PREMIÈRE PARTIE.-*- CHAPITRE XIY
voix de inénie valeur. Celui des membres qui est nommé par ses camarades à la charge de président de masse n'est point libre de refuser celte responsabilité.
La table d'hôte est considérée comme une parade militaire dont aucun officier ne peut s'absenter, à moins qu'il ne certifie sur l'honneur qu'il s'est rendu aune invitation particulière pour dîner dehors, ou pour cause de maladie. Deux officiers par semaine sont chargés à tour de rôle des fonctions de président de table et de vice-président; ils ne peuvent s'absenter sous aucun prétexte et siègent aux deux extrémités de la table. Le vice-président d'une semaine devient le président de la semaine suivante. Chaque officier à son tour doit subir les inconvéniens de ce rôle , commençant par les deux extrémités de la hiérarchie, c'est-à-dire le plus jeune sous -lieutenant siégeant avec le plus ancien officier supérieur (après le commandant qui seul en est exempté).
Les fonctions de président de table sont très délicates, d'une' grande responsabiUté, et propres à former rapidement le jugement et l'à-plomb d'un jeune homme. C'est lui qui est chargé du bon ordre et de la discipline morale des convives; il a seul le droit avec le vice-président de donner des ordres aux nombreux domestiques ; il est de son devoir d'interdire toute conversation qui pourrait interrompre la bonne harmonie; enfin il a le droit de mettre aux arrêts tout officier quel que soit son grade, même supérieur au sien, qui introduirait le désordre, qui proposerait un duel , ou qui refuserait de se conformer à quelque
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règlement de la communauté. Je me rappelle avoir eu occasion, n'étant qu un très jeune lieutenant, d'envoyer chez eux , aux arrêts , un capitaine et im chef de bataillon qui s'étaient donné un démenti en ma présence pendant que j'étais président de table. Je fis ensuite mon rapport au lieutenant-colonel qui m'approuva et réussit à arranger l'affaire.
On conçoit que l'institution de celte table d'hôte devra avoir d'immenses résultats pour le bien-étre physique et moral , les relations amicales , Tesprit de corps du régiment, pour y entretenir les sentiraens les plus libéraux, les plus civilisés, et en même temps les plus chevaleresques. « On est solidaire de l'hon- (c neur des gens avec lesquels on s'assied à table chaque ce jour; on n'y souffrirait |pas un fripon : la moindre « faute contre l'honneur, commise par un officier de a l'armée royale, est punie le soir même à table par (f un outrage unanime de ses camarades et de ses « chefs , le refus de boire avec lui (i); j) il est dès ce moment expulsé et n'a plus d'autre alternative que d'en appeler au jugement d'un conseil de guerre ou de se résigner à quitter le service.
Ce qui fait encore mieux ressortir les avantages de ce système , c'est la comparaison avec les établisseniens militaires où il n'existe pas ; on a bien essaye d'introduire une organisation à-peu-près semblable dans l'armée de la Compagnie; mais un si grand nombre des officiers de cette armée est marié ou détaché dans les états-majors, les régimens sont d'ailleurs si souvent fractionnés que l'institution de la masse,
(i) Jacquemont.