Voir la noie sur le Birman, p
2. Avec les Européens et autres non Asiatiques, le chiffre total est de G42 000.
l'avoir aussi abondante) leur envient : 126 000 en Guyane anglaise, 85 000 à la Trinité, 265 000 à Maurice, 66 000 à Natal, 15 000 à la Jamaïque, 1200 à Ste-Lucie; joignez-y 10 000 à Zanzibar, 15,000 en Australie, 26 000 en Ouganda, 4 000 à la Martinique, 15 000 à la Guadeloupe, 15 000 aux Fidji.
Une des plus curieuses constatations du recensement de 1901 est l'infériorité numérique du sexe féminin. L'Inde compte 144 468 000 femmes et 149 951 000 hommes; c'est un excédent de 5 500 000 hommes. En face de 1 000 hommes, 963 femmes. Le phénomène est le plus marqué dans les provinces et Etats suivants : Courg, Béloutchistan, Pendjab, Cachmir; puis viennent Baroda, les Provinces-Unies, Bombay, 1 Inde Centrale, l'Assam, etc. Et cela, même quand on corrige les statistiques, en attribuant les émigrants au recensement de leur province d'origine. En revanche, il y a plus de femmes dans les Provinces Centrales, dans Madras et en Birmanie, et il y a égalité dans la présidence du Bengale.
C'est un phénomène difficile à expliquer. Les registres d'Etat civil n'existent pas; les statistiques « vitales » sont très insuffisantes. Les mariages précoces et les maternités prématurées ont dû et doivent diminuer le nombre des femmes. Dans la famille, les filles, presque partout, sont moins bien soignées que les garçons et partant (sauf dans les Provinces Centrales, où les faits sont très nettement contraires) moins résistantes. Ces diverses observations ne suffisent pas à expliquer une différence si forte entre les deux contingents. Peut-être est-il permis de risquer l'explication que voici.
Dans le nord-ouest de l'Inde, deux grandes provinces, les Provinces-Unies et le Pendjab, et un groupe d'Etats, le Radjpoutana, présentent, très marqué, le phénomène de la supériorité numérique des hommes sur les femmes. Le Pendjab, sur 20 millions d'habitants, a 1600 000 femmes de moins; les États indigènes qui relèvent du Pendjab, sur 4 400 000 habitants, 400 000; les Provinces-Unies, sur plus de 48 millions d'habitants, 1550 000; le Radjpoutana, sur à peine 10 millions d'habitants, 500 000. Voilà donc, en quatre groupes limitrophes, le sexe féminin inférieur au masculin do plus de 4 millions. Or, dans ces provinces et États, a longtemps prévalu la coutume, vigoureusement combattue par les Anglais, mais qui n'a pris fin que depuis peu, de mettre à mort, dès leur naissance, partie des filles, dans la crainte qu'elles ne trouvent pas — ce qui déshonorerait le père — d'épouseur. Ne peut-on croire que cette pratique a influé, à la longue, sur la constitution de la population et qu'aujour-
(l'hui, bien qu'elle ait cessé, les conséquences n'ont pu encore en être conjurées?
Rien dans ce pays ne se passe comme en Europe. En voici une nouvelle preuve que fournissent les statistiques du mariage. En Angleterre, pays où cependant l'on se marie passablement, à peine un tiers de la population vit en état de mariage. Aux Indes, plus de la moitié des hommes et près des deux tiers des femmes sont ou ont été mariés. Et parmi ceux qui ne sont pas mariés, les trois quarts des hommes ont moins de quinze ans, et des femmes, moins de dix. Chez les hommes, de trente à quarante ans, il y a 1 célibataire sur 12; de quarante à soixante, 1 sur 20. Chez les femmes de plus de quinze ans, il y en a moins de 1 sur 12 qui ne soit pas mariée; et presque toutes les célibataires ou sont des malades, ou des prostituées, ou vivent en concubinage.
Les statistiques de 1901 fournissent le curieux tableau suivant :
^ Hommes. Femmes.
Pour tous les âges : célibataires 49,2 34,4
— mariés 45,4 47,6
— veufs 5,4 17,9
De 13 à 25 ans : célibataires 51,8 11,3
— mariés 45,8 82,8
— veufs 2,4 5,9
De 26 à 40 ans : célibataires 12,5 2,5
— mariés 81,7 80,1
— veufs 5,8 17,4
On peut donc dire que le mariage est la règle également respectée des Hindous et des Musulmans. Mais, chez ceux-ci, l'âge du mariage est un peu plus reculé que chez les Hindous, et chez les Bouddhistes davantage encore.
Que, parmi les Hindous, les enfants se marient si jeunes, cela tient à plusieurs causes : moins au climat et à la précocité des races qu'à des conceptions domestiques et sociologiques. Un Hindou veut marier de bonne heure son fils, en vue de perpétuer sa famille et d'avoir des héritiers siens, qui assureront le culte des ancêtres et des dieux domestiques; et sa fille, pour échapper au discrédit que jette sur la famille la présence au foyer d'une hlle célibataire. Tandis que la mère, belle-mère future, alléchée par la perspective de cette condition, la plus heureuse qu'une femme puisse se promettre aux Indes, ambitionne de marier son fils de bonne heure, pour, de bonne heure, recevoir chez elle sa belle-fille et la former mieux au devoir d'obéissance comme aux tâches domestiques.
Aussi les statistiques fournissent-elles des chiffres stupéfiants. Il existe dans l'Inde des époux âgés de moins de cinq ans : 121 50U maris et 243 503- femmes ; de cinq à dix ans, 760 000 maris et 2 030 000 femmes ; de dix à quinze, 2 340 000 maris et 6 583 000 femmes. Mais il y a mieux; les mêmes statistiques nous révèlent l'existence, aux Indes, de 1 277 000 personnes veuves âgées de moins de vingt ans : dont 914 000 femmes. Notons qu'il existe des veufs bien plus jeunes. Au-dessous de cinq ans, on compte déjà 6 000 veufs et 19 300 veuves; de cinq à dix, 37 000 veufs et 96 000 veuves; de dix à quinze, 113 000 veufs et276 000 veuves, etc. D'où vient cette anomalie? Des mariages prématurés (consommés ou non), dont une des parties a pu succomber, et de l'interdiction, presque unanimement respectée, que les hautes castes ont mise au remariage des veuves. Telle petite fille, mariée, ou, pour employer un terme acceptable, fiancée à quatre ou cinq ans, sera veuve à six et le demeurera toute sa vie.
t Par presque toute l'Inde, on peut dire que la monogamie est la I règle. En droit, la polygamie est permise; en fait, elle est rare. Tant ' que la première femme vit, l'homme n'en prend ordinairement pas une seconde. La statistique générale n'indique que 1 011 femmes pour 1 000 maris. Ces chiffres sont un peu dépassés chez les animistes, oîi l'excès des femmes est de 31 p. 1000 et, chez les musulmans, 21. Il n'apparaît pas, comme on pourrait le croire, que ces chiffres assez faibles soient le résultat d'une opposition des femmes. Pareille opposition, en Asie, n'aurait guère de succès. Ce ; serait plutôt le résultat des transformations de l'Inde ; la polygamie, qui s'expliquait par un certain état économique, a cessé, ou peu s'en faut, quand cet état s'est modifié.
La polygamie est rare; la polyandrie l'est plus encore. Elle revêt deux formes. Chez quelques castes de la côte du Malabar, une même femme épouse ou épousait (car la pratique tend à disparaître) un ou plusieurs hommes étrangers l'un à l'autre : c'est ce qu'on appelle le matriarcat. Les droits de succession — cela se voit, par exemple, à Travancore — s'établissent alors par les femmes : l'héritier d'un homme est le fils aîné de sa sœur. Dans l'Himalaya, au Tibet, au Cachmir, en Assam, et chez les Todas, dans les Nilghiris, on connaît une autre espèce de polyandrie : une femme épouse plusieurs frères. C'est la polyandrie proprement dite. Les enfants alors succèdent à leur père.
NOTES
Note de la page 29 : Le Birman.
Le Birman est un des types les plus curieux et, après tout, l'un des plus sociables et des plus sympathiques que renferme l'Inde.
Il est, au suprême degré, indépendant. Tout contribue à le rendre tel. La Birmanie de civilisation chinoise, a eu des rois, mais jamais de noblesse. L'élément féodal et per- \ manent de notre Europe a été chez elle remplacé par des fonctionnaires, que leur mérite élève et que la mort emporte, et que d'autres remplacent pour disparaître à leur tour.
Sauf exceptions, pas de hiérarchie sur terre et pas davantage de hiérarchie entre la terre et le ciel. Dans la religion bouddhique, à vrai dire, pas de Dieu et pas de prêtre. Il n'y a que des hommes qui travaillent eux-mêmes à leur propre salut. Us savent qu'il exista un révélateur, le Bouddha: ils s'efforcent de l'imiter.
Le plus célèbre des moines, par exemple l'un des Sadaws (haut dignitaire), n'est pas, par son rang, dispensé de mendier. Il ne peut l'être que par son âge. Mais en môme temps, ce Sadaw, pauvre et décrépit, est un personnage, un objet de vénération et d'envie par le seul fait qu'il est plus avancé sur la route du nebhan (nirvana).
Enfin le Birman n'a pas de caste. Il ignore ou repousse la supériorité de l'homme sur^ l'homme. Chacun vaut par soi, par ses actes.
Pareilles conceptions contribuent, on le conçoit, à rendre le Birmaji indépendant. 11 est plus que cela. 11 est ombrageux, peu maniable. Qui veut l'entraîner et l'utiliser doit le ménager. Traitez-le doucement, sinon il disparait. Sans bruit, sans discussion. N'insinuez pas qu'on peut faire mieux qu'il ne fait; ne prétendez pas que tel procédé est plus simple, tel instrument plus commode. II préfère sa méthode surannée et ses vieux outils. Si l'on veut l'initier malgré lui au progrès, il se dérobe : il esl malade ou sa mère se meurt.
Aussi les .\nglais ne l'approchent et ne l'emploient qu'en hésitant. Ils savent ce dont il est capable : un homme à vous attaché depuis dix ans vous quitte en vingt-quatre heures, sans motif, sur un prétexte puéril. Ils lui préfèrent l'Hindou, moins fin, moins intelligent, plus régulier. Le Birman est, comme ils le disent, trop casual.
Avec cela d'un illogisme imprévu. Ce n'est pas lui qui construirait des raisonnements à la française, où tout s'enchaîne et se commande, et entraîne des conclusions absolues. Supposons — ce qui est impossible — que la cosmogonie bouddhiste lui apparaisse, quand il la compare à la nôtre, fausse. II ne s'ensuivrait pas que, donnant raison à la science des Européens, il se, crût tenu de condamner Bouddha. Les vérités ne s'opposent pas forcément l'une à l'autre. II sera bouddhiste et chrétien tout ensemble et sans fourberie.
Aussi, il a beau avoir été trois fois battu par les Anglais (1826, 1852, ISSo) : il ne s'estime pas moins. Comme le Chinois, il ignore les étrangers et leurs exploits, et ses propres Jéfaites. Si les Anglais sont venus en Birmanie, c'a été du consentement des rois. Il ne se croit inférieur à personne : ni au Chinois, ni à l'Hindou, ni à l'Européen. Le Chilois nous appelle les Barbares. Lui, derrière notre dos, nous lance l'épithète méprisante le Kala (.Noir). Kala a dû être le terme de mépris appliqué d'abord aux sombres Hindous le .Madras; par-dessus leur tète, il arrive jusqu'à nous, qui sommes blancs. Pas plus que le sentiment de l'infériorité, il n'a celui de la gratitude. Envers qui? •Ts son bienfaiteur? De bienfaiteur, au sens que nous donnons à ce mot, il n'eu i- pas. Il y a un homme qui fait du bien à autrui, gagne par là des mérites, et approche du nebhan. Faut-il le remercier de <;e profit personnel?
Tel est le Birman; et, tel qu'il est. on l'aime. Quiconque l'emploie, l'apprécie. Gai com-
fion, serviable, spirituel, au rire coiumunicatif, qui comprend tout et sait tout faire.
i.ible même et, (juoi qu'on dise, disciplinable, comme l'ont éprouve et haulement le
irent les fonctionnaires de la transportation aux îles Andaman. Fin chasseur et
I- a l'occasion, si on ne l'enrôle pas dans l'armée, ce n'est pas (ju'on se mélie de son
..li.ige; on redoute seulement son indépendance et son humeur changeante. Endn
■y.il, et, en masse, incapable de trahison : on en a eu vent, à de certains conciliabules
ui se sont tenus durant la guerre russo-japonaise.
L l.SDE DRITASNIOUE.