‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 85 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE.— CHAPITRE XIV. a · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE.— CHAPITRE XIV. a

ne veux point m'arrêta^ à son souvenir, car il m'est trop pénible.

Je trouvai dans ces deux hommes un type essenliellemeut anglais et en même temps un degré de perfection auquel il n'est peut-être pasdonnéau Français d'atteindre. On a pu voir que je n'étais pas disposé à voir d'un œil trop indulgent les défauts de la société anglaise; je ne la compare pas un instant à la notre pour les qualités attachantes, l'urbanité, la bienveillance, la simplicité , pour tons les agrémens qui font le bonheur de la vie tels que la grâce, la bonhomie, le charme des manières ; mais de même qu'on ne trouve point le diamant dans les mines d'or ou d'argent, mais parmi les couches de grès et le sable grossier, de même le type le plus parfait de l'homme se trouve enfoui parmi les rudes élémens de nos voisins, le parfait gentleman anglais est le phénix de l'esl)èce humaine. Il ne manqu-e au Français pour atteindre jusqu'à lui qu'un sentiment plus é^evé et plus inlirae de sa dignité personnelle, un respect plus religieux pour la part de divinité que le tout-puissant a accordée à l'homme. Il est peu d'entre nous, je pourrais dire il n'est pas un d'entre nous, qui soit un héros pour son valet de chambre ou pour son intime ami. Quelcpie bien que soit le Français en société, <levant des étrangers ou devant les dames, sabonhoïûie même le fait déroger aussitôt, dès qu'il est seul avec l'ami de cœur, le camarade d'étude, le confident ou U messager -de ses premières folies. C'est, dira-t- Oû, l'excès de deux bonnes qualités, de notre ab- ^nce d'affectation et de la gaké caiaciéristîque de

notre tempérament; mais nous avons généralement aussi les défauts de ces qualités , un penchant pour )e laisser-aller, le grivois, l'exagération ou Tarlequinade qu'on est étonné de rencontrer à chaque instant chez les hommes les plus graves, les têtes les mieux organisées. Le parfait gentilhomme anglais ne se livre jamais et jamais ne déroge: il porte jusque dans les plus petits détails de la vie la conscience et le souvenir de sa dignité. Son naturel ne saurait le trahir, car il est de la même trempe que son extérieur ; sa maison pourrait être de verre , cliacun de ses actes peut supporter la lumière et défier la critique. Après cela, l'individu que nous venons de décrire n'est pas un produit purement indigène, il lui faut subir plusieurs transplantations, respirer l'air du continent et surtout celui de la France, pour arriver à sa parfaite maturité et pour se dépouiller de certaines qualités inhérentes au sol natal, la morgue, les préjugés, etc. Mais quand l'éducation, les circonstances et les voyages ont favorisé ce développement, c'est de lui surtout que l'on peut dire qu'il est le roi de la création. Il y avait aussi au 55*, et on peut l'y voir encore au moment où j'écris, un autre type charmant dont Sterne nous a donné une idée: c'était un vieux capitaine écossais, nommé Norman Mac Lean , une adorable incarnation du délicieux caractère de mon oncle Tobie , dans Tristram Shandy. Il était connu dans le régiment, sous le nom familier du bonhomme. Puissent Allah et son prophète le protéger et son ombre toujours grandir ! {\) (x) Le Tœa des roahométans envers an ami.

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