‹ L' Inde britanniqueChapitre 27 sur 95 · District de Gondo · texte numérisé non relu

District de Gondo

institution : la caste. A première vue, cela semble tout à fait contraire aux doctrines islamiques, et à l'égalité de tous les croyants devant Dieu et son prophète. Cela contredit aussi cette prétention à une rapide ascension sociale, qui est une des caractéristiques de la société musulmane. « L'an dernier, dit un proverbe musulman, j'étais tisseur; cette année, me voici Cheikh; l'an prochain, s'il plaît à Dieu, je serai Saiyad. » Toutefois on ne peut nier que certaines pratiques des hautes castes ne s'infiltrent parmi les Musulmans : les classes supérieures, celles d'une origine prétendue étrangère : arabes, persanes, afghanes, consentent bien à épouser les filles de celles du second rang, mais, à moins d'une grande misère, ne leur donnent jamais les leurs.

Parmi toutes les institutions de la société hindoue, il n'en est pas une seule dont la portée et les conséquences puissent se comparer à la caste. Pour l'Hindou ordinaire, la caste est la vraie patrie. Jamais il n'a pensé que son pays puisse devenir une unité, une nation : il n'a que la caste. C'est son bien, et c'est son orgueil. De sa caste, il est plus orgueilleux que de sa famille, que de la gloire de sa famille*.

Jusqu'ici, c'est la caste qui a été le réel obstacle aux rapports entre Anglais et Hindous. Quelle société peut-il se former entre deux groupes dont l'un jalousement cache ses femmes et ses filles, et refuse de s'asseoir à une table commune?

Mais ce n'est pas là le seul aspect de la caste. Elle est le plus ferme rempart de l'Hindouisme. C'est elle qui s'oppose au progrès de ce que nous appelons la civilisation et qui n'est, pour l'Hindou, que la ruine de ses idées et le renversement de ses institutions. C'est ce qui arrête les progrès de cet intéressant parti de la Réforme sociale. J'ai rencontré dans mes voyages un magistrat de première classe, qui m'a conté son aventure. H était Brahmame, quand il fut amené à entrer dans le Bramo Saynaj (association réformatrice-). Dès que sa caste en fut informée, elle le chassa. Ses parents consentirent à le voir, mais en secret. Le Bazar — c'est ainsi qu'on désigne le monde des affaires — continua à le saluer, parce qu'il était magistrat. Mais désormais plus d'amis, plus de réunions, plus de dîners. n avait soixante ans; il montrait une humeur sombre et aucune inclination à plier. Mais son exemple avait été une leçon pour la génération suivante. Je dois faire observer que ceci se passait dans^ une ville de pèlerinages, habitée par des fanatiques.

Dans une autre région, au nord du Pendjab, un Hindou de haute

1. Voir Gustave Le Bon, Les civilisations de l'Inde (Paris, 1887, in-4°).

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