‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 9 sur 268 · PREMIÈRE PARTIE. --CHAPITRE III. 4g · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. --CHAPITRE III. 4g

pied. Ne cherchez plus de roses sur les joues ni sur les lèvres de toutes ces femmes , elles sont blanches comme leurs robes de mousseline légère: on dirait des fantômes quipassent^ revêtus du costume des vivans.

Dans les premiers temps de mon séjour dans Tlnde, je trouvai les moustiques un véritable tourment. Les pieds, lafigure, les mains, incessamment attaqués, vous tiennent dans un état d'irritation continuelle. C'est exactement la fable du Lion et du Moucheron. I^a piqûre ne serait encore rien si votre ennemi vous poignardait en silence ; mais il y a de quoi épuiser la patience d'un saint, d'entendre ce maudit insecte, bourdonnant dans votre oreille pendant une demiheure, et préhidant a vos tortures en publiant à son (le trompe qu'il va vous piquer, tandis que vous n'avez aucun moyen de l'en empêcher. Heureusement que ce tourment n'est pas de très longue durée. Au bout (ie quelques mois, je ne sais si le sang est moins pur, ou si la peau s'endurcit , mais leurs attaques sont moins fréquentes ou plus supportables.

Le matin du troisième jour je fus réveillé par les cris perçans de quelques centaines de corbeaux perchés sur les arbres au-dessous de ma fenêtre. Je me levai pour connaître la cause de débats aussi furieux. Celait un de la bande qui paraissait avoir une attaque; il avait sans doute trop bien dîné. Mais quelle cju'en fut la cause , ses confrères étaient décidés à abréger ses souffrances par la mort, et on le tuait en famille. Le corbeau de l'Inde attaque tout être qui souffre et qui ne peut se défendre, quelle que soit son espèce, même la sienne. Il s'abattra sur le dos d'un buffle ma-

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lade ou écorché et déchirera sa chair pendant que ranimai marche encore. Le nombre de ces oiseaux est inconcevable^ surtout le long de la côte, à Madras, k Pondichéry, à Calcutta. Leur insolence est telle qu'ils enlèveront un morceau de gâteau des mains d'un enfant, malgré ses cris. Les éperviers et les milans rivalisent de familiarité avec eux. Quand on portait dans les casernes la viande du soldat, ils s'abattaient sur les paniers et emportaient toujours quelques morceaux. Tous ces oiseaux de proie étant extrêmement utiles dans un pays où la décomposition est si rapide, les hommes ne leur font point la guerre; ils sont même protégés par toutes les lois possibles : de Ik leur accroissement et leur audace.

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