PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE XVI. 3i
même solde que ceux des bataillons de Tarmée l'oyale, mais ils ont sur les officiers royaux cet immense avantage que toutes les places d'état-major leur sont exclusivement réservées , et qu'ils peuvent seuls concourir avec le service civil de la Compagnie pour les emplois diplomatiques; or ces places et ces emplois sont toujours les postes les plus lucratifs dans l'Inde anglaise : il arrive souvent ainsi qu'ils peuvent réaliser en très peu d'années de superbes fortunes , tandis que les officiers royaux ne peuvent faire des économies qu'à la longue et exclusivement sur les appointemens de leur grade.
Chaque régiment d'infanterie anglo-indienne se compose d'un seul bataillon de neuf compagnies , organisé ainsi qu'il suit :
l' Un colonel-général sur le même pied que dans l'armée royale, lequel sans avoir à s'occuper le moins du monde du corps auquel il est nominalement attaché , perçoit un bénéfice considérable sur les fournitures.
a" Un lieutenant-colonel dont la position est extrêmement précaire et dépend de la présence au corps ou de l'absence du major. Comme il n'y a que deux officiers supérieurs dans chaque bataillon de la Compagnie (le Heutenant-colonel et le major) et que ces officiers, par suite d'une longue résidence dans un climat malsain, sont le plus souvent maladifs et en congé de santé, bien des bataillons seraient commandés par des capitaines. Pour éviter cet inconvénient , il est convenu que toutes les fois qu'un major sera valide et présent avec son bataillon , on expédiera le
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lieutenant-colonel, qui devient alors superflu, à un bataillon dépourvu d'officiers supérieurs. Cette existence nomade est fort peu envial)le, et le service doit s*en ressentir, car il est naturel que le lieutenantcolonel prenne peu d'intérêt au bataillon à la tête duquel il ne se trouve que momentanément.
3" Le major : c'est en général la cheville ouvrière du corps comme il en est nécessairement le plus ancien officier.
4*" Cinq capitaines pour les neuf compagnies : c'est une des mauvaises économies de cette administration; et encore quelques-uns d'entre eux sont-ils la plupart du temps détachés aux éiats-majors ou en position d'être appelés à des fonctions civiles.
5^ Il en est de même des neuf lieutenans dont quîitre au moins doivent commander des compagnies; et de même encore des sous-lieutenans au nombre de quatre. Enfin, parmi le petit nombre d'officiers de ces deux derniers grades qui se trouvent présens sous les drapeaux , deux sont encore choisis pour cumuler avec leur emploi celui d'adjudant ou de quartier-maître. Ainsi , d'une manière ou d'une autre, un nombre considérable des officiers de la Compagnie se trouve pourvu de deux emplois, et par conséquent de deux traitemens fort lucratifs (i).
Outre ces officiers européens il y a dix-huit officiers indigènes dont neuf reçoivent le litre de soubadar, qui est censé correspondre au rang de capi-
(i) ^ systépie semble toi^tjo^ra s'étudier à dimipi}ff le npmbra des employés pour augmenter leurs proQts.
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taine, et neuf celui de djemmadar, équivalent de celui de lieutenant ; mais les uns et les autres sont réellement subordonnés au dernier sous-lieutenant enropéen. Aucun grade, aucun titre ne sauraient effacer cette terrible distinction de la peau. J'ai eu bien souvent l'occasion de me trouver accidentelletment comme visiteur chez qiielques jeunes officiers delà Compagnie, au moment même où le soubadar de jour venait militairement rendre compte de sa journée de service. Il ne manquait pas de laisser luimême ses babouches à la porte et de les faire laisser à son escorte, s'avançait à la tête de ses quatre suivans , dont deux sous-officiers portant des hallebardes , et se donnait à lui-même en même temps qu*à eux le commandement de halte! puis faisant }e salut militaire demeurait sous les armes , raide comme u|i pieu , tout |e temps que durait son petit rapport. Les jeunes gens ne se levaient pas pour lui, ne le faisaient point asseoir et se contentaient de répondre à son ^lut par le même léger mouvement de la main avec lequel ils auraient accueilli le salam d'un domestique. Les choses ne se passaient poipt ainsi du temps de dive et de Munroe : on inculquait alors aux jeunes subalternes européens une urbanité qui était de meilleure politique I mais la morgue anglaise a fini par prévaloir: aussi ne retrouve-t-on plus chez les cipayes de nos jours les admirables traits de dévoùmentqui ont signalé l'époque héroïque de l'enfance de la puissance anglaise dans l'Inde.
Toutefois l'armée indigène est fort bien payée : le cipaye reçoit en garnison l'habillement militaire et
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huit roupies (20 francs) par mois; en marche ou en campagne cette solde est encore augmentée; dans tous les cas possibles elle est non-seulement suffisante, mais encore le cipaye doit pouvoir économiser pour ses vieux jours et c'est ce qui arrive constamment. Tous ceux qui ont de Tordre et une bonne conduite font passer annuellement la moitié de leur paie à leur famille. Ils ont même pour la plupart la prudence de se mettre dans l'impossibilité de dépenser leur argent, en chargeant la comptabilité anglaise de prélever d'avance ces économies; de son côté le gouvernement, pour encourager cet esprit d'ordre, entretient dans chaque district un capitaine-trésorier chargé de distribuer les dividendes aux familles.
Les heures de service une fois passées , c'est-à-dire dès sept heures du matin, l'étranger qui traverserait les lignes d'un cantonnement ne se douterait guère qu'il est dans un quartier militaire. Les cipayes quittent aussitôt leur uniforme, vont la poitrineet les pieds nus comme les gens du peuple, en paejamas(i), el la petite calotte indienne sur la tête : point d'armes entre les mains durant tout le jour ; elles sont déposées après l'exercice dans de petits magasins où un lascar est chargé de leur entretien. Ce n'est pas que les officiers se défient de la loyauté de leurs soldats , on ne se défie que de leur sens commun , on les regarde comme des enfans; et comme un fusil est une machine délicate et trop compliquée pour être mise entre leurs mains , on le leur ôte; il en est de même des munitions qui, dans un pays où le salpêtre est toujours liquescent, (i) Caleçon.