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LA CASTE

Importance de ce phénomène social. — Définitions et caractéristiques. — Origine; plusieurs théories : Nesfleld, Sénart, Risley : pureté du sang; intégrité de la couleur. — Antiquité de la caste; importation de l'idée de Perse en Inde. — Les castes originales; leur nombre présent; leur importance respective; la caste et les peuples annexés. — Formation des castes; comment elles continuent à se constituer; comment on peut sortir de sa caste; procédés individuels et procédés collectifs. — Castes hautes et castes basses; les castes basses et les missionnaires européens; les parias, leur rùle social; leur attitude. — Entre gens de même caste, droits et obligations; la nourriture; le jus connubii, endogamie et exogamie. — Un essai de classification des castes; difficulté; exemple du Bengale en 1901. — Effets et infiuences; l'Islam et l'Hindouisme; les servitudes et les révoltes; excommunication; légère tendance à l'émancipation.

La caste est le phénomène social le plus considérable de l'Inde. Fréquemment attaquée à cause de ses règles, souvent ridicules, et de ses conséquences, parfois si gênantes, elle demeure inébranlée. Ses adversaires s'évanouissent les uns après les autres. Elle, apparaît indestructible. Elle domine la vie des Hindous. Quand on a énoncé ce fait et cette conséquence, on a dit l'essentiel. Pour pénétrer plus avant, il faut décrire l'institution, avec ses origines, ses formes actuelles et ses tendances.

Sir Herbert Risley, qui, même sans les hautes fonctions qu'il occupe dans l'Inde, ferait autorité, la définit : « Une collection de familles, ou de groupes de familles, qui portent un même nom, généralement tiré d'une profession déterminée, se prétendent issus d'un ancêtre commun, homme ou dieu, suivent une même carrière et sont considérés comme formant une même communauté homogène ». M. Gait. qui a pris aussi une large part au Census de 1901, ajoute à cette définition deux éléments nécessaires. L'un est l'intervention de l'opinion publique (ou plus exactement des personnes que l'on s'accorde à regarder comme compétentes), laquelle prononce si les prétendus membres de la caste sont bien tous autorisés à en faire partie, et encore si, tous pris ensemble, ils constituent bien une seule et homogène communauté. Le second serait le privilège et l'obligation de se marier à l'intérieur de la caste.

D'autres auteurs ajoutent encore ces caractéristiques : l'adoration

d'un même Dieu appartenant au Panthéon indien et la faculté, au moins dans les subdivisions, de manger ensemble sans redouter la souillure.

Ces doctrines présentent, on le voit, quelques divergences. Les théories sur la caste sont, à beaucoup d'égards, encore flottantes; le recensement de 1901 a, ce serait exagérer de dire bouleversé, mais troublé des notions qu'on croyait acquises. Ce qui s'en dégage désormais, c'est non pas la simplicité, mais la complexité de l'idée de caste.

Les auteurs les plus considérables ont chacun leur théorie sur son origine. Ils la voient dans la race de qui ses membres descendent; ou dans la domination de qui ils relèvent; ou dans la profession qu'ils exercent; ou dans un lieu d'où ils sont sortis; ou enfin dans une hérésie ou un schisme religieux : un moraliste, un thaumaturge fonde une nouvelle secte; cette secte tendra à devenir une caste, et chaque variation de la doctrine primitive, une sous-caste. Présentement, sur une douzaine de théories, il en est trois principales qui divisent l'opinion.

D'après M. Nesfield, le lien commun de la caste, c'est la similitude d'occupation, de métier. Et, effectivement, un très grand nombre de castes actuelles tirent leur nom de la profession que leurs membres exercent ordinairement : la caste des Brahmanes fournit des prêtres; celle des Ahirs fournit des bergers; celle des Chamars, des corroyeurs; et ainsi de suite, pour les chasseurs, vidangeurs, gardiens de village, laitiers, etc. Mais ce n'est là qu'une tradition, qu'une prétention que les faits n'appuient pas. On rencontre des Brahmanes non seulement parmi les prêtres, mais dans toutes les professions, pourvu qu'elles ne soient de celles qui souillent. Dans le Bihar, par exemple, 80 p. 100 des Ahirs sont non pas des bergers, des agriculteurs; 8 p. 100 seulement des Brahmanes sont prêtres, et 8 p. 100 seulement des Chamars sont corroyeurs. D'autre part, une même profession confond des castes entièrement différentes. Au Pendjab, les agriculteurs comprennent des Jats, paysans grossiers, et des Radjpoutes, aristocrates, qui prétendent descendre du soleil.

Si la caste tirait son origine d'un métier commun, elle n'existerait pas que dans l'Inde. On l'eût rencontrée ailleurs, par exemple dans l'Empire Romain à la suite du code de Théodose, qui déterminait et fixait pour l'avenir l'état de toutes les classes de fonctionnaires. Chaque catégorie était liée à son occupation et ses membres ne pouvaient se marier qu'entre eux. Si c'est le métier qui engendre

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la caste, il y avait là, dit Risley, les principaux éléments du système qui plus tard a fleuri dans l'Inde. Mais dès que l'Empire se disloqua, l'organisation artificielle de Théodose s'écroula avec lui. On l'eût encore rencontrée partout oii la similitude d'occupations est un signe distinctif : aux îles Fidji, aux îles Tonga, dans l'ancien Pérou, où, à l'intérieur d'une même profession, le fils devait succéder au père; dans l'ancienne France, où la corporation fut un temps si stricte. Si, en ces pays, ces sortes d'organisations n'engendrèrent pas cette conséquence : la caste, c'est que la caste a une autre origine, une autre raison d'être.

D'après notre éminent compatriote, M. Sénart, la caste serait un \ phénomène d'origine aryenne. Elle ressemble fort à d'autres institu- ' tions, qu'on rencontre chez les Grecs et les Romains et qui pouvaient aboutir à la caste. Ces institutions n'y ont abouti que dans l'Inde, parce que les circonstances politiques ont tenu l'Inde séparée du reste du monde et en ont écarté les éléments extérieurs qui, chez les autres Aryens, ont contrarié ces tendances. Mais ce résultat partiel n'est pas un argument contre la généralité de la thèse : la caste ne pouvait se développer que chez des Aryens. A quoi on répond que l'Inde n'est pas, tant s'en faut, toute d'origine aryenne. L' Ethnograjjhical Survey en a fourni des preuves décisives. L'Inde renferme 7 types distincts : les Dravidiens, qui sont des aborigènes; les Indo-Aryens; les Mongoloïdes; les Turko-Iraniens, I qui sont des étrangers immigrés; enfin les croisements de Dravi- | diens avec des Aryens, des Mongols et des Scythes. Les seules ' traces d'Aryens purs se trouvent au Pendjab, au Cachmir et dans certaines parties du Radjpoutana. Au Bengale, on ne trouve pas de traces d'origine aryenne : la population est petite, de peau foncée, avec les caractéristiques faciales des Mongoloïdes. Le sud de l'Inde est peuplé en majorité de Dravidiens, aborigènes, fort dilTérents des Aryens. Et cependant nulle part, plus que dans le sud et au Bengale, la caste n'a de racines profondes et anciennes. Il y a donc ) dans cette théorie de Sénart une large part de vérité; mais elle ne répond pas à tout. Il faut chercher une autre origine, ou du moins une autre explication.

Il n'est pas douteux que l'origine de la caste ne soit aryenne; la ^ caste est née de la volonté d'assurer la pureté de la race. C'est pour '' cela qu'au début on l'appelait varna (qui signifie couleur). On prétendait, par cette institution, empêcher les Aryens de race blanche de se mêler aux aborigènes noirs. Aujourd'hui on l'appelle 7a// (naissance); ce qui implique qu'on n'a pas réussi à garder la pureté de la

couleur aryenne, et qu'on a dû chercher un nouveau critérium : la naissance qui fait la caste. Cette affirmation exige quelques développements. Il faut remonter haut dans l'histoire de l'Inde.

Le système des castes n'existait pas, quand les envahisseurs

i aryens de l'Inde écrivirent les Védas : dans les Védas, en effet, on n'en voit pas trace. Mais il était pleinement développé à l'époque • des lois de Manou : c'est donc entre ces deux dates qu'il s'est formé. ' Or, durant cette période, qui va probablement du vu* siècle avant au i" ou if après J.-C, une lutte terrible surgit et dura entre Brahmanes ou prêtres et Kchatriyas ou guerriers nobles (divisions qui existent et ont existé partout). Dans cette lutte, les Brahmanes furent vainqueurs. Et de ce jour s'établit leur domination. Cette théocratie, rien depuis lors n'a pu l'ébranler; la vache est sainte et le Brahmane est divin ; tous deux il faut les honorer et les nourrir tous deux : c'est la foi de tout Hindou.

Mais la règle impérieuse de toute théocratie est de limiter l'enseignement aux seuls descendants des classes religieuses, et de s'opposer au progrès des autres classes, et de les tenir dans l'ignorance. Cette politique produit les conséquences que voici : le savoir ne progresse pas; la religion s'ankylose; elle n'évolue pas; elle perd de sa foi raisonnée, pour se réfugier dans l'observation mécanique des rites prescrits. Elle ne travaille pas; elle ne veut pas le progrès, elle le redoute. Elle amène le pays à en ignorer même le besoin.

Ces conséquences de la théocratie, ce n'est pas un incroyant, c'est

un ferme chrétien, c'est Guizot qui les a formulées. Or, tout ce

qu'il a décrit, on le trouve dans l'Inde. L'Hindouisme se réduit à

\ % deux termes : le Brahmane et la vache. L'Hindou moyen ignore le

progrès et a même horreur qu'on le lui montre.

Ceci établi, poursuivons et arrivons à l'origine de la caste.

Leur situation si considérable, les Brahmanes eurent le désir de la transmettre à leurs enfants. C'est de là qu'est sortie l'interdiction de se marier autrement qu'entre Brahmanes. Toutefois ce n'est pas encore là un phénomène purement indien. Il a été connu de l'Europe j catholique jusqu'au jour, au xi" siècle, où le pape Grégoire VII interdit le mariage des prêtres; jusqu'alors toutes les charges et bénéfices des prêtres avaient été réservés à leurs enfants.

Une fois que cette défense de se marier hors de la corporation eût été édictée par les Brahmanes, les autres métiers en voulurent faire autant. Les Brahmanes étant les plus forts, on devait fatalement chercher à les copier. En conséquence, du haut en bas de la société fut promulguée l'interdiction de transmettre le métier à

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d'autres qu'à ceux du métier, et de se marier hors du métier. Certains métiers dont l'aire est immense, comme l'agriculture, furent même amenés à restreindre la possibilité du mariage aux agriculteurs de la même région. De là, de nouvelles divisions. La population arriva à se sectionner par métiers et par territoires. Et ces sections nouvelles devinrent peu à peu de nouvelles castes.

Toute cette série d'hypothèses est raisonnable et admissible. Toutefois, elle ne rend pas compte de tout. Les Brahmanes, s'ils voulaient garder le bénéfice de leurs premiers avantages et le transmettre à leurs fils, n'avaient pas besoin de formuler ces règles exclusives sur le mariage. Quelles que fussent les femmes qu'ils eussent épousées, leurs fils auraient eu le même privilège.

Alors intervient une autre considération qui dut s'imposer à eux. Entre tous, le sang aryen était noble. A se marier avec des femmes d'autres races (dravidiennes, kolariennes, etc.), on eût bientôt réduit à rien la valeur de l'origine aryenne. On décida donc de choisir pour épouses, autant que possible, des femmes de sang aryen; et cette utilité d'un choix aryen, on en fit plus tard une nécessité, par l'interdiction formelle de se marier avec d'autres femmes. Mais cette interdiction se heurta aux circonstances locales, qui ne permirent pas qu'on obtînt partout un résultat uniforme. Imposer le mariage avec les seules filles de sang aryen, c'était possible dans le nord de l'Inde, où les Aryens s'étaient fixés en grand nombre. Mais ceux qui avaient poussé plus loin vers le sud étaient rarement accompagnés de femmes. Arrivés et fixés parmi les Dravidiens, ils avaient fatalement épousé leurs filles. C'était dt-former ce type aryen dont ils étaient si fiers. Mais d'abord il faut vivre; ensuite on édifiera des constitutions. Dès que, par ces croisements, ils eurent accru leur nombre, et possédèrent un contingent féminin assez fort, ils décidèrent, à l'imitation de leurs pères du nord, d'interdire ces unions mixtes auxquelles ils avaient dû se résoudre, et à leur tour formulèrent un code strict du mariage.

Cette théorie, due à Sir H. Risley, semble satisfaisante. Partout le conquérant se voit presque contraint d'épouser d'abord les femmes du pays. Mais, dès que le temps et les circonstances le lui permettent, il refuse ses filles aux fils des conquis. Il les réserve à ceux de sa propre race. De là, dans cette population, qui était prête à s'amalgamer, une fraction qui fait scission, avec un privilège d' « endogamie » et d' « hypergamie ». Si conquérants et conquis sont égaux on race, le privilège s'éteint vite et l'union se reforme. S'ils diffèrent en race et en couleur et si, d'ailleurs, le conquérant

trouve où s'alimenter, alors deux races se juxtaposent : l'une pure, l'autre métissée, qui bientôt se séparent en tout et notamment en fait de mariages. C'est ce qu'on a vu aux Etats-Unis, au Canada, au Mexique, chez les Eurasiens de l'Inde. Ce jtis connubii peut conduire tout droit aux castes.

C'est question de fait et de théorie. Des populations qui diffèrent par la langue qu'elles parlent, par le district qu'elles habitent, les coutumes qu'elles observent, les métiers qu'elles pratiquent, arrivent facilement à cette conception qu'elles sont étrangères les uns aux autres — voilà le fait — et qu'elles doivent — voici la théorie — le rester. Pareille conception a pu et dû prévaloir et sortir ses dernières conséquences parmi des peuples tels que les Indiens contemplatifs, inclinés aux subtiles divisions et distinctions, pleins d'un respect exagéré pour la tradition et éminemment aptes à accepter et à faire siennes les pratiques communiquées par d'autres peuples. Chez une pareille population, il se produisit facilement que ce qui n'avait été d'abord que nécessité de défendre la pureté du sang fut érigé en un système religieux, social et politique : la caste'.

Aujourd'hui, pour l'Hindou, qui ne sait pas l'histoire, la caste est d'origine supra-terrestre. Qui veut être Hindou doit avoir une caste. Qui n'a pas de caste n'est pas respectable. Chacun a sa caste; il n'y a pas de gens sans castes; il n'est pas, à vrai dire, d'out-castes, car les out-castes ne tardent pas à se constituer une caste, pour un temps peut-être la plus basse de toutes, mais de laquelle il n'est pas interdit de s'évader. Et j'expliquerai plus loin comment, dans le but de conquérir la respectabilité, on s'y prend pour pénétrer dans une caste supérieure.

Voilà une hypothèse raisonnable, et qui semble avoir pour elle l'histoire et la psychologie. On y fait toutefois une objection. Si la caste est d'origine aryenne, comment expliquer que des Aryens incontestés, comme ceux du Pendjab, y attachent moins de prix, et que des Bengalis, si peu aryens, y en attachent tant? L'objection n'est pas embarrassante. La pureté du sang a le plus de valeur là

1. Le Bhagavad-Gita, qui est une interpolation dans le Mahâbhârata, les uns disent du II', les autres du vi° siècle de notre ère, exalte les devoirs de caste au-dessus de tous autres, même d'amitié, même de parenté. Il a dû être composé à une époque où rHindouisme, pénétrant chez les races inférieures, a mis en danger la race supérieure. Il a paru alors urgent, nécessaire de garder pur le sang des hautes classes de la population, en le protégeant contre le mariage avec les basses classes. Et encore aujourd'hui, c'est le credo des Hindous. On s'étonne qu'un Hindou instruit et intelligent s'attache si fortement à la caste et au jus connubii. C'est (ju'en face de l'Européen qui, à une certaine époque, aurait pu se risquer, mais maintenant se refuse aux unions mixtes, il défend, lui, la pureté de son sang contre les castes basses.

OÙ il est le plus impur. Le Pendjab, tout proche des lieux d'émigration, et qui fut dès lors le début d'une société totalement aryenne, formée de familles entières de sang pur, n'avait pas à protéger l'intégrité de la race. Le Bengale et le sud, où les émigrants aryens, rares et privés de femmes, avaient dû d'abord épouser des filles du pays, et consentir à former une race aryo-dravidienne, s'appliquèrent, dès et autant que ce fut possible, à rechercher du sang aryen et à transmettre à leurs descendants le peu de sang pur qu'ils tenaient de leurs pères.

L'institution de la caste dans l'Lide ne doit pas être fort ancienne; elle ne doit pas remonter à plus de deux cents ans avant le Christ. La littérature védique ne la mentionne pas : c'est donc qu'elle n'existait pas à l'époque de la plus ancienne littérature hindoue. Sans doute les cinq ou six siècles qui précédèrent le Christ connurent des distinctions sociales. Elles étaient fondées uniquement sur la différence de couleur. Car les Aryens, de qui on s'enorgueillissait de descendre, s'ils étaient blancs, étaient tous paysans. Mais de ces paysans, souche commune, s'étaient peu à peu dégagées, par habileté ou par force, des classes qui prétendaient entre elles à une hiérarchie : au premier rang les nobles ou Kchatriyas ; puis les prêtres ou Brahmanes; puis les paysans de fait, ou Vaisyas. Ces trois premières catégories étaient certainement de race blanche. Une quatrième, les artisans, les Soudras n'auraient pas été des Aryens. Entre ces classes, de couleur différente, il dut exister des règles limitant la possibilité de manger ensemble et de se marier. De pareilles règles se rencontraient alors par tout le monde. Mais ces règles n'interdisaient pas absolument les relations, et le mariage même était fréquent. L'idée de caste et des liens et servitudes qu'elle impose était alors inconnue dans l'Inde et eût répugné. Le mot « caste » n'existait pas.

La chose, sinon le mot, vint peut-être de Perse. Elle aurait été une adaptation à l'Inde d'une prétendue division de la société en prêtres, guerriers, cultivateurs et artisans, qu'on rencontre dans la littérature sacerdotale de la Perso ancienne. Et elle fut introduite non par les premiers émigrants aryens — car, si c'eût été par eux, on en trouverait trace dans les Védas, — mais bien plus tard, quand spontanément déjà des sortes do castes avaient surgi dans l'Inde, et s'y étaient organisées, par les Brahmanes qui, instruits de la légende iranienne et charmés de la suprématie qu'elle assurait aux prêtres, c'est-à-diro à eux-mêmes, s'en servirent et l'exploitèrent.

D'après les textes les plus anciens, d'après Manou, il y aurait donc

eu ces quatre premières castes. Aujourd'hui cette division n'a plus qu'un intérêt historique \ Des masses de castes nouvelles ont surgi, elles-mêmes subdivisées. Mais les Brahmanes aiment à perpétuer le souvenir de cette division primitive qui flatte leur vanité. La vérité est qu'ils étaient alors et demeurèrent tout-puissants.

Il n'a pas — on pouvait le prévoir — été facile aux fonctionnaires du Recensement de savoir combien de castes ont aujourd'hui remplacé les quatre castes primitives. Chaque recensement a apporté des chiffres grossissants. Les Hindous jadis admettaient qu'il y en avait 101. Le Census de 1871 en a compté plus de 400; celui de 1881, 864; celui de 1901, 2 378 principales (castes et tribus), réparties entre 43 races et nationalités. Et ces chiffres sont inexacts. Les castes avec leurs divisions et subdivisions défient probablement rénumération. H y a plus de 1800 subdivisions parmi les seuls Brahmanes-. Beaucoup d'Hindous ou ignorent ou refusent de déclarer le nom de leur tribu ou de leur caste; ils fournissent des indications volontairement erronées ou incomplètes, ou désignent soit une caste inconnue, soit seulement une fraction de caste : sous-caste, secte, sept, groupe, etc. '.

Les castes varient infiniment en importance. Quelques-unes comptent leurs membres par millions, quelques autres par milliers. Les plus nombreux sont les Brahmanes : 14 800 000, les Chamars (qui travaillent le cuir), avec 11000 000. Puis viennent les Radjpoutes et les Ahirs, chacune avec 10 millions. A elles quatre, elles représentent 16 p. 100 de la population de l'Inde. Dans 40 à 50 autres, le nombre des membres dépasse 1 million. Plusieurs, comme les Brahmanes, s'étendent sur tout l'Empire, d'autres sur une province, quelquesunes sur une région ou seulement sur un district. Celles qui sont à ce point localisées sont des tribus qui viennent d'être — par des procédés que je dirai — élevées à la dignité de castes : les Dosadhs, par

1. Fait sans importance sociale, mais tout de même curieux : les quatre castes originales : Brahmanes, Kchatriyas, Vaisyas, Soudras, réapparaissent comme les quatre seules castes reconnues au Pénal Seulement de Port Blair (Iles Andaman), en ce qui concerne l'intermariage des convicts.

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