Voir note 13, p
3. C'est une noti(jn de haute antiquité. La partie métaphysique des religions, qui repose sur une urne immortelle, aurait, d'après Sumner Maine, passé par trois étapes. La première, le culte des ancêtres, supposés (irésents dans la famille, dont l'esprit revient habiter parmi sa race; la seconde, l'existence de purgatoires successifs, où ces esprits
Le culte des ancêtres, plus facilement compris, est admis par l'immense majorité de ceux qui s'intitulent Hindous. Il exerce sur eux une énorme influence. L'PIindouisme — cela apparaît à chaque pas — est une religion essentiellement sociale. Le culte des ancêtres en es la partie religieuse; partie sacrée et redoutable. On peut, par la pénitence, être relevé d'une infraction aux règles sociales de l'Hindouisme ; on ne le peut, d'une infraction au culte des ancêtres. Cet ancêtre qu'on honore ainsi, c'est ordinairement le plus proche, le plus récemment disparu, le père; on y joint aussi le grand-père, et pratiquement tous ceux des ancêtres que l'héritier vivant a connus. Car le fidèle ici est un héritier. C'est à titre d'héritier qu'il est tenu d'honorer. Ce culte est le fondement même de l'hérédité. Le mort ne peut partir que s'il laisse derrière lui un héritier sien, un agnat, qui honorera sa mémoire. S'il n'en a plus de son sang, il en adopte. H lui laisse ses biens, mais sous condition d'être honoré. Entre eux, il y a contrat. Y manquer, c'est s'exposer à l'exécration du mort et même des vivants. Même à une action en justice '. Car, entre héritiers siens, le partage par tête n'est légitimé et ne demeure juste qu'autant que chaque héritier honore également la mémoire de l'ancêtre. Le juge en a tenu compte dans ses règlements. Le culte des ancêtres est coûteux. En Chine, où il fleurit aussi, on estime que les trois fêtes des morts entraînent, par tout le pays, une dépense totale de 150 millions de dollars. Dans l'Inde, on les juge assez coûteuses pour empêcher l'établissement de tout droit sur les legs et successions. C'est un culte général, impératif; c'est un des piliers de l'Hindouisme.
Un autre pilier serait la croyance à la sainteté de la vache, qui n'est qu'une application, avec des conséquences exagérées, du respect général de la vie animale. C'est encore là une croyance commune à une partie de l'Asie. Le Bouddhisme l'accepte et l'impose, comme l'Hindouisme. Elle découle probablement de la foi à la migration des âmes et aussi des avatars de certains dieux honorés : Hanuman, le Dieu-singe, Ganesh, le Dieu-éléphant, etc. Elle n'implique — remarque essentielle — ni le respect de la vie humaine, ni l'obligation de traiter humainement les animaux. Elle n'interdit que la mise à mort. En tant qu'elle s'applique à la vache, elle a eu des conséquences politiques et sociales considérables. Je ne parle pas de la fameuse insurrection de 1857, à laquelle elle n'a fourni qu'un
iraient expier les fautes de leur vie; la troisième, également en guise d'expiation, transmigration de l'âme dans des corps spéciaux. 1. Cf., en droit romain, l'actio familix erciscundœ.
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prétexte : derrière ce prétexte se cachaient des griefs multiples, anciens, puissants. Ceux-là se trompent, qui prétendent qu'on eût consolidé pour mille ans la domination anglaise si, vers 1830, on avait puni de pendaison la mise à mort de la vache. Mais il est indéniable qu'encore aujourd'hui abattre le bétail et en nourrir les | troupes anglaises excite l'indignation des Hindous. D'où que vienne ce bétail, où qu'il ait été tué. Récemment, des soldats du service des transports ont, sur la route de Simla, esquissé une révolte, parce qu'on leur imposait de voiturer des conserves de bœuf, venues d'Australie. Dans l'Etat de Gondal, en 1872, et encore en 1903, les Hindous ont prétendu interdire à leurs compatriotes musulmans de manger du bœuf, droit dont ils jouissaient sans conteste depuis plus de cent ans. Dans le nord de l'Inde, non loin de Mashobra, le rajah de Koti vendant un domaine à un Anglais bien connu, sir Ed. Buck, y mettait cette condition qu'il ne permettrait pas d'y élever un abattoir. A Simla, quand les Anglais vinrent s'y établir, on n'y pouvait tuer ni bœufs ni vaches; c'est seulement vers 1840, que licence en fut donnée, pourvu que l'abattage n'eût pas lieu au grand jour. Il y a peu de temps, le principal du collège vétérinaire de Lahore autorisa ou même prescrivit, dans l'intérêt des études, l'examen d'animaux morts : vaches, cochons. Cette pratique anatomique souleva l'indignation de la presse hindoue du Bengale.
Et de la vache, cette protection s'étend — je l'ai dit — à toute la création. La vie de Bouddha en offre maint exemple. En Birmanie, , une mère enlève le scorpion qui vient de mordre son enfant et le rejette à terre sans le tuer. Quand les fleuves débordent et se retirent, les poissons demeurés aux champs sont recueillis dans des jarres et rejetés àl'eau. Lorsque, il y a unedouzaine d'années(189G), la peste se répandit par toute l'Inde, et qu'on attribua cet envahissement aux rats, le Comité municipal d'Amritsar offrit, pour épargner leur vie, 1 pièce (0 fr. 0123) par tête de rat vivant, se proposant de les parquer et de les relâcher quand le fléau aurait disparu. Les oiseaux de tout genre pullulent aux Indes. Il n'y a, pour les détruire que les maraudeurs nomades et les Européens. Les pilleurs de millet et de riz, on se permet tout au plus de les écarter à grands cris. Les corbeaux rendent les grandes villes intolérables. Un huiler, à qui ils volent tout, en prend un au piège, le garde prisonnier tout le jour et, le soir venu, lui rend la liberté. Une société de Bombay proteste auprès du Gouverneur contre les plumes qui ornent les chapeaux de femme. En Birmanie, les chiens que le Bouddhisme protège dès leur naissance, quel qu'en soit le nombre.
sont devenus si nombreux qu'ils errent par le pays, sans maître et sans asile : ce sont les pariah dogs, que les phongyees (moines) nourrissent des offrandes qu'ils reçoivent. Aussi la confiance des bêtes est touchante : l'écureuil, dont le pelage ferait une fourrure précieuse, n'a rien à craindre et ne craint rien. Le chien, couché au soleil, refuse presque de se lever pour laisser passer la voiture. Le vautour, à Bombay, le paon, dans les Provinces-Unies, le singe partout et surtout à Hurdwar, pèlerinage fameux sur le Haut-Gange, peuvent s'approcher à portée de fusil. De fusil, l'indigène n'en use guère. Chasser s'accommode mal avec la religion. Bouddha a dit : Nous devons compassion d'abord aux animaux, puis aux pêcheurs et aux chasseurs. Il a dit encore : Tous peuvent ôter la vie; un seul peut la donner.
Après ces deux articles de foi : culte des ancêtres et respect de la vie animale, celui qui domine toute la vie de l'Hindou, c'est le respect du prêtre, la supériorité proclamée du brahmane. L'Hindouisme apparaît comme un sacerdotalisme. Il devrait s'appeler encore le Brahmanisme. Dans chaque famille hindoue, le prêtre, le brahmane préside aux actes de la vie, de toute la vie, depuis la naissance jusqu'à la mort : un mariage, une maison qu'on bâtit, un voyage qu'on entreprend, une maladie, la moisson, enfin les repas, les mets et les breuvages, dont il importe que la pureté soit assurée, tout fournit prétexte à appeler le brahmane. Mais notons-le, la présence du brahmane en ces occasions ne constitue pas une intervention religieuse. Il ne prétend pas, comme les prêtres chrétiens, servir d'intermédiaire entre l'homme et la divinité. Il n'est pas davantage un éducateur; il ne donne aucun enseignement religieux. Il est simplement celui qui sait. Il sait la langue des vedas, que le vulgaire ignore. Il sait les textes sacrés et leur sens (cela rappelle les actions de la loi à Rome). Et, sachant, il met son savoir (moyennant salaire : argent, entretien, nourriture) à la disposition d'autrui. Son rôle surtout est d'attester la pureté des mets. Il y veille; il vous préserve de la souillure ; ce faisant, il vous épargne le risque de déchoir de votre rang social. Cela est, dans le système de la caste, de si capitale importance que tous jugent indispensable de révérer le brahmane, de le payer, de l'employer aux divers actes de la vie, et d'éviter par là la souillure de ce qui est impur. Agir ainsi, c'est être Hindou.
L'Hindouisme est l'idéal d'une religion toute de pratiques. C'est un culte et un cérémonial. Le rite a en soi une force et l'exacte observance du rite, une valeur. La moralité du fidèle importe peu. Il n'est pas nécessaire qu'il croie aux Dieux ni aux dogmes. Il lui suffit
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de se conduire comme s'il y croyait. Faute de quoi, il risquerait de perdre sa caste ^ Sanction non pas d'ordre religieux, mais d'ordre social.
Comme système social, l'autorité de l'Hindouisme est prodigieuse. Telle population est bouddhiste de religion (par exemple, les Lahoulis dans le nord), mais hindoue par l'observance. Dans le sud de l'Inde même, il y a des chrétiens, les Vellala, qui n'ont pas échappé au système des castes.
Ceci connu, on comprend maintenant ce que nous énoncions plus haut, que l'Hindouisme est absorbant. Peu à peu, il a envahi et conquis presque toute l'Inde non ar3'^enne. Et non pas par une conversion raisonnée des peuples ;i la religion hindoue, mais grâce à leur désir ambitieux, ensuivant ses prescriptions sociales, de s'élever dans la hiérarchie. A cette affirmation, on objectera qu'on ne devient pas, qu'on naît Hindou. Sans doute. En Europe aussi, on naît noble; on peut aussi (laissant de côté l'anoblissement par autorité du prince) le devenir par habile usurpation. Un Indien, de par sa naissance entièrement étranger à l'Hindouisme, peut devenir Hindou. Ceci sera amplement exposé à propos des castes.
Le panthéon hindou accueille les dieux des convertis et devient ainsi prodigieusement peuplé. L'Hindouisme, au surplus, a deux aspects. Pour quelques-uns, pour une élite, c'est le panthéisme. « Pour la masse, c'est un chaos étrange de superstitions, de dieux, j de démons, de fantômes, de saints déifiés, de demi-dieux, de dieux 1 du foyer, de dieux de la tribu, de dieux locaux, de dieux universels, i absurdes, atroces, fabuleux, ridicules, magnifiques, humains, doux, cruels, ayant horreur de la mort d'un insecte et qu'on honore par des sacrifices d'animaux ou d'hommes^. » Religion remarquable à la fois par son hétérogénéité, alimentée qu'elle est par tant de sources différentes, et par son aptitude à grossir son stock de dogmes, ou de croyances, ou de pratiques, en empruntant aux plus bas fonds comme aux plus hauts sommets.
Et l'érection des dieux n'est pas histoire du passé ; c'est un phénomène constant, contemporain. Des saints, faiseurs de miracles, cont< stés durant leur vie et même un peu ridicules, sont, après leur mort, transformés en dieux. Des hommes que beaucoup ont vu vivre ou ont su avoir existé sur terre sont aujourd'hui des dieux honorés dans plus d'une partie de l'Inde.
1. Il pourrait cept^nclfint pardor sa f.istc tout on répudiant sa religion : il y a clans le ''^■'uiara du sud des brahmanes fhnHicns.