‹ L'Inde Anglaise en 1843Chapitre 90 sur 268 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Caractère et position da soldat dans l'armée royale anglaise (i);

système de recrutement. — Le soldat anglais le mieux nourri , le mieux

soigné, le mieux armé, le mieux discipliné dans le monde ;

système d^avancement parmi les officiers^ solde desdifférens grades.

Ce qu'il y a de singulier, c'est que le soldat accepte sa position de paria sans un murmure et sans un regret. Non-seulement il ne s'en trouve pas humilié, mais il se battrait avec un camarade qui Taccuserail de raffinement ou de vouloir faii'e le gentleman. I^ soldat anglais est une bête brute et s'en glorifie ; c'est l'écume de la société , ce qui n'est pas étonnant d après la manière dont il est recruté. Il en sera de iiiême dans tout pays qui maintiendra une armée permanente sans le régime de la conscription , et dont 'es lois n'appellent pas également tous les citoyens a la défense du territoire. Partout où le recrutement sera volontaire , le besoin de sujets obligera de recourir à un système d'embauchage qui remplira les cadres de tout ce qu'il y a de plus grossier, déplus vil et déplus corrompu dans la population. Telle était la composi-

(0 un verra pins loin qne le service dans Plnde est fait par deux armées ^ntplélement distinctes, et soumises à des régimes tout-à-fliit différens. ^'ane est Tannée royale anglaise, l'autre Parmée de la Compagnie.

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tion des armées de l'Europe du temps des compagnies franches , véritables brigands soldés qui ravageaient le pays quand on ne pouvait les employer au-dehors. Ces excès ne se reproduisent pas de nos jours, en temps de paix , dans les armées anglaises admirablement soldées, qui n'éprouvent jamais aucun besoin, et soumises à une discipline des plus sévères ; mais suivez-les dans une retraite, voyez-les après im assaut entrer dans une ville en vainqueurs , et les exploits de Ciudad Rodrigo, de Badajoz et de Saint-Sébastien effaceront les brutalités et les orgies des bandes de Duguesclin et du Sanglier des Ardennes.

Un sergent suivi d'une couple de soldats, tout chamarrés de galons et de rubans, arrive dans un village, il s'enquiert des mauvais sujets, s'en fait désigner un, parvient à l'isoler et à l'entraîner au cabaret. On lui parle d'une vie aisée, paresseuse, bien nourrie, aux frais de l'état; on le flatte en cas de guerre d'une perspective de butin, de pillage, de filles violées; on l'enivre peu-à-peu, et quand sa tête est échauffée, on lui propose de l'enrôler; c'est à peine s'il comprend ce qu'on lui fait faire, mais on lui olTre un shilling qu'il accepte; c'est le gage, les arrhes de son enrôlement; le marché se trouve ainsi conclu devant témoins et devient irrévocable; ce guetapens le condamne à servir toute sa vie! L'orgie terminée, on le transporte ivre-mort au corps de garde, d'où il ne sort plus que pour joindre le dépôt où l'attend la férule du sergent instructeur. Le village est débarrassé d'un mauvais sujet et le pays compte un défenseur de plus*

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L'armée se trouve donc comme un port de sauvetage sur la route de Botany-Bay. D'enrôlemens volontaires proprement dits il n'y en a pas dix sur cent, et de ce nombre la moitié se compose des enfans de troupe; les neuf autres dixièmes sont amenés dans les rangs par la débauche, l'ivrognerie et la misère. Comment avec de pareils élémens est-on parvenu à former une machine si compacte , si réglée , si flexible, ce doit être un problème pour quiconque ne connaît pas le caractère anglais. Ce caractère explique tout : aucun élre n'a plus l'instinct de son bienêtre matériel que l'Anglais et de l'avantage de l'ordre pour en jouir. Le secret consiste ici en ce que le soldat est bien payé, bien nourri, bien vêtu , et que s'il marche de travers il a le choix d'être fouetté , déporté ou pendu. Il est rare qu'il soit chassé du serrée et ce n'est jamais que pour le crime de vol avec récidive; mais dans ce cas, sa paroisse n'est plus obligée de l'assister; il meurt de faim, se livre au brigandage et finit par se faire pendre. C'est le raisonnemienl, c'est un calcul , c'est son intérêt bien entendu qui finissent par faire du soldat anglais l'instmment le mieux discipliné et le plus obéissant dans fe monde. Sa longue éducation sous les drapeaux devra aussi lui implanter à la fin des idées d'ordre, de justice, de religion (car on le conduit régulièrement au prêche chaque dimanche); et si dans sa vieillesse il retourne dans son village avec sa pension d'invalide, ce sera avec des habitudes acquises d une vie réglée et d'exactitude militaire. Mais ne lui parlez jamais d'honneur, ce n'est pas par un fil si délicat

3oo L'INDE ANGLAISE EN 1848.

que vous le conduirez, il éclatera d'un rire brutal, et vous demandera un verre d'eau-de-vie : c'est, ditil, la seule récompense qu'il apprécie. Ne lui parlez pas même de gloire, il sait bien qu'elle ne descendra pas jusqu'à lui; elle est aristocrate dans l'armée anglaise et ne plane que sitv les ofBciers supérieurs.

Si nous comparons maintenant le soldat d'infanterie anglaise sous les armes, avec celui de tout autre pays, nous serons obligés de reconnaître son immense supériorité physique. C'est le mieux nourri, le mieux soigné, le mieux armé, le mieux exercé. Comparé au soldat français, sa taille moyenne est beaucoup supérieure, ses membres sont plus gros et plus forts, son poids est d'un tiers en sus, sa force est gigantesque et toujours en proportion de son poids.

Prenez au hasard sur une ligne d'avant-postes la première sentinelle française et la première sentinelle anglaise que vous rencontrerez : supposez Time et l'autre sous les mêmes conditions d'instruction , dix contre un à parier que vous aurez les résultats suivans : le Français sera admirable de feu et de vivacité, sa physionomie pétillera d'intelligence, vous admirerez sa taille souple et dégagée , son air éminemment martial , rehaussé peut-être encore par une barbe et une moustache épaisses. L'autre sera le plus bel animal dans la création, il ne lui manquera que le feu de Prométhée pour illuminer cette superbe figure, quelques cheveux de plus pour diminuer la fadeur de cette peau blanche qui semble cacher des humeurs froides; ses membres sont ceux d'un géant; s'il parvient à saisir son agile adversaire, il lui fera

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