PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE XIV. a
m'amuser de son air d'importance et de protection. Il s'acquitta d'ailleurs de ma présentation avec une grâce parfaite.
J'avais été heureux dans le choix de mon régiment, la grande majorité des officiers du SS"" pouvaient prétendre au titre et à Tépithète de gentlemen. Tous appartenaient à l'aristocratie de naissance, d'éducation ou de fortune et formaient par leur seule réunion une société infiniment supérieure à ce que l'on pourrait s'attendre à rencontrer dans les rapports accidentels delà vie militaire. Quelques-uns possèdent encore aujourd'hui mon estime et mon amitié , d'autres ont emporté dans la tombe mes regrets amers , et c'est avec un plaisir mêlé de tristesse , que je reviens aujourd'hui sur leurs noms et leurs caractères profondément gravés dans mon souvenir, et sur certains épisodes de ma vie intimement liés avec la leur.
Il y avait d'abord l'adjudant du régiment (i), pauvre Hériot, le plus beau, le plus brave, le plus généreux des hommes. Jamais le brillant uniforme de i^Anglelerre ne revêtit des membres plus gracieux, jamais des yeux plus doux, un front plus noble et plus calme ne me rappelèrent si vivement ce beau vers :
L'homme est «n Dieu tombé qui se souvient des deux.
(0 lln^y adans an régiment français aacun grade qui corresponde eiactement à celoi d'adjudant chez les Anglais dont les fondions sont analogaes à eelies du capitaine instructeur et du capitaine-adjndant-major réunies. Seulement dans l'armée anglaise il n'a que le rang de liculenaot et «^'csl le plus souvent un soldat parvenu. Ce n'élail pas cependant le cas pour celoi'dont il s'agit ici j il était d'une excellente famille et sorti, Je ^»i de recelé mililaire.
282 riNOE ANGLAISE EN 184S.
Jamais un jeune cœur ne battit a son début dans la vie de plus de courage, d'ambition et d^honoeur. Sur le point d'acquérir une compagnie ; sa familk fui ruinée ; ii abandonna son patrimoine materad à sod vieux père 1 1 perdit tout espoir d'avancement, pour des anuét s, dans une profession où l'on ne panienl qu'en achetant chaque grade successivement. A sod premier conibat il tomba foudroyé, criblé de balles, et n'eut pas le bonheur de mourir. 11 n^a pas de croii à sa boutonnière; une pulsion trop nesquine pour lui permettre de se retirer duservice est abandonnée à une jeune femraequi n'a pas les moyens delesuivre. Use traîne encore dans nos rangs, faible, épuisé, toujours lieutenant et sans espoir d'obtenir le grade supérieur qui serait son bâton de maréchal. Il n'a plus de goût à sa profession ; il n'y a pas une âme dans le régiment qui ne le plaigne et qui ne serait heiirem de le soulager en prenant chaque fois son tour de service pour lui. Il est allé chercher la mort en Chine si elle le frappe, ses amis, tout en le pleurant, (^^ vront-ils le plaindre? Non , car il n'y a plus pour lui de bonheur en perspective et son âme est trop belle pour réussir dans ce monde.
Et Henry Bayly mon compagnon, mon ami.
mon frère, porte-étendard ; combien de fois avons nous fatigué ensemble à côté l'un de l'autre, pendant d'interminables manœuvres, portant les deux drapeaux du régiment jusqu'à ce que nos bras tombassent endoloris sous leur poids glorieux. Mais il repose dans un obscur cimetière près de la petite ville à Gosport, sous le ciel humide de son pays, et j^