Voir la note sur Lc$ Tribus criminelles, p
Gonda), les Haburahs (district de Moradabad), les Sanaunahs (Jhansi et Lalitpour); les Doms, un peu partout; dans le Pendjab, où elles sont assez nombreuses pour avoir nécessité une législation spéciale; les Hurs dans le Sind, etc.
Leur caractéristique est une sorte de vocation héréditaire et en quelque sorte irrésistible. Aussi l'Administration, qui les connaît bien, s'efforce de rompre leurs attaches. Elle les surveille au moyen de ses admirables trackers, et cherche, en leur donnant de la terre ailleurs, à les attirer et à les fixer hors de leur territoire accoutumé. Quand elle prend quelques-uns de leurs membres, elle les condamne au maximum et, si elle peut, ne les relâche jamais. Car elle sait qu'à peine libérés ils retourneront à leur crime d'habitude. ,
Parfois elle a essayé (se souvenant de notre Vidocq) d'utiliser leurs éminentes facultés au profit de la société. Dans les Provinces Centrales, elle a souvent conféré à leurs membres les fonctions héréditaires de Kotwar (sorte de veilleur, gardien. 7)0/? ceman, etc.). Et il semble que cela réussisse.
Mais l'opinion publique ne la seconde pas. Elle semble même — comme nous l'avons déjà vu à propos des parias — lui faire grief de ces tentatives. L'élite de la société hindoue y demeure au moins indifférente. Cela seul la condamne à échouer. L'expérience de l'Europe nous a appris qu'en ces matières, le peu de bien qu'on peut faire est ordinairement l'œuvre des particuliers. Ce sont eux qui réveillent les Gouvernements, les incitent, leur tracent la voie, leur prêtent assistance et quelquefois même prennent en main une tâche délicate, qui ne peut réussir que par des qualités trop souvent étrangères aux administrations : la foi et la persévérance.
NOTES
Note de la page 99 : Les Tribus criminelles.
Dans le Sind, la religion ou mieux le fanatisme exerce son action sur la formation de ces bandes. Chaque Musulman y est le inurid ou partisan d'un pir (zélaieur religieux, fanatique, etc.). Le groupe des partisans d'un pir s'appelle le Salim Jamait ou le « corps raisonnable des partisans ». On y comptait, il y a quelques années, au moins 12 de ces pirs. Un d'entre eux, le Pir de Kingri, le plus considérable de tous, n'avait pas moins de 200 000 partisans. Son groupe fut, par quelques-uns, jugé trop nombreux, et ils se séparèrent. Les séparatistes étaient les llours ou Lours. Ils prirent le nom de Farakwalas ou ■< ceux qui se séparent du gros ». Cela date de loin.
Séparés des autres, ils restèrent entre eux extrêmement unis; leur chef devint un Dieu; eux, des fakirs. Leur entente est étroite et complète, comme leur obéissance est absolue. Tout leur est commun, même les femmes. Ils ont établi leur centre dans les jungl(■^ de Makbi Dband. Répartis sur une douzaine de lahikas, ils sont au nombre de 5 à (1000.
Les crimes qu'ils ont commis sont innombrables. Opérant par bandes de 30 ou 40 hommes armés, ils volent, pillent, assassinent. Poursuivis, ils échappent toujours, grâce
LA SOCIÉTÉ INDIGÈNE iOl
à la complicité des autres Hours. Leurs chefs spirituels n'ont, à cet égard, aucune influence. L'opinion publique (de la tribu) les soutient. Ces outlaws sont honorés. Les plus jolies femmes se les disputent. Elles composent des chansons en leur honneur. Ceux qui meurent, elles en font des héros.
Tout chef de village ou de district qui les poursuit, tout tracker qui les suit et les dénonce, est par eux condamné à mort; et l'arrêt reçoit l'exécution la plus prompte et la plus audacieuse. Aussi personne n'ose plus rien. Les pisteurs déclarent toujours avoir perdu leur piste. Si l'un d'eux est pris, les autres prodiguent l'argent (10000 roupies en une circonstance) pour lui procurer le meilleur défenseur.
Et la justice, pratiquement, ne peut rien contre eux. Les tribunaux anglo-indiens sont très exigeants en matière de preuves. Ils veulent des témoins oculaires. Or, nul témoin n'ose parler. Un de ces Hours, Daryakhan, qui menait depuis vingt-cinq ans une vie de crimes, ne put être arrêté et condamné que parce qu'il avait osé tuer un homme en plein jour et au milieu d'une foule. Encore, les témoignages furent-ils si peu fermes qu'on ne put le condamner qu'à la transportation à vie. En 1895, la bande d'un nommé Bachu avait tiré en pleine foire, à Bahrambari, sur la police et lui avait tué 4 hommes; l'affaire se termina par un acquittement.
La police et l'armée se sont montrées également impuissantes contre eux. En 1896, il y avait dans la région : .3 compagnies d'un des meilleurs régiments indigènes, 1 escadron de cavalerie, au total 400 hommes du service actif, qui les surveillèrent et, à vrai dire, les bloquèrent durant des mois sans résultat.
De cet état de choses, les agents de l'exécutif et les magistrats ont fini par s'inquiéter. Ils ont proposé des mesures énergiques : proclamation dans ces districts de la Législation spéciale du Pendjab sur les tribus criminelles; déportation en masse de quelque 130 ou 200 familles de Hours, qu'on hxerait dans les Provinces-Unies ou dans le Goudjerat; déplacement du reste de la bande qu'on forcerait à s'établir sur d'autres points du Sind, sous la surveillance de la police notablement renforcée. On leur donnerait des terres et certaines facilités pour les cultiver.
Je ne sais ce qu'il est advenu de ces propositions.