PREMIERE PARTIE.— CHAPITRE Xllf. \6g
Anglais. A Képoque de cette première visite , je n'eus pas Foccasion d'en ressentir les effets, par la raison que j'étais encore abondamment pourvu de toutes les provisions dont on m'avait comblé la veille à Maktal ; mais à mon second retour, plusieurs années après, en congé de semestre, je faillis être assassiné dans ce mêmelieu. C'était le 24 janvier 1 835; j'étais arrivé vers midi épuisé de fatigue et tout-à-fait dépourvu. Quand mon domestique se présenta dans le bazar, le cotwâl, espèce de maire, défendit aux marchands de lui rien Tendre; on nous refusa même de l'eau de puits. Indigné de cette avanie, j'eus l'imprudence de vouloir m'en venger. Je commençai cependant par faire partir en avant tous mes gens et mon bagage; quand je les jugeai à une distance suffisante, je me dirigeai vers la demeure du^cotwâl, où je trouvai ce personnage a^is, entouré d'un groupe nombreux de ses coupejarrets. Possédant parfaitement le riche vocabulaire d'injures de la langue hindoustanie, je terminai une harangue peu flatteuse pour la vanité des citoyens de Rachore en leur disant que, puisqu'ils ignoraient si complètement les lois de l'hospitalité, la grande vertu du désert, ils ne devaient plus prétendre au titre d'Arabes, qu'ils n'étaient que de misérables bandits, et que, du reste, il était bien connu qu'ils étaient des bâtards de père en fils depuis dix générations , avec d'autres complimenspeu gracieux pour les dames de leurs familles. Je connaissais l'effet électrique d'une pareille injure : vingt poignards sortirent du fourreau, mais mon cheval galopait déjà, et le sifflement d'une balle ou deux ne fit que redoubler sa rapidité.
X 3 septembre 4 Yeraghery (qualité lieues «l demie — Le pays est toujours plus dépe4iplé. Une ou deui huttes dans l'espace que je viens de parcourir, eî très peu de cidture ; des collines de granit se succèdent irrégulièrement, formées d'immenses blocs e» tassés les uns sur les autres et couverts de broossailb. et plusscïuvent de mousse d'un ton roux uniforme. Je rencontrai sur la route une ca^'alcade assez pittoresque : c'était un musulman richemeat oostume, monté sur un cheval persan de l'espèce bahaderic qu'on nourrit de boulettes de viande épicée , et ressemblant autant que possible au bœuf gras. Le babaderie est un animal extrêmement massif , à gros membres , à grande action et toujours grimpant , qui épuist toute sa force en caracoles et gagne très peu de te^ rain^ bien qu'il semble jeter du feu par les naseaux. C'est sa graisse et sou apparence de férocité qui sont sa principale recommandation aux yeux des indigènes. Après le musulman venaient deux femmes et un peA garçon , tous trois à califourchon sur un autre cbed que l'on conduisait par la bride , les femmes stricte ment voilées. Une douzaine de serviteurs les suivait ^ pied; tous avaient sabres et boucliers ^ quelquesiic$ des hallel>arde.s , d'autres des fusils à mèche. Dec coulis et une j^tite rosse tattoo (i) portaient tout le bagage de cette famille et de sa suite; car les natifs? même les plus riches , ne s'embarrassent jamais i^ mobilier en voyage : ils poi^rront empoiter quelque
(i) On appelle tattoo un petit chevM do pays valaDt 3o ott 40 V^« V^ coiHQie Qa âœ, ansai solire etptoviooUe.
PREAIiËftE PARTIE. •^CHAPI'ntfi XIII. 071
pierreries, quelques •cacbeonres, du Itngie pcHir chan* ger en arrivant, et voilà lout.
i4 septembre , à Madaveram (4 lieues ). — A troî6 lieues et demie de Yeraghery, on rencontre le lit sa* blonneux du Toombuddra ou Toongahnddra, dont la largeur est d'environ 3oo mèti^es , mais réduit maintenant à un £let d'eau vers le milieu , traversé de distance ea di^ance par des digues naturelles de rochers. Je passai la rivière à cbeval , sur une de ce^^ crêtes, où je ne trouvai que deux ou trois pieds d'eau. Me voilà enfin sur le territoire de la Ck>mpagnie ; on re*> connaît à rinstant une administration mieux enten* <lue : ce changement est plus frappant ici que partout ailleurs , car nous nous trouvons tout d'un coup dans one nouvelle acquisition, sous le régime d'un colleoteur européen au lieu d'un Eemindar et par conséquent dans les conditions les plus avantageuses possibles. La population est plus dense ., les fermes pins rapprochées , ia culture plus répandue , et enfin il y a one espèce de roate , qui justfu'alors n'était qu'im sentier.
i5 septembre, à Hiratoiimbalam (cinq lieues). *^ Me fiant au (racé de la route telle qu'elle est indiquée <lans l'almanach de Madras, je n'ai pas voulu prendre un guîdejqu'il aurait fallu enrôler de force, ce service i^%ant jamais volontaire; aussi me suisse perdu <lans la multiiplioité des sentiers^ Arrivé à la nuit toobbante dans une plain« en apparence déserte , bornée ^e toutes ipiMrts 4 J'iiorieon par des monticules entièt^emcwt )»«, 'et de l'aspect le fdus unifbmie , je ne ^vais plus quelle direction prendre et mes gens
étaient aussi embarrassés que moi , quand les sons plaintifs et prolongés de la trompe d'un joghi, ressemblant à cette distance à ceux de la cornemuse de nos campagnes , arrivèrent jusqu'à nous en travei*sant l'espace, a Les Hindous se servent , dans leurs processions et leurs cérémonies religieuses, de deux espèces de trompettes : l'une est courbée , l'autre droite et longue de deux mètres, généralement évasée en cor, et quelquefois renflée en boule à diverses parties du tuyau. Cet instrument est si lourd que pour le tenir au niveau de sa bouche, le virtuose doit être rhercule de son village. Toute son ambition est de lui faire rendre un son , et quand il y réussit , il le prolonge autant qu'il peut (i)'; » mais comme il souffle avec une force décroissante, le son se modifie, hausse ou baisse, s'éteint tout-à-coup pour renaître avec une aigreur perçante. Des tambours de cuivre et de bois, des cymbales et des tamtams accompagnent ces exécrables trompes, mais frappent du moins en mesure. Guidés par cet angélus brahminique , nous arrivâmes à un village assez médiocre , mais quia du être plus considérable autrefois et où l'on remarque une jolie pagode mitrale des beaux temps de l'art ; tout l'extérieur est richement sculpté en cannelures encadrant des reliefs qui offrent dans quelques détails des images d'une grande obscénité. Je retrouve ici des champs de blé, de lin et de colza; en tournant le dos au village ou pourrait se croire en Europe.
16 septembre, à Adony. — Hiratoumbalam est au pied d'une rangée de montagnes à travers lesquelles (i) Jacquemont.