‹ L'Inde Anglaise et le SwadeshismeChapitre 30 sur 41 · DE T OES · texte numérisé non relu

DE T OES

Campbell écrivait qu’il était absolument impossible à un seul homme de diriger un gouvernement si important ; et quatre ans après sa prise de service, le lieutenant-gouverneur, sir A. Eden, était forcé, en raison de l’augmentation du travail, de faire nommer un troisième secrétaire civil, chargé du département des finances. Depuis cette époque, la somme énorme de travail à laquelle le lieutenantgouverneur ne pouvait suffire, produisit de fà-. cheux résultats. Les secrétaires eurent plus d’initiative et de pouvoir que ceux des autres provinces, et dirigèrent autant, sinon plus, que le lieutenantgouverneur. Il était urgent de mettre fin à ces anomalies confuses.

Dans une réunion publique, tenue à Calcutta le 18 mars 1904, les partisans de l’intégrité du Bensale proposèrent de convertir les fonctions de lieutenant-gouverneur en celles de gouverneur, assisté d’un Conseil exécutif, comme à Madras et à Bombay.

Le vice-roi, en tenant compte de cet avis, dont il fit part au secrétaire d'Etat, ne le partagea pas et pensa que l’opinion déjà émise en 1868 par sir John Lawrence, devait prévaloir, c’est-à-dire que, dans l'Inde, la meilleure forme de gouvernement devait être le pouvoir absolu, concentré entre les mains d’une seule personne, sans conseil. D’ailleurs, à ce moment-là, en 1868, quand il avait été question d'appliquer au Bengale le système en vigueur à Madras et à Bombay, quatre membres du Conseil sur sept s'étaient opposés à cette inmo-

vation imprudente. Le secrétaire d'Etat en fut informé par dépêche. du 28 mars 1868, et la question fut classée. Toutefois, en présence de cette ancienne idée, mise en avant par une partie du publie de Calcutta, lord Curzon estima que, dans l’intérêt de la reconstitution du Bengale, il y avait lieu d'étudier cette question sous toutes ses faces, avec les arguments présentés par les deux partis opposés en présence.

Après examen minutieux, il considéra cette proposition comme une mesure rétrograde, et il estima qu’elle ne pouvait convenir au Bengale, en raison d’objections sérieuses. Dans les provinces de Bombay et de Madras, les gouverneurs, en règle générale, ne sont pas recrutés sur place, mais - sont pris au dehors. Ils ignorent ainsi les rouages multiples de l’administration de l’Inde ; aussi, a-t-on été amené à placer auprès d’eux un Conseil exécutif composé de deux membres titulaires, connaissant la province, et d’un certain nombre de membres additionnels, dont il est le président, C’est plutôt une sorte de triumvirat, avee un triumvir d’un rang supérieur, qui n’a pas le pouvoir de commander ses collègues, bien qu’il possède le droit de véto identique à celui du gouverneur général (vice-roi). Celui-ci peut suspendre ou rejeter une mesure proposée par le Conseil, lorsque, à ses yeux, cette mesure peut aller à l’encontre de la santé et de la tranquillité publiques, ou contre les intérêts britanniques dans l’Inde, même si l’opinion de la majorité des conseillers diffère

de la sienne. Ce droit de véto ne fut exercé que par un seul gouverneur général, mais jamais par un gouverneur.

Au Bengale, on ne pourrait nommer un gouverneur étranger à cette province ; ce serait le vouer à la plus ‘complète inertie, ou le laisser annihiler par. son Conseil exécutif. D’un autre côté, un gou- verneur compétent, au courant des affaires de la province, n’aurait que faire de deux fonetionnaires conseillers, possédant des pouvoirs analogues aux siens. Si ce gouverneur était plus capable que les deux conseillers, ce serait des discussions continuelles entre eux ; et, s’il ne l’était pas, ce serait alors le piétinement impuissant. Par conséquent. un Conseil exécutif au Bengale diviserait ef affaiblirait la responsabilité et l’autorité du gouverneur. La méthode du gouvernement personnel serait la mieux appropriée aux conditions particulières de l’Inde.

Cette dernière méthode, du reste, est appliquée dans l’administration coloniale française, malgré le tempérament illusoire que donne la présence de certains conseils électifs. Ainsi, dans l’Inde française, comme dans la plupart des colonies françaises, le conseil du gouverneur s’appelle le « Conseil privé » et se compose du gouverneur président, du secrétaire général, du procureur général et des conseillers nommés par décret sur la présentation du gouverneur, et choisis parmi les notables européens ou natifs âgés d’au moins 30 ans et domiciliés depuis plus de cinq ans dans

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Me nine Deco naorlie ee suppléants, choisis dans les mêmes conditions, remplacent les titulai- i

res absents. Certains pouvoirs du gouverneur ne

sont exercés par lui qu'après l’avis du conseil privé ; mais il n’est pas tenu de s’y conformer.

Il existe bien un conseil général ; toutefois, le gouverneur et le ministre peuvent ne pas tenir compte de leurs délibérations et inscrire d’office des dépenses rejetées par ce conseil électif.

Pour en revenir à la proposition de la création

d’un Aa ernenet du Bengale assisté d’un conseil exécutif à la place d’un lieutenant-gouverneur,

nous nous permettrons de penser que cette substi-

tution d’un fonctionnaire d’un rang plus élevé à un autre de moindre grade n’eût pas rendu moins

Jourde ni plus facile l’administration de cette pro-

vince trop grande.

C’eût été un palliatif éphémère qui n’eût pas fait avancer d’un pas la solution. 4

On dut abandonner cette idée et reprendre celle plus pratique et plus efficace d’un sectionnement territorial déjà préconisé en 1896 par sir Charles Elliot, l'eutenant-gouverneur du Bengale.

Lord Curzon écrivit, 'le 3 décembre 1903, à ce sujet, aux gouvernements du Bengale, de Madras, aux chefs-commissaires des Provinces centrales et à celui de l’Assam, dans le but de ramener par

une modification territoriale à 60 millions et demi

la population du Bengale qui était de 78 millions et demi d'habitants. Le plan proposé était de transférer les divisions de Chittagong, Hill Tippe-

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