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