POLITIQUE DE PACIFICATION
Facilité de la conquête birmane, difficulté de la pacification; procédés employés pour pacifier les Étals et tribus; instructions données au Polilical Officer; danger d'occupei tout de suite tout le territoire; maintien des chefs, politique à leur égard; habitudes ol institutions traditionnelles auxquelles se heurta la politique de pacification : feads (vendettas) et esclavage; politique dans les États chans; quelques fortifications; police civile et police militaire dans les États et tribus; pouvoirs et rôle du Deputy Comrnissioner; responsabilité collective: les blocus; politique de travaux publics et d'hygiène.
Toute la politique coloniale contemporaine repose sur la politique de pacification. Comme on a commencé à pacifier, on continue à administrer. Les méthodes de pacification commandent les méthodes d'administration. Les deux périodes se lient et se mêlent. Les Anglais excellent dans l'art de pacifier. Ce n'est pas qu'ils y apportent plus de sympathie pour les peuples; mais ils ont, depuis longtemps, l'expérience de ces périodes délicates. Leurs fautes do jadis les ont guéris des ambitions prématurées et des démarches imprudentes. Ils se connaissent en courage et crient très haut leur admiration pour les héros; mais ils récompensent la prudence et l'ingéniosité.
En Birmanie, la conquête avait été facile. Trois semaines avaient suffi pour détrôner le roi Tliibau. Mais trois années furent nécessaires pour réduire les dacoils. Sur les frontières, dans les régions montagneuses des Chins, des Kachins. des Chans, les populations étaient toutes sur le qui-vive : la moindre faute pouvait leur faire prendre les armes. On n'éviterait une guerre qu'à force de tact.
Là où l'on soupçonnait l'ennemi en force, il fallait ne se montrer qu'avec une force supérieure. Chez les Chins, par exemple, il y avait telle tribu, les Tahsons. qu'on supposait capables de mettre en mou- A^ement. avec leurs alliés. 10 000 hommes : on se présenta chez eux avec une colonne, considérable {)oui- le pa3's, de 800 hommes et 4 canons. Nul n'osa bouger. Ailleurs, dans la région des Kaiihaws (1891-92) voici les instructions qui furent données : prudentes, détaillées, formelles et larges. Une colonne accompagnera partout le
Political OfficerK Elle devra être assez forte pour empêcher toute / opposition ou briser toute résistance. Appuyé sur une telle force ^ sans y recourir jamais, le Political Officer devra parcourir le pays, rassembler autant d'informations qu'il pourra, pénétrer dans les villages et expliquer aux chefs et à leurs hommes les instructions du Gouvernement britannique. Il devra les lier à nous par le paiement d'un tribut, les gouverner par l'intermédiaire de tel d'entre leurs chefs qu'auront accepté les notables et la population; confier à chaque chef ainsi choisi un territoire soigneusement délimité, en tenant compte des droits traditionnels, et enfin lui délivrer un sanad, ou titre d'investiture, qui énonce pour l'avenir la nature de ses
I relations avec le Gouvernement local de Birmanie, c'est-à-dire ses droits et ses devoirs. Ce sanad contiendra notamment : l" une délimitation du territoire du chef et de son peuple; 2* la fixation pour les cinq années suivantes du tribut à payer, sur le pied de \ roupie par
I fo3^er ; 3° l'interdiction au chef de se livrer à des raids sur le territoire voisin; 4° l'engagement de sa part d'extrader les meurtriers, dacoits, rebelles, etc. ; 5" une déclaration de soumission aux autorités britan-
I niques. Quand, malgré toutes ces précautions prises, la tribu — ce qui était rare — résistait, force alors était de sévir : arrêter les chefs,
I confisquer les fusils et autres armes, saisir le bétail, parfois même brûler les maisons.
Dans les Kachin Hills, près de la frontière de Chine, non loin du Fort Sadon, qu'habitent des tribus qui, pour la première fois, allaient se rencontrer avec des Européens, les instructions données étaient plus fermes et plus prudentes encore. Il était enjoint au Political Officer de ne pas chercher à occuper tout le territoire sur lequel, a titre de successeurs des rois birmans, les Anglais pourraient prétiiidre des droits. Il aurait i'i faire un choix et à se déterminer, dans ' f choix, par le plus ou moins de tranquillité de chaque région. Il tracerait alors une ligne frontière entre les districts occupés et les districts réservés. Dans les districts occupés, on ferait de l'administration ; sur les districts réservés, on se contenterait d'établir une surveillance. Tous les habitants qui viendraient se fixer en deçà de
t. On sait ce qu'est ce fonctionnaire. Il appartient au Political Service. Il a Ihahilnde des populations indigènes et de leurs chefs. Il a été choisi à dessein parmi les fonctionnaires qui connaissent la répion que l'on se |)ropose de conquérir et d'occuper. Dès le début des hostilités, on le place prés du général qui comman-)e l'expédition. C'est lui qui représente le pouvoir civil, qui se tient en rapport avec le fJouvernement de l'Inde, qui conseille les négociateurs et qui, les opérations de guerre proprement dites achevées, prend en main, le moment venu, la pacilk.itinn et l'adiiiinislralion du pays. L'Inde en a à son service de nomhreux et de distingués. Tout le monde civilisé a lu, durant l'expédition du Tibet, le nom du colonel Younghusband.
la ligne frontière, on leur garantirait la paix et la jouissance de leurs | biens; en revanche, ils devraient se soumettre aux lois d'impôt et de | police, et notamment livrer leurs armes, pa3^er des licences pour le ' nombre de fusils qu'on laisserait à chaque village, et surtout renoncer aux /et<c?s (vendettas) traditionnelles, et attendre justice de l'intervention du Gouvernement.
Ces haines de famille à famille ou plus souvent de tribus ù tribus sont le fléau de ces régions. Vengeances poursuivies d'âge en âge, dettes impayées et comptes à régler, les lancent périodiquement les unes contre les autres. Il était enjoint aux fonctionnaires de s'assurer, par de soigneuses enquêtes, s'il existait des causes de haine ou de dettes; de procéder à l'examen des comptes respectifs (car tout peut s'arranger avec de l'argent); de fixer les sommes à payer de part et d'autre et de surveiller l'exécution régulière et intégrale des engagements ainsi acceptés. Après quoi, tout raid, même pour cause de vengeance, serait sévèrement puni.
Chez les Kachins, on se heurta à la grosse difficulté de l'esclavage. On se garda bien de prendre quelque décision tranchante. Les instructions de 1892-93 sont du ton le plus mesuré. Les fonctionnaires reçurent l'ordre d'insister, en tant que cela serait possible et politique, pour que les esclaves pris dans les 7mids antérieurs fussent restitués ; mais ils ne devaient pas se mêler d'intervenir en faveur d'esclaves qui s'étaient volontairement mis en esclavage pour acquitter une dette ou qui, esclaves héréditaires, étaient bien traités par leurs maîtres. Enfin, ils déclareraient aux Kachins que le Gouvernement anglais désapprouve l'esclavage et que la loi anglaise le condamne, que le Gouvernement ne donnera donc à ce régime ni appui ni encouragement; qu'il punira les mauvais traitements, et que si un esclave s'enfuit, il n'aidera pas le propriétaire à le rejoindre.
A l'égard des Etats chans, la conduite politique fut du même genre. Je n'ai rien à ajouter à ce que je viens de jdire pour ce qui est des Etats chans du sud et du nord. Quant à ceux qui étaient soit englobés dans les territoires de la Haute-}3irmanie, soit serrés entre la [Birmanie et l'Assam, on prit les mesures variées que commandait la condition de chacun d'eux. On laissa provisoirement de côté celui de Kamti-Long, qui depuis longtemps s'était soustrait à l'influence birmane. Celui de Mong-Mit fut placé sous le contrôle d'un agent politique. Quant ù celui de Wuntho. après une période de soumission apparente, la Saivbica s'enfuit à l'approche des Anglais; son fils, agréé par eux, l'alla bientôt rejoindre dans la brousse et fut
déposé. L'Etat fut alors annexé; une partie de la population fit sa soumission; et aussitôt le Gouvernement anglais inauj^mra son habituelle méthode de pacitication, ouvrit des routes, installa des postes et télégraphes, jalonna un chemin de fer. En 1894, l'insurrection était domptée. Le dernier dacoit fut pris en 1896.
Toutefois la pacification d'un pays n'est pas encore l'apaisement des esprits. L'apaisement est l'œuvre du temps. Les Anglais, experts en politique indigène, ne s'y trompent pas. Une colonne qui traverse un Etat, des fonctionnaires qui circulent parmi les villages, ce n'est pas cela qui déterminera une soumission durable. Il y faut joindre — au moins provisoirement — une force militaire à demeure. Aussi, soit sur la frontière de Chine, soit au cœur des Etats chans, ont-ils élevé des forts capables de résistance (Chine : Sima ou fortMorton, Sadon ou fort Harrison; Etats chans : fort Stedman), dont les communications avec le reste du pays sont assurées par des routes, des sentiers, l'emploi de l'héliographe, et bientôt, sur divers points (États chans du sud et du nord) les chemins do fer; enfin, à l'intérieur de CCS groupes d'Etats, une double police : police civile et police militaire.
La police civile est, en Birmanie comme dans l'Lide, organisée de la façon la plus intéressante (non pas parfaite). Je la décrirai plus tard, avec quelque détail quand j'étudierai, dans un autre volume, les méthodes administratives. Je me bornerai à dire ici qu'elle ne pénètre pas parmi les tribus des montagnes. Le montagnard n'aime pas les Birmans qui la composent. Il ne l'y tolère pas.
La polic(! militaire a été très perfectionnée en Birmanie. Elle y a rendu des services, surtout durant la période de pacification, beaucoup plus que les troupes régulières. Elle-même est une armée. C'est elle qui fournit les garnisons des forts, les escortes des fonelionnaires, etc. Ses officiers sont tirés des régiments réguliers de l'Inde. Ils s'engagent dans la police militaire pour une période de deux à cinq années, quelquefois renouvelables, et retournent ensuite à leur corps. Les bommes sont pour la phipart recrutés sur place dans le pays. Toutefois on n'y admet pas les Birmans; on les remplace par des hommes tirés des races belliqueuses de l'Inde, auxquels on adjoint des Chans ou des Karens. On s'efforce d'y introduire quelque hommes de chaque Etat. Ce service, au début très impojuilaire, est aujourd'hui recherché. Dans les États chans du nord, la l)olico civile a îi stations centrales; la police militaire (m a 4. (Test environ une force de 600 hommes. Il faut peut-être doubler ce nombre pour avoir leffi'ctif total dans l'ensemble des Etats et tribus.
Sur un territoire de 260 000 kilomètres carrés, c'est peu. Mais l'administration y supplée par sa vigilance et ses règlements. Chez les Kacliins, par exemple, le Deputij Commissioner a de grands pouvoirs. Un homme est-il suspecté de vouloir troubler la paix publique? Le Deputij Conmiisioner peut lui demander de fournir caution de sa bonne conduite pendant trois ans et, au besoin, l'expulser. Il peut aussi rendre le village collectivement responsable du désordre ou des crimes commis. Un buffle ou un cheval disparaît, des villageois se rendent à une fête en armes, deux villages se font la guerre, surtout après une tentative de conciliation : dans tous ces cas, le Deputy Co^nmissioner peut rendre le village collectivement responsable. Même la tribu : son attitude hostile au Gouvernement, sa complicité établie avec des dacoits, des attaques contre une caravane de marchands, peuvent entraîner pour elle la privation de ses armes' et des amendes, dont partie peut être versée aux victimes comme compensation, ce qui éteint toute action judiciaire. Enfin, un dernier argument, auquel on a recours, surtout quand une région tout entière est incriminée, est le blocus. C'est un procédé assez familier au Gouvernement de l'Inde : ici, on l'a employé, en 1903, contre les Piya Chins, dans les montagnes d'Arakan.
Au surplus, pour pacifier les esprits, on ne comptait pas seulement sur la force ou sur l'administration. On attendait davantage — paradoxale confiance — des méthodes pacifiques. J'ai déjà indiqué qu'on demandait des services économiques d'abord . politiques ensuite, aux travaux publics; je dois y ajouter rh3^giène. Ces populations sont désolées par nombre de maladies; la fièvre, la S3'^philis. la lèpre, la petite vérole, le goitre et toutes sortes d'affections de la peau. Jusqu'ici, elles ne connaissent pas les médecins et se livrent aux pires empiriques. Les Anglais ouvrirent des dispensaires et
1. La première mesure a été de désarmer les tribus. Cela s'est fait progressivement; d'abord les liommes ont reculé le plus possible la livraison réclamée; puis, forcés de céder, ils ont livré des armes inutilisables; finalement, pressés chaque jour davantage, ils ont livré des armes d'excellente qualité, qu'ils avaient espéré pouvoir dissimuler et garder toujours.
Cette première mesure prise, après le désarmement général, vient celle qui autorise certaines personnes déterminées à avoir des armes et à s'en servir.
Dans les États chans, les Sawbwas doivent enregistrer toutes les armes autorisées. Ils y impriment le nom de l'État et un numéro. Kt, sur un registre, ils inscrivent le numéro, le nom du village et du propriétaire et la sorte du fusil. Si le propriétaire veut se défaire de son fusil, il doit en avertir l'un des fonctionnaires. Ce fut difficile d'abord de soumettre chefs et habitants à ces formalités; aujourd'hui, rusnge commence à s'en répandre.
De plus, on s'efforce de diminuer progressivement le nombre des licences (autorisation d'avoir une arme); on interdit de porter les armes au marché; enfin, on arrête à la frontière les caravanes armées; on saisit leurs armes, on leur en donne récépissé, et on les leur restitue à la sortie.
quelques hôpitaux, parmi lesquels un hôpital ambulant, qui traite chaque année 3 à 4 000 malades. Ils instituèrent des ai^euts vaccinateurs, qui vont vacciner à domicile ceux-là seulement qui y consentent. Enfin, ils imposent ou conseillent, suivant les cas, certaines pratiques d'hygiène, concernant l'emplacement des villages, le débroussaillement autour des postes, l'usage des latrines, etc.
Je n'ai pas besoin de dire qu'ils témoignent le plus grand respect à toutes les croyances. Chaque confession célèbre ses fêtes et chôme ses saints. A Lasliio.je me souviens que, durant mon séjour, les bureaux furent feimés les jours de pleine lune, pour que les clercs bouddhistes pussent aller au monastère voisin.
§ 4. — LES INSTRUMENTS DE CETTE POLITIQUE: CHEFS INDIGÈNES; FONCTIONNAIRES ANGLAIS.
Les chefs: on les conserve; réduction de leur nombre en certains endroits; hiérarchie des chefs dans les États chans; leur conduite, leurs dettes; comment on les tient, promotions et honneurs; traité fait avec chacun d'eux : le sanad, droits et devoirs; voyages des chefs en Birmanie et en Inde; éducation de leurs (ils, les écoles de fils de chefs; le hut, le programme ; succès. — Les fonctionnaires anglais ; trop peu nombreux, faute politique; origine de ces fonctionnaires, leurs obligations à leur entrée dans la carrière; leur solde, leur avenir; leurs devoirs : les langues du pays; procédé administratif : le tour; l'administration des districts de Bamo et de Myitkyina (Kachins).
Dans un pa3^s comme celui qui nous occupe, que la nature a fragmenté et qu'habitent tant de populations différentes et ennemies, un conquérant sans expérience eût trouvé facile et naturel de se débarrasser de tous ces principicules impuissants et de faire passer partout le niveau de l'administration britannique. Les Anglais s'en sont bien gardés. C'eût été faire l'union de tous contre un. Ils étaient trop heureux de rencontrer des Etats organisés, rudiment et base des organisations futures, et maintinrent en place les chefs et, parmi eux, la hiérarchie traditionnelle.
La seule innovation qu'ils se permirent fut, chez les Chins et les Kachins, la réduction du nombre des chefs. Ce ne sont pas là les chefs des Etats chans, qui ont chacun leur Etat de dimension respectable. Comme Chins et Kachins sont une démocratie, ils n'ont pas , chez eux de ces personnages qui dominent sur un vaste territoire, j Dans une même vallée, sur une même section de frontière, on compte les chefs par dizaines. Mais ils sont héréditairement investis d'intéressants privilèges, propriétaires de terres qu'on cultive pour eux, titulaires d'une part dans les animaux sacrifiés. Pour ces raisons, il eût été risqué de les supprimer et incommode de les conserver tous. On imagina de faire parmi eux une sélection : ici, chez les Ciiins, on créa un panchaijal. un Conseil supérieur des Anciens, auquel les autres chefs de la môme taille auraient à soumettre leurs différends; là, chez les Kachins, dont les chefs connaissent déjà une sorte de hiérarchie à deux degrés {dewwa, chef de village ;
taunghok, chef de tract), on composa, avec 6 de ces derniers, dûment appointés (30 et 40 roupies par mois), une sorte de tribunal, sans pouvoirs bien arrêtés, chargé de trancher les procès et d'arranger les querelles, sous le haut contrôle du fonctionnaire anglais.
Chez les Chans, on maintint l'antique hiérarchie des Saiobwas, Mi/ozas et Ngwegunhmus, se réservant, à l'occasion de services rendus, de les élever de classe. Eux aussi, sont des chefs héréditaires, par ordre de primogéniture, mais (quoiqu'ils soient bouddhistes ou animistes) selon la règle musulmane, le frère aîné du défunt étant préféré au fils. Peu actifs, voire paresseux, volontiers enclins à négliger les devoirs de leur charge, ils passent leur temps parmi leurs femmes. Ce sont de pauvres défenseurs de l'ordre. Ils jouent — ce qui est parfois leur seule ressource, — pressurent les populations et souvent sont de connivence, peut-être même de compte à demi, avec les criminels, qu'ils soustraient aux recherches de la police. Cela leur vaut des amendes, comme leur passion de jeu a été cause d'un gambling Ad, loi qui interdit le jeu*.
D'ailleurs — on s'en doute — des ressources diminuées ne signifient pas pour eux des dépenses réduites. Tous ont des dettes, qu'ils s'efforcent de dissimuler aux Anglais. Car la sanction immédiate est l'amputation de leur liste civile. Cela ne les arrête pas. Les créanciers pourtant savent que les dettes contractées sans l'autorisation du Gouvernement sont nulles et qu'ils n'en pourront toucher par grâce qu'une fraction dérisoire. Les prodigues trouvent toujours des prêteurs.
Cette contrainte, d'ailleurs, que la règle anglaise impose aux chefs,
1 sa contre-partie : des honneurs, des droits reconnus et, au besoin,
ippuyés, etc. De temps à autre, un Myoza est promu Sawlnva; un
Sawbwa se voit décerner le C. I. E. (le cordon de Compagnon dans
'ordre de l'Elmpire indien), ou l'honneur du salut de 9 coups de
anon, ou encore la faveur d'accroître le nombre d'hommes armés
de 2 à 10) qu'il peut entretenir, ou d'améliorer la qualité des armes:
111 lieu de couteaux (dahs) des lances, au lieu de lances, des fusils.
oinme tous les hommes, ils sont sensibles aux distinctions.
Après cela, viennent des avantages plus substantiels. Le Gouverl'îinent, à l'ordinaire, les soutient contre leurs rivaux, leur permet le désigner leur successeur, leur assure, de la part de leurs peuples,
I. Nos fonclioriiiftires du Laos ou du lac Tchad croiront-ils que, dans un de ces fats, celui de Myclal (Étals (-hans du sud) et aussi chez les Karens, celte loi, qui iii-rdit le jeu, n'ayant pas été promulguée, les autorités anf,Maises n'osèrent pas en
' Inmcr l'application cl (|up les chefs, sous leurs yeux, tolérèrent le jeu ou l'encoura- ■ rcnt? Voila ce ((ue j'appelle le respect de la léfralité.
l'indk britannioue. 15
les redevances et services traditionnels, les constitue, sous certaines réserves, que je dirai, juges au civil et au criminel, etc. Tout cela est contenu dans un sanad spécial. Celui de l'Etat de Kentung (que je prends entre plusieurs autres) renferme les stipulations suivantes :
Fixation du chiffre du tribut que l'Etat doit payer à la Province, sauf à celle-ci à lui en faire remise pour tant d'année«;
Interdiction d'entretenir aucun rapport avec les autres Etats, sans l'autorisation du Gouvernement;
Cession au Gouvernement de l'Inde du droit de propriété sur toutes les forêts et les mines de l'Etat;
Respect des coutumes et des droits traditionnels de la population;
Protection du commerce et entretien des voies de communication ;
Nomination d'un délégué du chef auprès du surintendant (agent des Anglais), si celui-ci le désire;
En cas de dispute avec d'autres Etats, acceptation de l'arbitrage du surintendant;
En cas de construction par le Gouvernement local de Birmanie d'un chemin de fer à travers l'Etat, obligation de céder les terrains nécessaires, gratuitement, s'ils sont à l'Etat, moyennant indemnité, H des particuliers;
Assujettissement de l'opium et des spiritueux importés de l'État en Birmanie à des droits égaux aux tarifs soit de douanes, soit (ï excise;
Extradition des criminels réfugiés dans l'Etat accordée et assistance prêtée aux fonctionnaires qui les poursuivent;
Limitation des droits de juridiction reconnus au chef de l'Etat, . quand sont en cause des Européens, Américains ou fonctionnaires du Gouvernement.
On ne prétend point que ces obligations réciproques soient toutes respectées. Le Gouvernement sait à qui il a affaire et quand il con- i. vient d'insister. Ce sont là des précautions prises, dont il tire parti c avec discernement. Au surplus, il s'efforce de faire, avec le temps, l'éducation de ses collaborateurs.
Les chefs titulaires, il les instruit, non par l'étude, mais par la vue i des choses. Il les fait voyager par groupes, les envoie au loin par ] voie ferrée, et a soin de ménager opportunément les arrêts et les i spectacles. Le voyage s'interrompt ùMandalay et à Myingyan, oîi des j troupes sont passées en revue. Il se poursuit jusqu'à Rangoun où ils, j voient la mer, un port, une marine, un commerce. On veut qu'ils se, ) rendent compte de la puissance britannique et de la petitesse de |
leur Etat, et qu'ils apprécient la civilisation matérielle de l'Europe*. Ou encore on les fait assister, conduits par un cicérone habile, à quelque prodigieuse cérémonie, comme leDurbar de Delhi, en 1903, où ils virent des centaines de chefs, tous plus riches et plus puissants qu'eux, inclinés devant ce même Gouvernement auquel ils ont dû se soumettre. On ne se flatte pas qu'ils retirent d'un tel enseignement toutes les leçons qu'il comporte. Souvent, on s'aperçoit que, ce qui les a frappés, c'est tel détail infime ou ridicule : au cirque, un chien sur un éléphant, etc. Peu importe ; le spectacle agit et suggère à la longue des réflexions.
Ou encore, dans leur propre région, on réunit en un durbar le plus grand nombre possible de chefs de villages et on leur explique que tous, ils sont astreints aux mêmes demandes, comme tous ont droit aux mêmes faveurs. L'égalité dans la soumission les console et les encourage.
Ce n'est pas tout : après l'éducation pratique des pères, l'éducation théorique des fils. Comme pour les princes des Indes, on a créé une école de fils de chefs. On avait songé ù la placer à Rangoun, sous la tutelle de maîtres anglais : les parents semblèrent ne pas s'en soucier. On la mit à Taunggyi, capitale des Etats sud. Elle a été un succès imprévu. Les élèves aiment l'école plus que la maison paternelle; ils demandent parfois à y rester durant les vacances. Ils étu- ! dient et en retirent profit. On soigne leur corps autant que leur esprit : 5 on les dresse aux différents sports, football, cricket, etc. ; on leur : en.seigne le birman et l'anglais et, pour les futurs chefs, ce que doit il savoir un fonctionnaire chargé de l'impôt et de la justice.
L'Ecole créée, en 1902, pour 50 élèves, a débuté avec 14. Elle en
1 eu successivement, en 1903, 63; en 1905, 73. Elle a eu d'abord
li'ux professeurs; il lui a fallu en engager d'autres, et plus de servi-
l'urs. Dès à présent elle est trop petite. Elle reçoit non seulement
l's fils des chefs, mais ceux des fonctionnaires et des Chans les plus
mportants. Et l'exemple a porté : de cinq ou six côtés, on réclame,
lour d'autres catégories d'enfants, une école anglo-vernacular ,
st-iï-dire le double enseignement de la langue locale et de l'anglais,
::^'ue impériale.
Voilà pour les chefs indigènes. Voici pour les fonctionnaires
I. Un rapport sur les Shari States et les Chin Hills de 1891-02 contient celte phrase :
! n'y a pas de doute que nos difllcultés dans les Chin Hills depuis 1888 ont été, dans
p:rande mesure, dues à l'if^norancc absolue où vivaient les chefs de notre pouvoir
! <le nos ressourc(!s •. Et le rapport ajoute qu'ils voyaient dans les Anglais une tribu mine la leur, dont les troupes présentes dans leurs montagnes constituaient toute la
■ ne.
anglais. A vrai dire, ce ne sont pas des fonctionnaires proprement dits. Ce sont des agents politiques, des advisers (conseillers), qu'on place près des chefs {Saiohwas). En principe, ils n'administrent pas; ils donnent des conseils. Mais, comme ces conseils ne sont pas exactement suivis, ils se voient souvent forcés de prendre en main la direction des affaires ; ils ont soin alors de s'abriter derrière un homme du chef. Les apparences sont sauves.
Ces fonctionnaires sont, d'ailleurs, peu nombreux. On prétend administrer à si peu de frais qu'on tombe dans la parcimonie. Voici des années que le surintendant des Etats chans (sud) réclame un adviser près du Saiobwa de Yannghwe, qui joue, vend la justice et pressure les populations; on le lui refuse. Les forêts, immenses, sont mal gardées. Le commerce du bois les guette et déjà y pénètre. Les tribus y pratiquent en liberté cette sorte de défrichement vagabond qu'on appelle taimggya ciiUivation, et qui, si boisé que soit le pays, risque d'en appauvrir à l'excès la richesse forestière; le Gouvernement local refuse des forestiers. Les travaux publics en ces réo-ions sont rudimentaires. Encore est-il probable que les advisers manquent des connaissances pratiques pour construire des ponts; cela se voit à la facilité avec laquelle les inondations les emportent. On réclame des agents des travaux publics; on n'en peut obtenir du Gouvernement local.
Les quelques fonctionnaires qu'on a pu lui arracher, c'est trop peu de dire qu'ils sont ambulants — c'est leur méthode et elle est excellente — ils sont vagabonds. Pour les nécessités innombrables et imprévues d'un service trop pauvre en personnel, on les déplace fréquemment et à l'improviste. Or, rien ne peut davantage répugner aux indigènes et nuire à l'administration. L'Angleterre, l'Empire britannique, l'Inde, voire l'empereur et le vice-roi, ce sont là, pour ces populations, des entités incomprises. Ce qu'ils comprennent, ce qu'ils aiment ou redoutent, c'est tel homme, dont ils connaissent le visage et l'humeur, et en qui ils incarnent le Gouvernement. Le leur chano-er, ne fût-ce que tous les ans, c'est mettre à rude épreuve leur fidélité et, plus encore, leur patience. En même temps, c'est décupler, pour le nouveau venu, la besogne et les difficultés. Un fonctionnaire des États chans du nord rend compte dans un rapport public qu'il n'a, sur des milliers de roupies, que 30 roupies d'arriéré à faire rentrer, et déclare que la lovée de l'impôt lui est devenue fort aisée: depuis que les chefs de villages le connaissent, ils lui apportent' spontanément leur dû. C'est le résultat heureux d'une influence per sonnelle, née d'un long séjour. Le Gouvernement l'oublie trop. Ai
surplus, c'est là un reproche qui passe par-dessus le Gouvernement de Birmanie et atteint le Gouvernement de l'Inde.
Les fonctionnaires des États chans ont des origines diverses. Aucun ne provient du célèbre Civil Service K L'un appartient an Provincial Service (de Birmanie), en principe réservé aux indigènes, mais qu'au début, lors de l'annexion de la Haute-Birmanie, on ouvrit à quelques Européens, spécialement qualifiés et choisis : il y a tel poste délicat, sur la frontière, parmi des tribus combattives, qu'on ne pouvait confier à des indigènes. L'autre sort de l'armée de l'Inde. Il a demandé à passer, avec sa solde, dans le service politique et il a été admis dans la Burma Commissions II aime ce genre de vie. Il parle Vhindouslani, le birman, le chan, le kachin et un dialecte usité dans le district de Katha, le maru. Tous, d'où qu'ils proviennent et à quelque service qu'ils doivent être d'abord affectés, sont tenus, dans les trois ans de leur nomination, de passer un examen portant sur le droit, l'impôt, le service de trésorerie et le birman (deux examens spéciaux) ^ S'ils y échouent, ils seront licenciés et replacés dans leur précédent emploi. Mais ils sont avertis de cette éventualité et prennent leurs mesures pour y échapper. Et le Gouvernement local, quand il est satisfait de leurs services, a intérêt à se les attacher et les aide, en leur assignant un poste où l'étude de telle partie du programme leur soit facilitée.
Nul autre qu'un Européen ne peut être nommé adviser. Les indigènes de chaque région naturellement peuvent entrer au service de leur maître. Mais, là où les races sont mêlées, l'autorité n'est confiée qu'à un Européen. Le meilleur fonctionnaire birman ne sera pas placé dans un État chan ou dans une tribu kachin ; le meilleur fonctionnaire chan ne pourra pas, même dans l'Etat auquel il appartient,
1. Il a été un temps question de créer un corps spécial (Spécial Political Department) pour les États Chans, les Ghin Hills, les Kachin Hills. C'eût été un service supérieur au Service Provincial et, toutefois, qui eiît relevé comme lui, de la Birmanie, non du Gouvernement de rinde.
2. Quand le Gouvernement de l'Inde a à administrer une nouvelle province, il forme, avec soin, une Commission composée des personnes qui lui paraissent les plus propres à cette tâche. Ce ne sont pas forcément des fonctionnaires ni du Civil Service, ni du Prol'iitcial Service, ni même des fonctionnaires civils. Ce sont, civils ou militaires, des agents recrutés, sans souci des règles habituelles, qui se qualifient soit pour avoir pris part à la ronquête, soit pour avoir parcouru et connu le pays et appris les langues qui s y parlent, etc., etc. A la longue, cette Commission — c'est le nom dont on continue à désigner le corps des fonctionnaires qui administrent le pays — devient, quant au recruti-mentet à l'avancement, soumise aux règles habituelles. Mais tout de même le procédé liiiiriilif y a développé un certain esprit qui fait que la Commission du Pendjab, la Commissiun de Birmanie, etc., etc., se sont spécialisées et se dilTérencient par (juelque côte des fonctionnaires des autres provinces.
3. Gela, afin de pouvoir légitimeiucnl, (|uand le service l'exige, par suite de vacances, i-ongés, etc., les atteler indilferemment à telle ou telle besogne.
être mis à la tête d'un district qu'habitent des Kachins. On ne veut pas donner prétexte à des luttes de nationalités. Le Birman méprise le Chan ou le Kachin comme barbare; le Kachin malmène le Birman comme poltron.
Les fonctionnaires européens des États et des tribus de la frontière birmane ne sont pas, loin de là, démesurément payés. Voici quelques chiffres pour les États chans du nord. Le surintendant, qui a autorité sur l'ensemble et réside à Lashio (État de Hsen-wi du nord), reçoit 16 200 roupies; il a sous ses ordres, VAssistant-Commissioner qui réside dans l'État de Hsipaw, à 8 400 roupies, 2 extra- Assistant-Commissioners chacun à 6 000 roupies, et enfin 2 Assistantpolitical Officers, chacun à 5 340 roupies. Auxquels traitements il faut ajouter quelques menus frais supplémentaires*.
Dans les tribus kachins, proches de la frontière de Chine, qui relèvent des districts de Myitkyina et de Bamo, l'organisation est différente. Ces districts sont à la fois pays de plaines, qu'habitent des Birmans, et de montagnes, qu'habitent des Kachins. A la tête de chacun d'eux est un Deputij Commissioner, recruté comme tous les autres Deputy Commissioners (l'un est membre du Civil Service), mais choisi pour ces postes à cause d'aptitudes particulières (connaissance des langues, des mœurs, etc.). Sous leurs ordres, pour administrer les tribus des montagnes, sont des civil officers choisis, ordinairement sur leur demande et, eux aussi, à cause de certaines qualifications (services rendus, caractère, manières, etc.). Ils sont âgés d'environ trente ans et célibataires. S'ils venaient à se marier, il leur faudrait rentrer dans le Provincial Service. Ils gagnent 300 roupies par mois, plus 100 roupies pour parer à certaines dépenses spéciales et 10 roupies par jour pour frais de voyage. Ils ont comme perspective suprême le grade à'extra-Assistant-Conimissioner, au traitement de 800 roupies par mois. Ce qui les a attirés vers ce service, c'est leur humeur, leur goût d'une vie aventureuse, et aussi les occasions de se distinguer et de mériter de l'avancement, des décorations, etc.
Le premier devoir de ces fonctionnaires est d'apprendre à connaître les populations qui leur sont confiées'-. Cela est d'une impor-
1. Tous ces fonctionnaires reçoivent une indemnité qualifiée exchange compensation (indemnité de perte au change); la roupie leur est comptée à 1,85 au lieu de 1,65. Quelques-uns, enfin, reçoivent (ce qui est tout à fait contre la régie) une indemnité de logement (quelque 600 roupies, soit ici 1110 francs). Le surintendant des États chans nord à Lashio est logé, mais se voit retenir de ce chef 10 p. 100 de son traitement. Ce qui est excessif (1 020 roupies à 1,G5 ou 1,85).
2. Le Gouvernement y attache une grande importance. Je remarque notamment que pour les Kachin Hills, le Gouvernement de Birmanie envoie (1892) aux fonctionnaires
tance capitale. Exemple : les Kachins sont très portés à vivre en toutes petites sociétés, en clans minuscules. Ce point était, au début, ignoré. Dès qu'on le connut, on décida de dissoudre les cercles qui contenaient des Kachins de tribus différentes et d'en reconstituer de moindres, à raison d'un cercle par groupes de la même tribu. Au contraire, les iChans et les Palaungs s'accommodent de vivre tous ensemble. On peut constituer des villages composés des uns et des autres, sous un chef indifféremment d'une ou d'autre origine.
Puis ce sont les langues : la variété des dialectes chins ou chans. Quoique de la même famille, ils sont presque incompréhensibles les uns aux autres. Le chan s'écrit en six caractères différents. Le kachin jusqu'ici ne s'écrit pas. On y a, tant bien que mal, adapté les caractères romains. Pour encourager les fonctionnaires à apprendre ces langues, on leur offre des primes : 1 000 roupies après l'examen passé, et, en outre, aux militaires, 50 roupies d'augmentation de solde par mois.
En sus de quoi vient la besogne administrative. On leur donne des instructions générales et on s'en rapporte à eux pour le détail €t l'application.
Un procédé administratif, usité par toute l'Inde, est ce qu'on appelle le tou7\ Tous les fonctionnaires, grands ou petits, à quelque service qu'ils appartiennent : administration proprement dite, impôts, travaux publics, etc., sont tenus de circuler à travers leur circonscription, chaque année un nombre de mois qui varie avec la saison, la durée des pluies, et l'étendue du territoire'. Et ce n'est pas une série de voyages précipités, du centre à un point quelconque, pour revenir au centre, où la besogne attend et presse; ce sont des déplacements lents et prolongés du fonctionnaire, accompagné de quelquesuns de ses agents. Durant chaque tour, il est relié au centre et tout ensemble expédie la besogne courante et, sur place, voit les lieux, connaît les gens, solutionne les affaires, contrôle la gestion des agents locaux, et donne des directions pour l'avenir. Naturellement ce procédé est recommandé aux Political Offlcers des États chans. Il exige — on le conçoit — surtout dans des pays où les communications sont lentes, qu'au moins un agent subordonné demeure au centre. Or, souvent le Political Officer est seul; il lui est alors impossible de
anglais des instructions fort détaillées, aux(|uelles ils ajoutent : « Ci-annexé un mémorandum sur les coutumes, mœurs, etc., des Kachins. Je vous prie de le corriger en ce qui est nécessaire et d'y joindre vos propres observations sur ce sujet intéressant. Pour tous rites et cérémonies relevés par vous, vous auriez ù les décrire aussi minutiouscmenl que possiMe. »